Plantes | esse arts + opinions

Plantes

99 - Printemps / été 2020

À mesure que les recherches scientifiques démystifient l’univers complexe des végétaux, nous nous ouvrons peu à peu à leur sensibilité, leur intelligence et leur agentivité. Plus que jamais interdisciplinaire, ce dossier puise ses références dans les domaines de la science, de l’anthropologie ou de la botanique. Inévitablement, les préoccupations environnementales et l’impact de l’intervention humaine sur la biodiversité végétale y occupent une place importante, tandis que les œuvres suggèrent différentes façons d’entrer en communication avec la nature, en observant d’un peu plus près le comportement non individualiste des plantes. Généralement invitées pour ce qu’elles sont, mais aussi parfois pour les métaphores qu’elles suscitent, les plantes qui apparaissent dans ces pages évoquent parfois l’exploitation et la domination humaine, ou encore l’effondrement des écosystèmes – mais parfois aussi, de façon plus optimiste, la résistance, la solidarité, la collaboration et l’espoir d’un renouveau.

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Articles à la pièce

Sommaire:

ÉDITO

Ce que disent les plantes
Sylvette Babin

DOSSIER : PLANTES

Vers un art écosophique
Partant de l’essai de Félix Guattari Les trois écologies publié en 1989, ce texte explore les rapports entre création contemporaine et écosophie, concept qui éloigne la question environnementale d’une approche exclusivement scientifique pour l’élargir aux sphères du social et de la subjectivité humaine. L’analyse des travaux d’Åsa Sonjasdotter et de Zheng Bo, deux artistes dont les recherches s’articulent autour du monde végétal, montre les pistes de lecture possibles d’un art écosophique. Les plantes y apparaissent comme le vecteur et le symbole d’un changement de paradigme où s’entremêlent antispécisme, valorisation spatiale, micropolitique et critique des institutions.

Cléo Verstrepen

La question de la conscience des plantes dans l’art contemporain
Dans cet article, l’autrice aborde le rôle des plantes en art à la lumière de travaux scientifiques récents dont les conclusions admettraient l’existence d’une conscience végétale. Dans le milieu féministe, les artistes sont de plus en plus porté.e.s à recourir aux plantes pour exprimer, explorer et remettre en question les bouleversements affectifs, politiques et sociaux. Cette tendance signale un changement de paradigme dans la manière dont la nature éclaire et traverse l’art. L’autrice se demande si la reconnaissance d’une conscience des plantes appelle une réévaluation éthique du rapport entre l’être humain et le végétal, et si, en redéfinissant notre relation avec la nature en général et les plantes en particulier, cela risquerait d’interférer avec l’efficacité de la plante comme sujet et objet dans la création artistique.
[Traduction de l’anglais par Isabelle Lamarre]

Emma Lansdowne

La photographie entre nature et culture
On perçoit parfois la photographie comme un procédé de collaboration avec la nature dans lequel la lumière et l’objectif assistent l’artiste-photographe dans son travail. Dans l’histoire de la photographie, les images de végétaux ont contribué à la cimentation de cette idée en détournant le contenu photographique de ses significations et de ses déterminants culturels pour l’orienter vers le souci de la forme fixée sur la pellicule. Dans cet article, Roger Hopgood remet cette idée en question en étudiant les œuvres de Robert Voit, de Binh Danh et de Mathieu Asselin. L’auteur postule que chez ces artistes, les végétaux ne sont pas les signifiants stables de la nature pour lesquels on les prenait jadis.
[Traduction de l’anglais par Sophie Chisogne]

Roger Hopgood

Du temps et des fleurs contaminées : sur l’œuvre de Susanne Kriemann et d’Anaïs Tondeur
Dans cet article, l’auteure s’intéresse à l’utilisation de fleurs contaminées par la radioactivité dans les œuvres de Susanne Kriemann et d’Anaïs Tondeur. En élaborant leurs projets dans le contexte de zones radioactives, les deux artistes intègrent directement les plantes contaminées dans leurs œuvres. L’auteure fait valoir que ce geste met non seulement en évidence la complexité temporelle de la radioactivité, mais qu’il s’attaque aussi à la stigmatisation des environnements contaminés. Cela est rendu possible grâce à une approche où les fleurs contaminées sont abordées non pas comme un simple matériau artistique, mais comme des « collaborateurs ». Kriemann et Tondeur expriment ainsi toutes deux leur volonté de glaner une esthétique de la contamination par le biais plantes radioactives.
[Traduction de l’anglais par Nathalie de Blois]

