Futurité | esse arts + opinions

Futurité

100 - Automne 2020

Ce centième numéro explore le thème de la futurité qui offre de nouvelles avenues pour penser une suite du monde plus positive hors des schèmes traditionnels de l’utopisme critique. Alors que selon notre façon chronologique de concevoir le temps, le passé influencerait le présent et ce dernier agirait sur le futur, la futurité propose que le futur que nous anticipons détermine nos actions présentes. Ainsi l’avenir que nous nous figurons agirait directement sur le présent en modelant ces actions. La notion de futurité peut également se comprendre comme une forme de réparation inscrite dans une perspective décoloniale. Les pratiques comme l’afrofuturisme et le futurisme autochtone, qui ciblent particulièrement ces enjeux, sont un point central des réflexions sur la futurité. Nous découvrons également des œuvres sortant des cadres temporels, combinant savoir traditionnel et technologie, mythes ancestraux et fiction spéculative, des œuvres résolument critiques et engagées dans l’à-venir.

$13.00

Articles à la pièce

Sommaire:

ÉDITO

Nos présents à venir
Sylvette Babin

DOSSIER : Futurité

Des sirènes… et de la boue : la futurabilité au temps du coronavirus
Quel futur nous attend après la crise provoquée par la pandémie de COVID-19 ? Gwynne Fulton s’appuie sur la théorie de la futurabilité de Franco « Bifo » Berardi et de la vidéo dystopique The Mermaids, or Aiden in Wonderland (2018) du Karrabing Film Collective pour imaginer de possibles futurs après la fin de l’économie. Abordant la politique de la mort et le legs persistant de la violence coloniale des colons, le collectif s’inspire du « Temps du rêve » pour relater l’histoire d’une boue toxique contaminée par le capitalisme extractiviste et offrir une vision intergénérationnelle du futur sous l’angle de notre dépendance absolue envers la planète.
[Traduction de l’anglais par Nathalie de Blois]

Gwynne Fulton

No Future, vraiment ?
Les jeunes toxicomanes n’ont pas le monopole de la scène punk : bien d’autres de ses membres militent en faveur de politiques progressistes telles que la démocratie directe, le féminisme et l’antimilitarisme, dans le but d’annuler les aspects coercitifs de la « futurité ». En français, le « futur » évoque un avenir lointain, imaginé, qui ne se rattache pas nécessairement au présent et l’« avenir », une durée qui suit concrètement le présent. Alors que les nouvelles technologies sont perçues, à tort, comme le signe d’un avenir bienveillant, les militants qui défendent le climat réclament des changements de politiques à exécuter ici et maintenant. En se mobilisant de manière à créer un héritage bien à eux, les collectifs d’artistes comme Decolonize This Place embrassent le mouvement punk de l’autoréalisation dans le présent, au moment où il glisse dans l’avenir.
[Traduction de l’anglais par Sophie Chisogne]

Oli Sorenson

Chronopolitiques du future : entretien avec Aliocha Imhoff et Kantuta Quirós
Avec l’ouvrage Les potentiels du temps : Art et politique, Aliocha Imhoff et Kantuta Quirós conçoivent la fiction comme un opérateur pour imaginer un monde possible. Elle leur permet de multiplier les espaces politiques et de lier leurs expérimentations fictionnelles à un « régime potentiel », voire à une chronopolitique. Leur projet de film Les impatients s’affirme à la fois comme une enquête sur des espaces-temps particuliers, hors de la simultanéité globale contemporaine, et un travail cartographique. Une pensée singulière du temps peut conduire à penser d’autres futurs, et même à envisager une démocratie qui ne serait plus uniquement humaine.

Nathalie Desmet

Intemporalités autochtones et futurités performatives
Au tournant des années 2000 et dans le sillon des critiques sociopolitiques et esthétiques portées par l’afrofuturisme, les artistes formant le mouvement du futurisme autochtone se sont eux aussi réapproprié les représentations du futur afin de donner une voix et un corps aux imaginaires autochtones. À travers l’apport conjugué de leur bagage culturel traditionnel propre et celui, plus actuel, des nouvelles technologies, Shuvinai Ashoona, Skawennati et KC Adams déboulonnent le « temps colonial », temps profondément marqué par la linéarité, le progrès et l’utopie humaniste. Entre tradition et contemporanéité, le futurisme autochtone articulé par ces trois artistes joue de résilience et d’imagination pour envisager des futurs autres émancipés de l’Histoire telle qu’elle est écrite par les vainqueurs.

