Savoir | esse arts + opinions

Savoir

98 - Hiver 2020

Comment l’art réinvente-il la science, la recherche, l’éducation et leurs institutions ? Quel genre de savoir produit l’artiste ? Quel est le rôle des commissaires d’expositions face à la nécessité de retrouver des espaces de partage de connaissances dans nos démocraties affaiblies ? Comment le musée se positionne-t-il comme lieu de savoir au moment où l’université est de plus en plus soumise aux impératifs de rentabilité économique et du financement privé ? Le numéro 98 de Esse arts + opinions tente de répondre à ces questions en proposant des textes qui problématisent les rapports entre art et savoir dans les pratiques artistiques et commissariales contemporaines.

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Articles à la pièce

Sommaire:

EDITO

Savoirs partagés
Sylvette Babin

DOSSIER : SAVOIR

Décolonisation des savoirs et puissance du devenir commun.
Entretien avec Seloua Luste Boulbina
Dans cet entretien, la philosophe Seloua Luste Boulbina discute de certains des enjeux problématisés dans son plus récent livre, Les miroirs vagabonds ou la décolonisation des savoirs (arts, littérature, philosophie), paru aux Presses du réel en 2018. En fine continuité avec le mouvement singulier de sa pensée, cet ouvrage cherche à mettre en lumière les processus de décolonisation qui travaillent à démonter la matrice coloniale du pouvoir en explorant les possibilités ouvertes par les arts, la littérature et la philosophie.

Mirna Boyadjian

La production de savoir et de non-savoir dans les écoles d’art
Ce qu’on caractérise comme des « savoirs » reflète de manière inévitable et à quel moment nous estimons que des connaissances sont produites ou acquises. Dans le cas d’une école d’art, cela signifie que les éléments constituant l’infrastructure, à savoir les cours, les salles de classe, les horaires, les notes, les ateliers et les évaluations, définissent les cadres qui déterminent ce que nous considérons comme des connaissances valables. Pourtant, les innombrables expériences que vivent les étudiants et étudiantes racialisés, queer, pauvres ou handicapés et qui façonnent de façon disproportionnée leur milieu d’apprentissage ne sont pas considérées comme un savoir, une expertise ou même un élément central de l’environnement éducatif. L’auteur analyse les implications découlant de cette situation et avance que la contestation du pouvoir permettra de définir à l’avenir une éducation artistique plus actuelle et plus équitable.
[Traduction de l’anglais par Margot Lacroix]

Justin Langlois

S’éduquer ensemble, par l’intermédiaire du monde
L’enseignement et la pédagogie sont souvent associés à l’image d’une personne qui, face à un groupe, transmet son savoir de façon plus ou moins verticale à des élèves qui participent de façon plus ou moins (in)active à leurs apprentissages. À l’encontre de cette approche, nombre d’artistes qui s’intéressent à l’enseignement et à l’apprentissage en tant que pratiques artistiques considèrent ces deux activités du point de vue de leur porosité, voire leur réciprocité, au sein de groupes ou de communautés où l’initiative leur revient et où leur place change selon les circonstances.

Jérôme Dupeyrat

L’apport pédagogique de l’intervention de Sonia Boyce à la Manchester Art Gallery
En janvier 2018, la Manchester Art Gallery a invité l’artiste Sonia Boyce à intervenir dans les collections permanentes lors d’une soirée dite « take over », dont le principe est de faire voir le musée autrement à travers les pratiques performatives. Le processus créatif de Boyce et la nature de son intervention dans l’espace des collections permanentes contribuent de manière singulière à la mission éducative du musée, dont l’intérêt est la formation du regard critique et le développement de la capacité à lire les images à partir de ses propres savoirs.

Ariane Lemieux

L’inépuisable surplus de savoir des objets d’art
Malheureusement, les politiciens de droite s’appuient sur une rhétorique poststructuraliste et postmoderniste pour soutenir que la vérité objective n’existe pas. La fragmentation des sources d’information traditionnelles, conjointement avec l’émergence des médias sociaux, favorise la prolifération de sources d’« information » où sont niées les données scientifiques sur l’évolution, les vaccins et les changements climatiques. Pourtant, en ce qui concerne les fausses nouvelles, l’œil et l’esprit inquisiteurs des artistes peuvent rétablir l’importance des rencontres directes avec les objets, les sujets, les groupes, les sociétés et les phénomènes, qui évoluent et se déplacent librement au-delà du faisceau de notre regard imparfait.
[Traduction de l’anglais par Sophie Chisogne]

