Paysage

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2016

Alors que la conception classique du paysage suppose une nature stable, permanente et harmonieuse et que la vision romantique entrevoit la nature comme une puissance chaotique, les pratiques artistiques actuelles semblent plutôt explorer les effets réciproques que génère l’interaction dynamique entre l’humain et la matière. Ce dossier revisite la notion de paysage comme genre artistique, à travers les différentes manifestations artistiques contemporaines.

 

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  • Édito

    Le paysage désencadré
    Sylvette Babin

    Dossier : PAYSAGE

    Le paysage, une contre-nature : entretien avec Anne Cauquelin
    Anne Cauquelin parle de la confusion qui persiste autour du terme de nature et du rapport entre paysage et nature. Ce malentendu ancré dans nos habitudes de pensée a conduit le paysage à représenter la nature elle-même, par une sorte d’application « bourgeoise » du principe perspectif. Le malentendu se poursuit aujourd’hui par la perpétuation d’un système où le paysage est un signe élitiste, une « valeur » culturelle sure. Ce qui mène à la disparition du paysage, c’est la fermeture de ce système, son achèvement.
    Nathalie Desmet

    La photographie de paysage et son registre temporel
    Cet article s’intéresse à notre sentiment du temps dans la photographie de paysage. Les images qualifiées de pittoresques semblent souvent faire référence au passé, ou du moins à une conception du lieu qui aurait échappé au temps. Au contraire, la photographie de paysage contemporaine évite en général de telles dérives nostalgiques et romantiques. L’expression temporelle qu’elle véhicule se préoccupe davantage du présent et des déterminants socioéconomiques du paysage. L’auteur suggère ici, toutefois, que la question du temps n’est pas toujours aussi tranchée dans les paysages contemporains. Dans l’œuvre de photographes comme Edward Burtynsky et Isabelle Hayeur, l’engagement critique semble exister dans un brouillard d’indétermination temporelle.
    Roger Hopgood

    Nature, temps et anthropocène : Julius von Bismarck et la peinture du paysage
    Par une adoption critique du point de vue sur l’anthropocène et la notion d’andscape (une version inclusive, adaptable et multiple du paysage, landscape) de Martin Prominski, architecte et théoricien du paysage, cet article entreprend une analyse détaillée de l’œuvre Landscape Painting, de Julius von Bismarck. Les photographies de grand format qui composent cette série toujours en développement donnent à voir des paysages naturels familiers, qui, en y regardant de plus près, ne sont pas exactement ce à quoi l’on s’attendait. Les extraits photographiés, tirés d’une scène supposément « naturelle », ont d’abord été peints en blanc, au vaporisateur, puis repeints de mémoire par de nombreux participants originaires des lieux, qui ont employé de la peinture acrylique reprenant les couleurs originales. La surface visible consiste donc en un matériau synthétique plutôt que naturel ou organique. Les notions d’artificiel et de naturel, de trouvé et de fabriqué deviennent ainsi non pertinentes. Les conséquences de cette œuvre sur l’appréhension du temps rejoignent les vues du philosophe Timothy Morton sur des phénomènes tels que les « hyperobjets ».
    Natalie Koerner et Henriette Steiner

    Kendra Wallace : le champ des apparences
    Cet article d’Anja Bock porte sur l’exposition de photographies de Kendra Wallace intitulée The Field of Appearances (galerie Trianon, Lethbridge, Alberta, du 7 novembre 2015 au 24 janvier 2016). Selon l’auteure, ces extractions de fleurs, colorées et à grande échelle, permettent de comprendre le « paysage » comme un échange dynamique entre le sujet et l’objet. En intervenant dans le fonctionnement de l’appareil photo, en se concentrant sur la couleur plutôt que sur l’image, et en insistant sur la plénitude de l’expérience sensorielle et la matérialité, Wallace rompt avec les conventions du genre paysager et remet en question la philosophie, basée sur une vision égocentrique, qui le sous-tend.
    Anja Bock

    C’est du travail, une pelouse moderne
    Pendant leur résidence à la Fondation Bauhaus à Dessau, à l’été 2015, Chloé Roubert et Gemma Savio ont travaillé ensemble à une intervention publique qui prenait pour objet et pour support la pelouse de l’iconique École de design du Bauhaus, dessinée par Gropius. En s’inspirant d’archives, de cartographie botanique et d’observations contextuelles, le duo a tondu, en lettres géantes, l’inscription « it takes work to get the natural look » [il faut du travail pour obtenir une allure naturelle]. La tonte effectuée sur une période de deux mois révèle le labeur et la matière « invisibles » qui entrent dans l’aménagement d’un milieu. Cette performance qui est aussi intervention sur le paysage souligne la relation symbiotique unissant la matière vivante à l’humain, de même que les mécanismes derrière la marchandisation de la nature qui, tout au long de la modernité, tend à gommer ce lien inhérent.
    Chloé Roubert et Gemma Savio