Kyveli Mavrokordopoulou

Rashid Johnson : plantes, présence et sollicitude
Rashid Johnson a réaffecté les plantes à un autre rôle dans l’espace d’exposition : d’indicateurs politiques de la dichotomie entre nature et culture, il en a fait des organismes vivants reconnus à part entière qui requièrent notre empathie. Ses installations s’approprient les œuvres de géants de l’art moderne tels Sol LeWitt et Joseph Beuys et les reconfigurent de manière à libérer créativement les plantes d’un symbolisme classique et prédéterminé. Elles nous offrent ainsi l’occasion de réfléchir à notre relation avec les végétaux, à leur omniprésence dans nos vies, de même qu’aux habitats socioécologiques que nous partageons avec eux.
[Traduction de l’anglais par Sophie Chisogne]

Giovanni Aloi

Fatma Bucak : le rosier de Damas
Dans cet essai, l’autrice explore les ramifications du projet Damascus Rose, dans lequel l’artiste Fatma Bucak tente de sauver le rosier de Damas de la dévastation liée à la guerre civile syrienne. À la fin de la guerre, les boutures retourneront à Damas afin d’être replantées et cultivées à nouveau.
[Traduction de l’anglais par Catherine Barnabé]

Anaïs Castro

Du plantain et du savoir-vivre en territoire inconnu
Déjà au 10e siècle, le plantain était vénéré par les païens saxons. Depuis son introduction en sol nord-américain, la plante s’est naturalisée dans son environnement. Ses abondantes propriétés médicinales en font un précieux allié végétal. Le culte du plantain se poursuit aujourd’hui grâce aux cueilleurs et aux herboristes autochtones, qui apprécient ses dons de guérisseur. Ce respect pour la plante se reflète dans les œuvres de la peintre métisse Christi Belcourt et du photographe américain Jimmy Fike. Contrairement à l’espèce humaine, le plantain s’accorde avec les façons de faire de ses hôtes, va là où c’est permis et fournit son aide en cas de besoin. Cet humble intrus nous enseigne la patience et l’art de nous comporter en bons invités.
[Traduction de l’anglais par Isabelle Lamarre]

Amanda Amour-Lynx & Chris Gismondi

Une odyssée végétale
En 2006, 1 600 graines d’Arabidopsis thaliana ont été acheminées vers la Station spatiale internationale à bord des navettes spatiales Discovery et Atlantis pour y tenir un rôle essentiel dans l’aspiration humaine de coloniser l’espace. Même s’il s’agit d’une mauvaise herbe sans intérêt, A. thaliana est la première plante dont le génome a été entièrement séquencé et la première avoir effectué un cycle de vie complet dans l’espace. Le collectif d’artistes Soft Turns s’est intéressé à la plante en 2016 à l’occasion d’une résidence de recherche de trois ans à l’Université de Guelph. Au cours des années suivantes, il a réalisé des œuvres qui étudient les comportements de la plante dans l’espace pour mieux comprendre l’avenir de l’ambition humaine.
[Traduction de l’anglais par Nathalie de Blois]

Tak Pham

Des fleurs pour résister à l’autoritarisme et à l’incarcération dans les installations de porcelaine d’Ai Weiwei et de Cai Guo-Qiang
Dans deux installations in situ récentes, Blossom (2014) et Transience: Peony I (2019), Ai Weiwei et Cai Guo-Qiang remettent en question, chacun à sa façon, l’idée que les fleurs et la porcelaine n’ont pas de résonance politique en s’en servant pour dénoncer la cruauté de l’incarcération et l’orgueil démesuré qui caractérise l’autoritarisme. Recréées sous forme de porcelaines noircies à l’aide de poudre explosive, les pivoines fanées de Cai juxtaposent la vanité du désir d’immortalité d’un ancien despote à l’impermanence du cycle de la nature. Ai s’appuie pour sa part sur les propriétés commémoratives et restauratrices des fleurs pour insuffler de l’espoir dans l’infirmerie de l’ancienne prison d’Alcatraz. Les deux artistes font ainsi la démonstration des possibilités qu’offrent ces matières du point de vue politique, loin de toute superficialité ou sentimentalité.
[Traduction de l’anglais par Margot Lacroix]

