Jill Magid The Proposal, détails | details, 2016.
Photos : Michel Brunelle (haut | above), Stefan Jaeggi (bas | below), permission de | courtesy of the artist, LABOR, Mexico city & Kunst Halle Sankt Gallen, Gallen

À qui l’art ?

Dominique Sirois-Rouleau
Prolifique architecte mexicain décédé en 1988, Luis Ramiro Barragán Morfín a laissé derrière lui un héritage divisé entre sa maison-atelier et ses biens personnels, conservés au Mexique, et ses archives professionnelles et les droits de reproduction de ses œuvres, détenus depuis 1995 par la Fondation Barragan, basée en Suisse. L’artiste conceptuelle américaine Jill Magid ne prend connaissance de cette situation qu’en 2012, lors d’une visite de la Casa Luis Barragán. La directrice des lieux lui relate alors l’histoire aussi romantique que controversée du riche propriétaire et PDG de l’important fabricant de meubles Vitra, qui a acquis la totalité des archives professionnelles de Barragán pour les offrir en cadeau de fiançailles à sa future femme, l’historienne de l’architecture Federica Zanco. Celle-ci a alors créé la Fondation Barragan, qu’elle dirige, de même qu’une réserve inaccessible au public où sont conservées les archives. Non seulement la Fondation dépossède ainsi le Mexique de son héritage culturel, mais elle permet à Zanco d’exercer un contrôle sans précédent sur la diffusion de l’oeuvre de Barragán : par exemple, à la fin des années 1990, Zanco a interdit la documentation visuelle des bâtiments conçus par l’architecte.

Lancé en 2013, le projet The Proposal de Magid suggère une solution à ce déchirant partage du patrimoine et à sa lente disparition du paysage culturel. L’artiste a fait produire, avec l’accord de la famille de Barragán, un diamant à partir d’une partie des cendres de l’architecte ; elle l’a ensuite fait monter sur une bague de fiançailles à l’intention de Zanco. Gravée de l’inscription « I am wholeheartedly yours », cette bague rejoue l’historique conjugal et amoureux des archives de Barragán en troquant la dynamique du don pour celle de l’échange. En fait, en échange de la bague, Zanco s’engagerait à retourner au Mexique et au public le patrimoine professionnel de Barragán. La grande demande faite à Zanco le 31 mai 2016 demeure à ce jour sans réponse.

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Cet article parait également dans le numéro 97 - Appropriation
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