    Déambuler, circuler, fuir. Quelques notes sur les paysages de la mobilité
    À travers quelques-unes des séries photographiques d’Andreas Rutkauskas, diverses déclinaisons du paysage façonné par la mobilité physique, sociale ou économique sont examinées. Rendu lui-même mobile par son association à d’autres médiums et à certains moyens de communication, allant du train aux technologies numériques en passant par la photographie et le web, le paysage devient un véhicule de valeurs et d’imaginaires qui, comme lui, sont de plus en plus marqués par des phénomènes socioéconomiques ; c’est précisément ce que le travail de Rutkauskas donne à voir et à réfléchir.
    Suzanne Paquet

    La jungle de l’esperados
    De nouveaux paysages, conçus comme formes d’expérience et milieux de vie, s’inventent à l’écart des traditions picturales ou horticoles qui ont été le creuset du genre. Les œuvres de Patrick Beaulieu peuvent être interprétées comme des indices de ce grand déplacement, et appellent à une forme de réception sur le plan même de l’expérience ou de l’existence, non sans évoquer les défis liés à notre survie à la surface du globe. L’artiste, à la fois nomade intermittent et habitant des périphéries, est aussi une sorte d’esperados : ses paysages ne se dévoilent que si on l’accompagne jusque dans son propre milieu de vie, sa jungle.
    Alexis Pernet

    Je ne vois que le soleil qui poudroie… Le paysage dans les œuvres de Ludovic Sauvage
    Dans son Court traité sur le paysage, Alain Roger thématise la double composante naturelle et artificielle du paysage, à la fois comme intervention réelle et comme représentation. Plus encore, avec l’image mécanique et aujourd’hui numérique, le paysage relève autant de la technique que de la nature. En décomposant et en recomposant de manière expérimentale des vues de campagnes, de montagnes ou de déserts, les œuvres de Ludovic Sauvage rejoignent ces considérations et font entrevoir l’historicité des paysages contemporains. Mais surtout, elles jouent avec les clichés pour les réinventer, notamment en extrapolant la présence d’une composante à la jonction du paysage et de l’image, la lumière.
    Vanessa Morisset

    Le jardin dans tous ses états : Les paradis de Granby de Catherine Bodmer
    Ce texte porte sur Les Paradis de Granby, projet réalisé par Catherine Bodmer dans le cadre d’une résidence en art infiltrant au 3e impérial, centre d’essai en art actuel. La collaboration de l’artiste avec cinq jardiniers et jardinières de la Société d’horticulture de Granby a mené à la production d’une collection de cartes postales rassemblant des photographies de leurs jardins et des citations inspirées des recherches de l’artiste et des échanges avec les participants. Les représentations des jardins, la métaphore du paradis et le format de la carte postale sont analysés à partir des notions d’anthropocentrisme, de paysage et de réciprocité afin de montrer en quoi ce projet contribue à repenser la relation de sujet à objet, de l’humain à la nature.
    Isadora Chicoine-Marinier

    Portfolio

    Concours Jeunes critiques

    Sarah Nesbitt

    SCHIZES EN COMPAGNIE DE PIERRE PASTICOTTI, CARTOPHILISTE

    On bronze !
    Michel F. Côté et Catherine Lavoie-Marcus

    Comptes rendus

    Nicolas Fleming, Se faire la cour pendant des semaines, Québec par Florence-Agathe Dubé-Moreau

    Nadia Belerique, Bed Island, Toronto par Alex Bowron

    La Biennale d’art contemporain autochtone, Culture Shift – Une révolution culturelle, Montréal par Anne-Marie Dubois

    Mika Rottenberg, Paris par Nathalie Desmet

    Francis Alÿs, Ciudad Juárez Projects, David Zwirner, London par Emily Rosamond

    Peter Fischli and David Weiss, How to Work Better, New York par Isabelle Lynch et Sophie Lynch

    Jérôme Bel, Gala, Montréal par Fabien Maltais-Bayda

    La danse au coeur de la cité, avec les commissaires Dena Davida et Frédérique Doyon, Montréal par Véronique Hudon

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