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Caroline Woolard Statements, 2013.
Photo : permission de l'artiste

Ni artiste ni travailleur

Marc James Léger
Les artistes et les activistes contemporains mettent en œuvre diverses pratiques en vue d’améliorer les conditions de vie et de travail des artistes sous le régime capitaliste néolibéral. La transition postfordiste vers une économie de l’information et des services a précarisé les conditions de travail de la majorité des artistes, qui ont vu leurs pratiques se « flexibiliser » en devenant des projets non rémunérés, ou la valeur de leur travail se diluer dans une « deuxième économie » en expansion formée de producteurs culturels plus ou moins anonymes. Cette précarisation de la main-d’œuvre artistique a lieu au moment même où les musées connaissent un essor continu, où le marché mondial de l’art vaut 45 milliards de dollars et où l’économie de la créativité atteint 763 milliards de dollars par année aux États-Unis. Au Canada, l’apport de la culture au produit intérieur brut était de 48 milliards de dollars en 2010, par rapport à 40 millions de dollars en 2001.

L’insécurité économique est bien sûr compensée par le soutien accordé depuis longtemps à la culture par les gouvernements et les philanthropes. Après la Grande Dépression et la Deuxième Guerre mondiale, en effet, les gouvernements des pays occidentaux ont peu à peu amené l’art dans le giron de l’État-providence en mettant en place des politiques culturelles fondées sur l’idée que la culture ne devait pas être sacrifiée aux principes du libre marché. Mais depuis les années 1990, cette idée que la culture doit être protégée des forces du marché a été presque entièrement renversée, et l’on voit des politiques issues de l’industrie créative devenir le fer de lance de l’ouverture de nouveaux marchés1 1 - Voir, par exemple, le discours prononcé devant le Conseil des relations internationales de Montréal le 17 avril 2017 par Mélanie Joly, ministre du Patrimoine canadien : « Industries créatives : saisir le potentiel des nouveaux marchés », <bit.ly/2H6LG2r> et <bit.ly/2Lb14gm>. Au sujet des politiques relatives aux industries créatives, voir Marc James Léger, « The Non-Productive Role of the Artist: The Creative Industries in Canada », Third Text, vol. 24, no 5 (septembre 2010), p. 557-570..

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Cet article parait également dans le numéro 94 - Travail
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