Oli Sorenson

Remonter l’image, descendre le temps. La reconstitution comme savoir chez Klaus Scherübel
Au printemps 2019, VOX présentait une « intervention curatoriale et artistique » de Klaus Scherübel qui consistait à reconstituer, en trois dimensions, les accrochages d’expositions automatistes que montrent deux photographies de Maurice Perron datant de 1947. Ce diptyque installatif était présenté simultanément dans deux volets distincts de la programmation du Centre : Créer à rebours vers l’exposition, cycle de présentations documentaires sur des expositions marquantes d’art contemporain au Québec, et l’exposition collective Period Rooms. Le projet de Scherübel jouait donc un double rôle, se voulant à la fois œuvre artistique de plein droit et production de savoir sur deux expositions historiques, savoir issu d’une activité de recherche. L’artiste exprimait par là une réflexion sur le rôle de l’image et de la reconstitution dans l’écriture de l’histoire de l’art, laquelle s’opère par trois ressorts : mimer la salle d’époque en altérant son effet de réel par une stratégie de distanciation ; créer des reconstitutions au réalisme ambigu qui combinent la reproduction de l’image photographique à celle de son référent ; et s’approprier des éléments paratextuels relevant autrement du discours de l’établissement.

Patrice Loubier

Kilo Hōkū : L’orientation selon le peuple hawaïen
Ces dernières années, la frontière entre art et éducation a eu tendance à se brouiller de plus en plus. À mesure que les disciplines s’entrecroisent, de nouveaux espaces se font jour qui permettent la transmission du savoir. Artiste et chercheuse hawaïenne, Kari Noe se sert de la réalité virtuelle (RV) dans Kilo Hōkū (2017-), œuvre dans laquelle elle propose aux spectateurs de s’essayer à l’orientation en haute mer, pratique en grande partie occultée après l’annexion du royaume d’Hawai‘i par les États-Unis en 1898. Contrôlée par l’utilisateur, la plateforme interactive initie les Hawaïens comme les étrangers de tous âges à ce mode de navigation déterminant tant du point de vue historique que culturel. Pour l’auteur, la pratique artistique de Noe aménage des espaces d’apprentissage des traditions et des récits hawaïens et montre le rôle que peuvent jouer les médias numériques dans la mise en commun des savoirs culturels. Les travaux de recherche de Noe faisaient partie de la série d’expositions Waterways: Asian Indigenous Relations in Contemporary Art (du 11 juin au 11 septembre 2019), présentée à la bibliothèque Webster de l’Université Concordia, à Montréal. Noe comptait également parmi les personnes invitées à prendre part au Global Asia/Pacific Exchange (du 11 au 15 juin 2019), échange organisé conjointement par l’Ethnocultural Art Histories Research Group de l’Université Concordia et l’Asian/Pacific/American Institute de l’Université de New York.
[Traduction de l’anglais par Isabelle Lamarre]

Austin Henderson

Le paysage comme pédagogie : Danser Sápmi
Gift of Stone est une œuvre de la chorégraphe sámie norvégienne Katarina Skår Lisa ancrée dans les cosmologies et les pratiques de sa communauté autochtone d’appartenance, les Sámis de la mer. À la recherche d’une forme contemporaine d’un langage chorégraphique dont il ne reste quasiment plus de traces, Skår Lisa s’est interrogée sur ce qui pourrait constituer une épistémologie et une méthodologie sámies et leurs conséquences sur les modalités de la collaboration artistique et de l’écriture chorégraphique.

Nayla Naoufal

PORTFOLIO

Hannah Jickling & Helen Reed
Daniel Fiset

Cindy Mochizuki
Amelia Wong-Mersereau

Caroline Boileau
Elise Anne LaPlante

Pam Hall
Paul Couillard

SCHIZES

En se savonnant
Michel F. Côté

COMPTES RENDUS

Arts visuels

Phil Collins, Fondation Phi pour l’art contemporain, Montréal par Dominique Sirois-Rouleau

Émilie Brout & Maxime Marion, La Chaufferie, HEAR, Strasbourg par Vanessa Morisset

Anna Maria Maiolino, Whitechapel Gallery, London, U.K. par Emily LaBarge

Nep Sidhu, Mercer Union, Toronto ; Audain Gallery, Simon Fraser University, Vancouver ; Esker Foundation, Calgary par Alex Bowron

Raphaëlle de Groot, Occurrence, Montréal par Daniel Fiset

Kathy Acker, Institute of Contemporary Arts, Londres, par Francis Desruisseaux

Sex Life: Homoeroticism in Drawing, SAW Gallery, Ottawa par Adam Barbu

Véronique Béland, Musée des beaux-arts de Sherbrooke par Frédérique Renaud

Deanna Bowen, Art Museum at the University of Toronto par Adam Lauder

Clément de Gaulejac, Galerie UQO, Gatineau par Daniel Fiset

Performance

Art nomade, Le Lobe, Saguenay par Alain-Martin Richard

Publications

Shannon Bool. Bombshell, Musée d’art de Joliette, Centre culturel canadien de Paris, Kunstverein Braunschweig, Agnes Etherington Art Center par Sophie Drouin

Rita McKeough: Works, Emmedia Gallery & Production Society, M:ST Performative Art Festival, TRUCK Contemporary Art in Calgary par Didier Morelli

Curatorial Activism: Towards an Ethics of Curating, Thames & Hudson par Louis Boulet

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