Massera_Under the resultats
Jean-Charles MasseraUnder The Résultats, vue d'installation, Biennale d'art contemporain, les Ateliers de Rennes, 2008.
Photo : Hervé Beurel, permission de l'artiste

Parler la langue de l’ennemi (ou pas)

Eloïse Guénard
Dans une brève qu’il signe pour le journal Fakir, Gérard Mordillat fustige la novlangue qui transforme le « salaire » en « cout du travail », un « plan de licenciement » en « plan de sauvetage de l’emploi » et une « grève » en « blocage ». Et l’écrivain d’en appeler, face à ces leurres, à « ne pas parler la langue de l’ennemi »1 1 - Gérard Mordillat, « Blocage : “Ne pas parler la langue de l’ennemi” », Fakir, 26 mai 2016, bit.ly/2zvJMK3.. Ce vocabulaire idéologique a connu une certaine inflation, notamment en France, à l’heure où la réforme du droit du travail, avec son lot de dérèglementations, s’est soldée par les ordonnances du pragmatique Emmanuel Macron2 2 - Pour couper court à une éventuelle contestation – que la « loi Travail » (dite El Khomri) avait soulevée un an auparavant –, la réforme du Code du travail par ordonnances a été signée en septembre 2017 par le président en un temps record et malgré le désaccord des syndicats..

Par les temps qui courent, l’art reçoit-il l’injonction de parler une langue du travail, utile et efficace, apanage de la communication et de la productivité ? De la servitude volontaire à la capacité d’infiltrer un système, la langue de l’art peut à contrario provoquer des retournements inattendus. Avec humour, les œuvres de Jean-Charles Massera, de Liv Schulman, de Romana Schmalisch et de Robert Schlicht, ici présentées, interrogent ainsi la capacité de l’art à infléchir la machine et caricaturent de concert l’instrumentalisation contreproductive de son vocabulaire.

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