Travail

94 - Automne 2018

Comment les artistes s’emparent-ils du geste laborieux ? Sont-ils aussi aliénés que les travailleurs du capitalisme ou peuvent-ils plutôt être des modèles pour imaginer une vie moins axée sur le travail ? Ce dossier propose de réfléchir sur le temps ouvré et le travail improductif, les mécanismes du pouvoir bureaucratique, la servitude volontaire ou l’autoexploitation des artistes, en abordant de façon sensible et engagée les tensions que ces enjeux soulèvent, que ce soit par rapport aux dynamiques de pouvoir, aux iniquités dans les conditions de travail ou au recours à une main-d’œuvre non-salariée. Le numéro rend également compte de pratiques d’artistes jetant la lumière sur la situation des autres travailleurs et travailleuses, leurs conditions salariales, leurs gestes routiniers, leur expérience physique ou psychique, de même que les matériaux qui accompagnent leur labeur.

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Articles à la pièce

Sommaire:

EDITO

Le travail sans fin
Sylvette Babin

DOSSIER : TRAVAIL

À la reconquête des temps improductifs
Face aux mutations actuelles dans le monde du travail, certains artistes s’intéressent à la question du post-travail. Ils y participent parfois en devenant eux-mêmes employeurs afin de faire saillir les aberrations d’une activité salarié qui, non seulement n’est pas aussi productive qu’elle le devrait, mais qui est aussi susceptible de confiner les employés dans des tâches absurdes qui n’ont pas sens. Face à ce constat, ils cherchent à reconquérir des temps improductifs et anticipent en cela un monde dans lequel le temps libéré permettrait de créer des projets individuels et collectifs plus utiles à la société.

Nathalie Desmet

Ni artiste ni travailleur
Dans un ouvrage récent, Dave Beech examine la question de l’exceptionnalisme de l’art dans les modèles économiques classique, néoclassique et marxiste. À cause de son mode de production particulier, l’art n’est pas une marchandise typique, de sorte qu’il échappe à la théorie de la valeur-travail et qu’il ne respecte pas la loi de l’offre et de la demande. Pourtant, dans l’économie postfordiste, les artistes souffrent des mêmes conditions de vie précaires que les autres travailleurs. Dans ce contexte, artistes et activistes contemporains rattachent leurs conditions de travail collectives au modèle du capitalisme néolibéral.
[Traduit de l’anglais par Sophie Chisogne]

Marc James Léger

La logique administrative dans les œuvres de Jo-Anne Balcaen et d’Anne-Marie Proulx
À partir de la notion de logique administrative, définie par Clive Robertson comme « les mécanismes du pouvoir bureaucratique au sein des organismes culturels traditionnels et non traditionnels », l’auteur analyse une œuvre récente de Jo-Anne Balcaen sur le thème du travail et du statut professionnel dans le secteur des arts, ainsi qu’une œuvre d’Anne-Marie Proulx sur la gestion collective des centres d’artistes. Les deux artistes posent un regard critique sur la dynamique du pouvoir dans la gestion des arts, dynamique qui s’inscrit dans une logique administrative qui masque des conditions de travail brutales et des inégalités systémiques profondes selon une propension à l’obscurcissement éhontée, typique des bureaucraties, qui favorise le maintien de la stratification sociale.
[Traduit de l’anglais par Margot Lacroix]

Michael DiRisio

De l’autoexploitation à la responsabilisation collective
Le portrait statistique des artistes en arts visuels dévoile et confirme depuis déjà quelques années les conditions difficiles de la pratique. Pourtant, de nombreuses initiatives, dont la Journée sans culture, ont déjà exploré et exposé les problématiques professionnelles et personnelles d’une carrière dans le champ artistique. Dans l’esprit de ces réflexions, l’art de Joshua Schwebel représente une piste de solution. À travers des interventions spécifiques répondant à des besoins précis, Schwebel met les iniquités du milieu sous les projecteurs et montre ainsi l’importante responsabilité des agents culturels quant à la reconduction et à la résolution de ces préjudices.

