Indignation

77 - Hiver 2013

Dossier :
Le dossier Indignation se veut d’abord l’écho des bouleversements sociaux et politiques qui ont pris forme depuis 2011 et que rien, d’ailleurs, ne semble vouloir essouffler. Dans ce contexte comment les artistes s’indignent-ils ? Si certains d’entre eux décident, de façon ponctuelle ou récurrente, d’exprimer leur indignation par le truchement de l’art, d’autres choisissent surtout l’action politique et prennent part aux manifestations populaires. Ce numéro s’attarde aux différents motifs d’indignation et aux stratégies employées par les artistes et les citoyens pour signifier leur mécontentement.

 

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Articles à la pièce

Marie-Ève Charron & Thérèse St-Gelais
Annie Gérin
Michael DiRisio
Vanessa Morisset
André-Louis Paré
Marie-Ève Charron
Alice Ming Wai Jim
Sommaire:

ÉDITO
Nous les indignés
SYLVETTE BABIN

INDIGNATION

La couleur de l’indignation
Dans cet essai, les auteures reviennent sur la grève étudiante du printemps au Québec pour en examiner les actions de protestation dans la perspective où elles ont favorisé des subjectivations politiques et créé des manières de redéfinir les usages de la démocratie. Elles font voir que cette grève étudiante, muée en mouvement populaire, a généré une multitude de tactiques qui, visant à signifier au gouvernement le rejet de la hausse des frais de scolarité, ont par leur mode opératoire même critiqué la logique néolibérale et la marchandisation du savoir.
MARIE-ÈVE CHARRON & THÉRÈSE ST-GELAIS

Pussy Riot. La haine
Ce texte s’intéresse, par le biais de la notion de haine, aux performances du groupe punk féministe russe Pussy Riot. Il s’agit d’une part de la haine que les dirigeants russes vouent à une jeunesse qui revendique son droit d’expression, et d’autre part de celle ressentie par les victimes des injustices sociales et économiques. Comme la destruction symbolique semble être la conséquence logique de la haine affirmée, les moyens déployés à cette fin par le gouvernement russe et par Pussy Riot sont examinés.
ANNIE GÉRIN

La liberté perdue : crise économique et répression de la dissidence
À partir d’une analyse critique de l’œuvre Liberty Lost (2010), de Carole Condé et Karl Beveridge, cet article traite de la perte de liberté d’expression vécue par un grand nombre des personnes qui ont participé aux manifestations entourant le Sommet du G20 à Toronto, ainsi que des implications plus vastes de cette répression de la dissidence. Il explore tant l’expression des protestataires que l’expression globale de la dissidence par ces deux artistes, dont les préoccupations portent en grande partie sur l’accroissement de la précarité qui frappe les travailleurs et l’économie. La notion de dissensus sur laquelle repose la politique, selon Jacques Rancière, et sa conception de la police sont abordées dans cette analyse qui explore une philosophie ayant pour but de penser la résistance dans les arts.
MICHAEL DIRISIO

Rendez-vous sur Facebook : Foundland et la guerre électronique syrienne
Les artistes se sont-ils impliqués dans les soulèvements populaires depuis le Printemps arabe ? Ces événements ont-ils donné lieu à un renouveau de l’activisme en art ? Le collectif Foundland, créé aux Pays-Bas en 2009 par Lauren Alexander et Ghalia Elsrakbi, le fait penser. Avec leur dernier projet intitulé Simba, the last prince of Ba’ath country, les artistes s’engagent en faveur de la rébellion syrienne en décryptant des images de propagande diffusées sur Facebook par une « armée électronique » sous de faux profils. Elles déjouent ainsi ces stratégies de manipulation en prenant à témoin l’auditoire que leur offre le milieu artistique et, au-delà, leur propre visibilité sur Internet.
VANESSA MORISSET

Carrés rouges sur fond rouge
À partir d’une performance théâtrale intitulée Alexis. Une tragédie grecque, dont l’essentiel de l’action se situe à Athènes lors des émeutes de décembre 2008, l’auteur montre que cette pièce, en s’inspirant du théâtre épique de Brecht, soulève des questions relatives à l’engagement des spectateurs. Comme espace de représentation, le théâtre peut-il offrir des pistes de solution ? Pour ce faire, il importe de reconsidérer la relation acteur-spectateur. Il faut également rappeler que l’indignation ne doit pas aboutir à la résignation. Au contraire, l’indignation doit conduire à une réflexion où le spectateur peut aussi se penser comme acteur de sa propre vie.
ANDRÉ-LOUIS PARÉ

Les ingouvernables
Dans cet article, l’auteure commente l’exposition The Ungovernables qui a eu lieu au New Museum de New York à l’hiver 2011. Elle fait valoir la nature politico-sociale des œuvres dont le mordant tranchait avec les foires d’art en cours au même moment. La dimension critique des œuvres exposées, toutes produites par des artistes dans la trentaine provenant des quatre coins du monde, était plutôt au diapason de l’indignation soulevée par le mouvement Occupons et la grève étudiante au Québec.
MARIE-ÈVE CHARRON

