Appropriation

97 - Automne 2019

Les pratiques artistiques ne cessent de déborder le champ des arts pour s’approprier des codes, des gestes, des dispositifs issus des autres sphères sociales et culturelles. Mais l’appropriation pose également la question de la responsabilité sociale des artistes et des commissaires, comme l’ont bien mis en évidence les récents débats autour de l’appropriation culturelle. Ce numéro tente de prendre une certaine distance par rapport à la polarisation des controverses afin d’essayer de mieux comprendre ce que les différentes formes d’appropriation nous révèlent de la création actuelle à la fois au niveau esthétique, éthique et politique.

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Articles à la pièce

Sommaire:

EDITO

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Sylvette Babin

DOSSIER : APPROPRIATION

Appropriation artistique versus appropriation culturelle
En partant de la définition première de l’acte d’appropriation, « prendre quelque chose qui ne nous appartient pas », l’auteur compare la démarche d’artistes appropriationnistes (David Krippendorff, Sherrie Levine, Richard Prince…) à celle d’artistes visuels accusés d’appropriation culturelle (Sam Durant, Dominic Gagnon, Dana Schutz…). L’objectif est de montrer que si l’acte semble identique de part et d’autre, ses motivations et ses conséquences sont diamétralement opposées. Dans un cas, il s’agit de mettre au jour les relations de pouvoir, alors que dans l’autre, il s’agit de les nier.

Jean-Philippe Uzel

Contre l’innovation : appropriation et disruption à l’ère de l’esclavage immatériel
L’appropriation se définit ici comme la praxie qui associe les connaissances nécessaires à la création d’une œuvre d’art, l’activation de ses concepts et un engagement envers les réactions qu’elle suscite. Dans Cannibal Culture, Deborah Root décrit la tendance occidentale à commodifier la différence des autres cultures, notion renforcée par le projet rimbaldien d’« être absolument moderne » et la fixation sur l’innovation dans l’économie immatérielle et les marchés de l’art actuels. Parallèlement aux projets de disruption, l’innovation fait grimper les profits des entreprises en privatisant les services publics et en attribuant une valeur monétaire aux commodités auparavant gratuites. Pendant que les nouvelles créations bénéficient d’une protection limitée en vertu du droit d’auteur, les sociétés de divertissement comme Disney relancent continuellement leurs titres afin de ne jamais tomber dans le domaine public. Ces propos incitent à nous questionner : où se situe exactement la culture ?
[Traduction de l’anglais par Nathalie de Blois]

Oli Sorenson

L’art à l’ère de l’intelligence artificielle
Dans cet article, l’autrice s’intéresse au point de rencontre entre l’intelligence artificielle et la production artistique en considérant les œuvres de l’AICAN (Ahmed Elgammal), d’Obvious (Hugo Caselles-Dupré, Pierre Fautrel et Gauthier Vernier), de Mario Klingemann et d’Adam Basanta. Elle envisage l’influence de l’IA sur les concepts d’attribution des œuvres, de propriété des œuvres et de créativité tels qu’ils ont cours dans le monde traditionnel de l’art, tout en se demandant si les algorithmes pourraient, un jour, devenir si sophistiqués que l’artiste machine en viendrait à remplacer l’humain.
[Traduction de l’anglais par Isabelle Lamarre]

Shauna Jean Doherty

L’expropriation comme pratique artistique
En s’appuyant sur l’exemple de la série White Paper d’Adelita Husni-Bey, l’auteur traite l’appropriation comme un concept de l’histoire de l’art indissociable de l’arrière-plan économique et politique sur lequel se déploie la notion de propriété. Étant donné l’incidence directe de l’appropriation sur la signification de la propriété, il s’avère fructueux de relier l’appropriation au concept d’expropriation – et de l’en distinguer. La notion d’expropriation sert aussi les fins de l’histoire de l’art quand on l’applique à des œuvres comme White Paper, du fait que les questions de propriété sont aussi pertinentes, voire plus importantes encore que celles, plus classiques, de l’autorat et de l’encadrement institutionnel de l’art.
[Traduction de l’anglais par Sophie Chisogne]

David A. J. Murrieta Flores

À qui l’art ?
Présentée à Montréal dans le cadre de l’exposition L’imaginaire radical : le contrat social tenue au centre VOX, The Proposal de Jill Magid renverse les discours habituels sur l’appropriation en empruntant une voie non transgressive. En effet, en respectant au plus près les règles imposées par une gestion des droits d’auteurs extrêmement restrictive, l’artiste dévoile les dérapages et les abus autorisés par la loi. Cette sujétion radicale à une autorité excessive oppose les besoins patrimoniaux aux intérêts économiques des ayants droit et expose ainsi l’angle mort du droit en arts, c’est-à-dire la survie même de l’œuvre dans l’espace culturel.