Anne-Marie Dubois

Survivre à la fin du monde : colonialisme et changement climatique dans les œuvres de Christina Battle et de David Hartt
Nous avons l’habitude de nommer notre époque Anthropocène, mais le terme porte en lui une obsession du présent qui occulte les manières dont le colonialisme a façonné le climat au cours des 400 dernières années. Pour observer les stratégies qu’utilisent les artistes noirs pour exposer les liens entre le colonialisme et le changement climatique, l’autrice examine Today in the news more black and brown bodies traumatized the soil is toxic the air is poison (2018), série d’œuvres sur panneaux de Christina Battle, et in the forest (2017-2018), installation de David Hartt. En constituant des archives visuelles où se mêlent les discours sur le passé, le présent et l’avenir, ces artistes demandent au spectateur de revoir, dans le temps, leur perception de l’impact du colonialisme sur la planète et de mettre en lumière les moyens par lesquels les sujets autochtones et noirs ont survécu et résisté aux conditions de « fin du monde » qu’ils ont subies par suite du colonialisme et de l’esclavage transatlantique, à partir de 1610.
[Traduction de l’anglais par Isabelle Lamarre]

Gabrielle Moser

Réinventer l’étrangeté : Shannon Finnegan ou revendiquer des avenirs pour les personnes handicapées
Si la futurité désigne ce qui pourrait advenir, on peut alors affirmer que les œuvres de Shannon Finnegan, artiste et militante du mouvement des personnes handicapées, en sont imprégnées. Alison Kafer explique que la futurité ne se déploie normativement que lorsqu’elle perpétue l’état de pleine possession de ses capacités physiques et mentales. Considérant que ce ne sont habituellement que des personnes non handicapées qui peuvent y prétendre, le travail de Finnegan est d’autant important qu’il propose des théories sur le temps et des avenirs possibles pour les personnes handicapées. Bien ancrée dans les notions de « temporalités du handicap » et de « temps crip », son œuvre qui conjugue passé, présent et futur laisse entrevoir la possibilité d’un avenir autre.
[Traduction de l’anglais par Margot Lacroix]

Charlotte Jacob-Maguire

PORTFOLIO

Rajni Perera
Les mondes que construit Rajni Perera prophétisent les possibles à-venir des cultures diasporiques pour les personnes autochtones et racisées. Les êtres qui peuplent ses horizons sont hybrides, mutés, en fusion avec la nature ou les éléments comme le feu et l’eau. […]

Florence-Agathe Dubé-Moreau

Ekow Nimako
[…] L’artiste ghanéo-canadien Ekow Nimako peut l’imaginer, et il le fait. Présentées comme un orchestre, ses sculptures jouent un récit parafictif continu, une symphonie qui exploite la brèche, où chaque envahisseur approchant l’Afrique est vaincu, vision surréaliste d’un avenir noir non entaché par la violence coloniale. […]

Connor Garel

Laurent Lamarche
La pratique de Laurent Lamarche chevauche les univers de la science, de l’histoire et de la philosophie de manière à mettre en forme une sorte d’archéologie du futur, pour citer un ouvrage de Fredric Jameson. […]

Anne-Marie Dubois

Syrus Marcus Ware
Syrus Marcus Ware arrose et soigne les germes de la révolution avec les multiples voies que prend son travail comme activiste, artiste, éducateur, intellectuel et DJ. La pratique artistique et l’activisme de ce membre de l’équipe principale de Black Lives Matter Toronto et cofondateur du comité d’initiative Prison Justice de Toronto sont, à bien des égards, inextricablement liés pour bâtir sa communauté, honorer les expériences queers et trans noires et, dans ses mots, « [tisser] des récits d’espoir » en œuvrant pour un avenir abolitionniste. […]

Valérie Frappier

Camille Turner
[…] S’inscrivant dans le courant et l’esthétique afrofuturistes, la stratégie artistique que Camille Turner adopte, tant pour ses performances que pour ses installations, oscille entre la fiction spéculative, les cosmologies non occidentales, la mythologie, la science-fiction, la technologie et l’histoire ; elle ouvre un champ de multiples possibles. […]

Dominique Fontaine

CONCOURS JEUNES CRITIQUES

Lorenza Böttner: Requiem for the norm ou la transformation contestataire
Marie-Hélène Toutant-Gauthier

SCHIZES

« Ça ne va pas bien aller », prédit un futur irrité
Michel F. Côté

COMPTES RENDUS

Arts visuels

The Dead Web – The End, Musée Ludwig, Musée d’art contemporain, Budapest & Molior, Montréal par Kaysie Hawke

Giorgia Volpe, Maison de la culture Janine-Sutto, Montréal par Michèle Lorrain

Valérie Blass, Catriona Jeffries, Vancouver, par Anaïs Castro

Construire un nouveau Nouveau Monde : L’amerikanizm dans l’architecture russe, Centre canadien d’architecture, Montréal par Alexandre Piral

Images fabuleuses. Quand la fiction prend racine, Galerie d’art Foreman en partenariat avec Sporobole, centre en art actuel, Sherbrooke par Sophie Drouin

Cindy Sherman, Vancouver Art Gallery, par Julia Skelly

Milutin Gubash, MAC LAU, St-Jérôme par Anne-Marie St-Jean Aubre

RESET, Festival Art Souterrain, Montréal par Charlotte Dibon

Endre Tót, Květoslava Fulierová & Július Koller, Salle principale & GB Agency, Paris par Vanessa Morisset

Publication

Curating Live Arts, Berghahn Books, New York & Oxford par Victoria Carrasco

Performances

Bodily Response, Mountain Standard Time Performative Art, Calgary par Didier Morelli

OFF.Radio, OFFTA, Montréal, par Julie-Michèle Morin

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