Alex Burchmore

PORTFOLIO

Carrie Allison
Artiste multidisciplinaire autochtone d’ascendance mixte, Carrie Allison contemple le monde naturel et interagit avec lui par une exploration visuelle faisant usage tant du perlage et de la broderie que de procédés multimédias. Son processus artistique fait appel à la répétition et demande l’étirement du temps ; c’est dans la durée et la durabilité de ses gestes que peuvent germer les connexions avec les récits du passé et la réactivation des connaissances qui y sont véhiculées. […]

Elise Anne LaPlante

Lorna Bauer
En 1932, Walter Benjamin séjourne à Ibiza, où il écrit sur la faune et la flore qui l’entoure dans un style alternant entre la description affinée et le décalage poétique. Une œuvre récente de l’artiste Lorna Bauer, qui évoque le séjour en Espagne de Benjamin, porte également le nom d’Ibiza […].

Daniel Fiset

Benny Nemerofsky Ramsay
Depuis le début des années 2010, Benny Nemerofsky Ramsay explore la thématique florale. Dans son travail, les fleurs comme outils de traduction, de narration et de navigation sont des préoccupations récurrentes. […]

Mark Clintberg

Eve Tagny
La mémoire affective et corporelle, le traumatisme individuel, collectif et intergénérationnel, les relations intimes et familiales, la violence, la perte, l’espoir, la résilience et les rituels sont autant de thèmes qui traversent l’œuvre hybride et polymorphe d’Eve Tagny – œuvre dans laquelle la végétation, plus qu’un simple motif, s’impose par sa présence. […]

Ariane De Blois

Laura St. Pierre
L’artiste Laura St. Pierre combine installation, sculpture et photographie afin d’interroger la mise en récit d’une histoire des végétaux, mémoires vivantes de lieux et d’écosystèmes menacés par l’humain. […]

Anne-Marie Dubois

SCHIZES

Gare à la salade
Michel F. Côté

COMPTES RENDUS

Arts visuels

Monique Régimbald-Zeiber, Musée d’art de Joliette, Joliette par Anne-Marie Dubois

Maclean, Galeries Roger Bellemare et Christian Lambert, Montréal par Dominique Sirois-Rouleau

Nicole Fournier, Fonderie Darling, Montréal, par Michelle Lacombe

Le vent se lève, Mac/Val, Val-de-Marne par Nathalie Desmet

Michelle Bui, Franz Kaka, Toronto par Anaïs Castro

Luce Meunier, Maison de la culture Claude-Léveillée, Montréal, par Anne Roger

Ruth Asawa, David Zwirner, London, U.K. par Emily LaBarge

Publications

Le catalogue des plantes de bureau de l’UQO, Galerie UQO, Gatineau par Marie Perrault

Why Look at Plants? The Botanical Emergence in Contemporary Art, Brill, Leiden & Boston par Stephen Goddard

Pour une esthétique de l’émancipation, Éditions B42, Paris par Camille Paulhan

Performance

mayfield brooks, JACK, Brooklyn par Didier Morelli

 

Présentation du dossier Plantes

Sylvette Babin, Directrice | Editor, Les éditions Esse
Sylvette Babin, Directrice | Editor, Les éditions Esse
Cléo Vertrespen
Cléo Vertrespen
Emma Lansdowne
Emma Lansdowne
Tak Pham
Tak Pham
Anaïs Castro
Anaïs Castro
Alex Burchmore
Alex Burchmore
Roger Hopgood
Roger Hopgood
Kyveli Mavrokordopoulou
Kyveli Mavrokordopoulou
Giovanni Aloi
Giovanni Aloi

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