Dominique Sirois-Rouleau

Parler la langue de l’ennemi (ou pas)
Servitude volontaire ou capacité de l’art à infiltrer un système sans y perdre sa propre langue : comment les artistes investissent-ils le champ du travail ? Jean-Charles Massera, Liv Schulman, Romana Schmalisch et Robert Schlicht mettent en scène l’art qui, flirtant avec l’utilitarisme de la société néolibérale, devient partie prenante d’un jeu de rôle au risque de voir basculer son sens et sa fonction dans un monde schizophrène. Mais avec ironie, l’injonction d’efficacité et de productivité et l’aliénation subséquente qui guette le travail comme l’art aboutissent à l’inverse au blocage et à la déréalisation. Prenant ce contexte pour matériau, les artistes travaillent la langue de l’intérieur, par les formes qu’ils créent à la jonction du documentaire et de la fiction.

Eloïse Guénard

Jute, travail enchevêtré et capitaux internationaux
Avec sa série en cours, Occupations (2012-), l’artiste ghanéen Ibrahim Mahama transforme de vieux sacs de jute, utilisés à l’origine pour le transport du cacao et du charbon au Ghana, en vastes chapes ou sortes de tentes dont il se sert ensuite pour recouvrir des sites architecturaux un peu partout dans le monde. Ce texte portant sur les installations de Mahama s’intéresse en particulier à son utilisation de la toile de jute et examine les différents processus de travail présents dans la production et la mise en circulation du matériau, et donc dans l’ensemble de son œuvre. Cette histoire du jute, où s’enchevêtrent le travail et les capitaux internationaux, montre clairement que les œuvres de Mahama sont le fruit du labeur des humains. Le texte aborde également des questions cruciales sur la façon dont les marchés capitalistes tendent à occulter le travail industrialisé.
[Traduit de l’anglais par Nathalie de Blois]

Sarah Amarica

PORTFOLIO

Mika Rottenberg
par Violaine Boutet de Monvel

Richard Ibghy & Marilou Lemmens
par Anne Bertrand

Kim Waldron
par Saelan Twerdy

Brendan Fernandes
par Didier Morelli

Les Sabines
par Philippe Dumaine

ARTICLE

Je est une autre Room(s) to move : je, tu, elle de Sophie Jodoin
Anne-Marie Dubois

CONCOURS JEUNES CRITIQUES

Lauréate
Anne-Marie Proulx et les confluences du territoire
Mathilde Bois

Finaliste
Éclats de mémoire : regards singuliers sur un patrimoine collectif
Anna Brunette

SCHIZES

À ma place
Michel F. Côté

COMPTES RENDUS

Arts visuels

Ludovic Boney, Action Art Actuel, Saint-Jean-sur-Richelieu par Nathalie Bachand

Hannah Claus, Montréal, arts interculturels, Montréal par Emily Falvey

Radical Women: Latin American Art, 1960-1985, Brooklyn Museum, New York par Didier Morelli

Marie-Michelle Deschamps et Éléonore False, Diagonale, Montréal par Dominique Sirois-Rouleau

Karilee Fuglem, Pierre-François Ouellette art contemporain par karen elaine spencer

Emeka Ogboh & Here We Are Here: Black Canadian Contemporary Art, The Power Plant & Royal Ontario Museum par Felicity Tayler

A Study in Scarlet, Le Plateau-FRAC Île-de-France, Paris par Camille Paulhan

Philip Scheffner, Goethe-Institut, Toronto par Jill Glessing

Danh Vo, Guggenheim Museum, New York par Tak Pham

Celia Perrin Sidarous, Parisian Laundry, Montréal par Anne-Marie St-Jean Aubre

Chris Kline & Yam Lau, Agnes Etherington Art Centre, Kingston par Yvonne Lammerich

Kodomo No Kuni, Micro Onde, Vélizy-Villacoublay & La Maréchalerie, Versailles par Vanessa Morisset

Tacita Dean, Royal Academy, London, U.K. par Emily LaBarge

Affinités électives, Galerie Division, Montréal par Isabelle Tondre

From the Archives, Christie Contemporary, Toronto par Alex Bowron

Adrian Piper, Museum of Modern Art, New York par Daniel Fiset

Arts de la scène

And So You See... Our Honorable Blue Sky and Ever Enduring Sun... Can Only Be Consumed Slice by Slice..., FTA, Montréal par James Oscar

Strange moods and dissonant feelings, OFFTA, Montréal par Marie-Pier Bocquet

Windigo, FTA, Montréal par Fabien Maltais-Bayda

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