Dominique Sirois-Rouleau

Appropriation. Table ronde
Pourquoi organiser une discussion sur l’appropriation artistique alors que tout le monde parle d’appropriation culturelle ? Est-ce que l’appropriation artistique n’aurait pas pour finalité de justifier, en fin de compte, l’appropriation culturelle ? Il me semble important de répondre en deux mots à ces interrogations, et donc d’expliquer le pourquoi de cette table ronde. L’appropriation artistique est une sorte de victime collatérale des débats sur l’appropriation culturelle. Or, cela est dommage parce que la technique de l’appropriation artistique, ce qu’on appelle aussi « art d’appropriation «, irrigue tout l’art moderne et l’art contemporain et reste centrale pour comprendre les pratiques en art actuel. Ce qui est particulièrement intéressant, chez les artistes appropriationnistes, c’est qu’ils assument la dimension subversive de leur geste. Ils s’approprient quelque chose qui ne leur appartient pas, généralement une image faite par un autre artiste, un publicitaire ou un designer. Ils assument les conséquences, souvent juridiques, de ce geste violent. Or, lorsqu’on regarde du côté des artistes qui sont taxés d’appropriation culturelle, la dimension violente de leur geste est totalement niée. Je trouve ce contraste très intéressant et j’aimerais lancer le débat d’un côté sur ces artistes appropriationnistes qui assument leurs gestes transgressifs et, de l’autre côté, sur des artistes qui adoptent un profil éthique en se présentant comme les alliés des cultures qu’ils mettent en scène, même lorsque les membres de ces cultures minoritaires les contredisent.

Johanne Lamoureux, Stéphane Martelly, Caroline Monnet, Modérée par Jean-Philippe Uzel

Intimation culturelle, régime appropriationniste et arts visuels
L’artiste visuel afrocaribéen Eddy Firmin aborde l’appropriation culturelle, non pas comme une question propre à notre actualité, mais comme la remise en question d’un régime discursif de l’art occidental, le régime appropriationniste. En parallèle, il propose la notion d’intimation culturelle pour mettre en exergue les logiques intimes qui supportent la désappropriation des ressources esthétiques locales chez l’artiste du sud. Cette notion forme, avec le régime appropriationniste, un couple antagonique, car celui-ci repose sur une logique d’extraction et d’appropriation des ressources esthétiques mondiales.

Eddy Firmin

Kanata… appropriation ou effaccement ?
Ce texte, qui s’inscrit dans le courant des études critiques autochtones et intersectionnelles, est en continuité avec les réflexions postcoloniales et féministes. L’auteure réfléchit au mouvement de dénonciation du processus créatif de la pièce Kanata de Robert Lepage et Ariane Mnouchkine. Elle rappelle que depuis des milliers d’années, les peuples autochtones partagent et échangent de la nourriture, des idées, des danses, des rituels, des objets d’art… Ces échanges sont inspirés des valeurs de réciprocité chères à de nombreuses nations autochtones. Aujourd’hui, les Autochtones réaffirment ces dynamiques en utilisant leur propre langue comme acte de résistance et de souveraineté face aux concepts émanant des épistémologies « occidentales », mais aussi en art. Dans un contexte de féminicide au Canada, la résurgence et la (ré)appropriation dans les territoires imaginaires de la scène et des arts, selon l’auteure, s’inscrivent dans un mouvement de réaffirmation de la présence des femmes autochtones au Canada, de leur corps et de leur voix.

Caroline Nepton Hotte

PORTFOLIO

Joseph Tisiga
Mark Mann

Moridja Kitenge Banza
Anne-Marie Dubois

Michèle Provost
Catherine Sinclair

CONCOURS JEUNES CRITIQUES

Why is the Arctic Always White? Circumpolar Indigenous Artists in the Age of the Anthropocene
Chris J. Gismondi

SCHIZES

Le vol du siècle
Catherine Lavoie-Marcus

COMPTES RENDUS

Arts visuels

Anna Torma, Galerie Laroche/Joncas, Montréal par Dominique Sirois-Rouleau

Life of a Craphead, Centre Clark, Montréal par Adam Lauder

Kiki Smith, Galleria d’Arte Moderna, Palazzo Pitti, Florence par Julia Skelly

Contre-vents, Le Grand Café, Saint-Nazaire par Vanessa Morisset

Maria Berrio, Caroline Walker, Flora Yukhnovich, Victoria Miro Gallery II, London, U.K. par Emily LaBarge

Vincent Meessen, Galerie Leonard & Bina Ellen, Montréal, par Jean-Michel Quirion

Mark Dion, MOCA, Toronto par Jill Glessing

Hannah Kaya, Studio XX, Montréal par Renata Azevedo Moreira

Arts de la scène

Maude Arès, Boris Dumesnil-Poulin & Jaha Koo, OFFTA & FTA, Montréal par Julie-Michèle Morin

Camille Rojas, Critical Distance Centre for Curators, Toronto par Heather Rigg

NIC Kay, Abrons Arts Center, New York par Didier Morelli

Padmini Chettur, Anandam Dancetheatre, Toronto par Fabien Maltais-Bayda

Publications

Yann Pocreau. Sur les lieux/On Site, Musée d’art contemporain des Laurentides & Expression, Centre d’exposition de Saint-Hyacinthe par Sophie Drouin

Karine Payette. Point de bascule/Tipping Point, Maison des arts de Laval par Sophie Drouin

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