La politique de l’indignation : Ai Weiwei, l’art et l’activisme
Ai Weiwei est un symbole de la lutte pour les droits de la personne. Artiste, architecte et activiste réputé, il est devenu une personnalité planétaire malgré l’interdiction de sortir de Chine qu’on lui a imposée. Ce blogueur politique engagé est bien connu pour ses critiques véhémentes à l’égard du gouvernement chinois qui foule aux pieds le droit à la libre expression. Dans cet article, l’auteure défend l’idée que la grande visibilité d’Ai a nui à la compréhension intime du fait que ses œuvres et de son activisme récents sont intrinsèquement liés au phénomène des médias sociaux de l’ère numérique.
ALICE MING WAI JIM

PORTFOLIO

L’École de la Montagne Rouge
Clément de Gaulejac

ARTICLES

Vertiges publics
Au cours des trois semaines durant lesquelles je fréquente les artistes du symposium d’art contemporain de Baie-Saint-Paul, je tente de construire une expérience mettant en interaction des observations, des discussions et des concepts issus des théories politiques de la démocratie. L’article restitue cette interaction. Il met en exergue un piège dans lequel le symposium manque tomber, mais finalement évite : celui de vouloir « rendre visible » le processus de la création. Tout en mettant en évidence l’origine de cet idéal et la manière dont il participe d’une vision spectatrice des rapports sociaux, il relate divers aspects du symposium qui rejettent cette vision et y substituent des moments de participation, de rencontre et de conversation.
JOËLLE ZASK

Help! The New Written Art Object. Alice Khan, a novel by Pauline Klein
Alice Khan is a short novel by the emerging French author Pauline Klein, who wants to make art without having to be an artist. A ludicrous comment on feminism, Alice Khan is more than just an artist's novel; it is a written art object, an artwork in its own right. The plot is narrated by a mysterious heroine who recounts her adventures living a double life as Anna, her artist’s muse persona, and Alice, her alter ego as an artist. Written in an autofiction mode, Alice Khan’s emphasis on language as material in art production inscribes the novel in a tradition initiated with a poetic throw of the dice.
MARYSE LARIVIÈRE

Circuits, Bertille Bak au MAMVP
En s’installant au sein de communautés minoritaires, confrontées à des inquiétudes concernant leur existence ou leur identité territoriale, Bertille Bak parvient à transformer leurs activités quotidiennes en récits fictionnels. Ces micro-fictions filmées, que l’artiste renforcent par un usage particulier du son et du bruitage, permettent aux acteurs de construire de nouvelles stratégies de résistance face aux déplacements ou aux délocalisations auxquels ils sont soumis. Les questions de micro-histoire, mémoire, ou d’engagement, mêlés à la fiction, permettent d’imaginer un nouvel type d’anthropologie visuelle.
NATHALIE DESMET

Stéphane Gilot, MULTIVERSITÉ/Métacampus
MULTIVERSITÉ/Métacampus est un compte rendu critique de l’exposition de Stéphane Gilot, présentée à la Galerie de l’UQAM à l’automne 2012. Alors que l’artiste prend comme point de départ le campus de l’UQAM pour investiguer le monde universitaire, l’article relève la pertinence du propos de l’œuvre (notamment, suite au « printemps érable »), mais s’attarde surtout à démontrer comment l’installation architecturale de Gilot rend compte formellement des multiples facettes de son objet d’étude.
ARIANE DE BLOIS

AFFAIRE DE ZOUAVE 
Minéralisation
MICHEL F. CÔTÉ

COMPTES RENDUS

Montréal | Vox Centre de l’image contemporaine, Jacqueline Hoang Nguyen, Space Fiction & the Archives par Anne-Marie St-Jean Aubre

Montréal | Galerie B-312, Jonathan Villeneuve, Faire la vague par Dominique Allard

Montréal | Galerie Occurrence, Jacynthe Carrier, Parcours par Gabrielle Marcoux

Montréal | Galerie de l’UQAM, Sébastien Cliche, La doublure par Aseman Sabet

Montréal | galerie antoine ertaskiran, Sayeh Sarfaraz, mémoire d’éléphant par Dominique Allard

New York | P !, Katarzyna Krakowiak, Shorthand par Aseman Sabet

Paris | Galerie Hussenot, Antoine Aguilar, Incerta Alba par Nathalie Desmet

Paris | Jeu de Paume, Laurent Grasso, Uraniborg par Vanessa Morisset

London | Delfina Foundation, Abbas Akhavan, Study for a Garden par Martine Rouleau

London | Institute of Contemporary Arts (ICA), Bloomberg New Contemporaries par Martine Rouleau

Montréal | Théâtre La Chapelle, Dom Juan_uncensored par Christian Saint-Pierre

Montréal | Usine C, Kurt Weill : Cabaret brise-jour et autres manivelles par Christian Saint-Pierre

Publication | Catherine Bolduc. Mes châteaux d’air et autres fabulations 1996-2012 par Dominique Allard

Publication | En imparfaite santé : la médicalisation de l’architecture par Dominique Allard

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