Re : Lettre sur le présent : le temps depuis lors, et maintenant
Dans le cadre de cette résidence numérique réalisée en collaboration avec Érudit, l’auteur et chercheur Hanss Lujan Torres s’intéresse à la manière dont le temps est expérimenté et abordé dans l’art contemporain. En écho à une réflexion sur le présent rédigée il y a plus de dix ans, il emploie l’écriture épistolaire comme pratique temporelle et forme de voyage dans le temps, retraçant à travers les archives de la revue Esse l’évolution des discours sur le temps.
Montréal, le 17 juillet 2025
Chère Marie-Eve,
Quelle drôle de coïncidence ! Durant ma résidence numérique, où j’avais proposé d’explorer les discours sur le temps dans l’art contemporain, je suis tombé sur ton article, « Lettre sur le présent », publié en 2014 à l’occasion du 30e anniversaire de Esse. J’ai été ravi, mais nullement surpris, de voir des auteurs et autrices affronter les textures changeantes du temps, les angoisses qu’il suscite et l’intensité persistante du « maintenant ».
En parcourant les archives de Esse, j’ai remarqué que les réflexions sur le temps émergent surtout dans des moments de commémoration et de rétrospection. Ta lettre, tout comme d’autres textes parus dans le numéro « Avoir 30 ans », abordait les défis d’un présent accéléré par le numérique. Dix ans plus tôt, le numéro « Utopie et dystopie », qui marquait le 20e anniversaire de la revue, interrogeait aussi la notion de temps, mais à travers les espoirs et les inquiétudes autour des futurs imaginés au début des années 2000. Dans le 100e numéro, judicieusement consacré à la « futurité », ces futurs envisagés étaient arrivés. Le temps, semble-t-il, se replie sur lui-même à chaque jalon.
Ces publications offraient des perspectives distinctes sur la manière dont le présent était ressenti, imaginé et compris à ces moments-là. Je me dois de te dire que depuis que tu as écrit ta lettre, le temps s’est effondré au moins une fois – plus, selon les points de vue – et que le monde a changé de telle sorte qu’il ne cesse de remodeler le rapport que nous entretenons avec lui. Les réflexions sur la temporalité dans l’art contemporain se sont étendues, tant sur le plan intime que global et existentiel. Il n’est sans doute pas anodin que Esse ait célébré ses 40e ans l’an dernier. C’est peut-être un bon moment pour faire le point.
De l’écriture épistolaire
Ton idée d’articuler la réflexion sur le temps sous la forme d’une lettre m’inspire. La lire plus de 10 ans après sa rédaction constitue en soi une expérience temporelle : elle réduit la distance et fait tomber les barrières du temps. Les lettres sont des espaces de rapprochement propices à l’échange d’idées ou, dans ce cas-ci, à une rencontre. (Salut !) Comme elles peuvent contenir plusieurs temporalités à la fois, elles nous offrent la possibilité d’éprouver le passage du temps à travers des perspectives multiples et changeantes.
Au cours de cette résidence, j’ai découvert, dans les archives d’Érudit, un article rédigé par un groupe de chercheuses en géographie portant sur les dimensions temporelles de l’écriture épistolaire. Publié dans un numéro spécial de la revue ACME intitulé « Desirable Futures », l’article signé par Mabel Gergan, Pallavi Gupta, Lara Lookabaugh, Caitilin McMillan, Sara Smith et Pavithra Vasudevan présente les pratiques épistolaires comme une forme de voyage dans le temps1 1 - Mabel Gergan, Pallavi Gupta, Lara Lookabaugh, Caitilin McMillan, Sara Smith et Pavithra Vasudevan, « Desirable Futures: Write Me a Letter », ACME, vol. 23, no 2 (2024), p. 91-106, accessible en ligne.. Ce qui m’a paru le plus intéressant, toutefois, c’est leur analyse du potentiel décolonial et féministe de la lettre en tant que mode d’expression. Les autrices citent plusieurs correspondances issues de contextes historiques et contemporains, notamment celle entre Audre Lorde et Pat Parker, dont les lettres constituaient un espace de soin, de solidarité et de résistance pour ces féministes lesbiennes noires confrontées à des réalités politiques complexes. Elles mentionnent également l’échange plus récent entre Robyn Maynard et Leanne Betasamosake Simpson, qui ont correspondu ensemble pendant la pandémie de COVID-19 afin de réfléchir aux futurités noires et autochtones tout en prenant acte de l’intensification des crises raciales, coloniales et écologiques en 2020. Fondamentalement, ces échanges mettent en lumière les connaissances relationnelles et montrent que l’écriture à travers le temps peut constituer une forme de construction critique et collective du monde.
Récemment, je suis tombé sur une microvidéo Instagram qui faisait référence à une lettre que James Baldwin adressait à Angela Davis en 1971, en réaction à son arrestation. Il y écrivait : « S’ils t’arrêtent à l’aube, ce sera notre tour le soir venu2 2 - YK Hong (ykreborn), « Liberation: Liberation Cannot Be Conditional » microvidéo, Instagram, 18 avril 2025, <www.instagram.com/p/DIlh5h0O30F/> ; James Baldwin, « An Open Letter to My Sister, Miss Angela Davis », The New York Review, 7 janvier 1971, accessible en ligne. [Trad. libre]. » Ancrés dans les luttes politiques des années 1970, les mots de Baldwin résonnent encore avec force aujourd’hui. À la fois délicates et percutantes, les lettres sont des archives sensibles qui préservent pensées et émotions, tout en portant le pouvoir latent de fissurer le présent avec les échos du passé. Découvrir cette lettre – sur Instagram de tous les lieux possibles – m’a aussi rappelé que les lettres savent parfois nous trouver. Tout comme j’ai trouvé la tienne… si ce n’est pas elle qui m’a trouvé. Tout cela fait de l’échange épistolaire un espace particulièrement propice à l’exploration de notre rapport complexe au temps et au présent.
Le présent, hier et aujourd’hui
Ton analyse de la manière dont les artistes trentenaires expérimentaient le temps en 2014 m’a particulièrement marqué. Tes observations sur la pression de la modernité et l’accélération de la technologie et des communications résonnent encore aujourd’hui. Cependant, je dois admettre que l’idée d’être « trentenaire » me semble plus floue. Je la conçois comme une tranche d’âge, une étape de la vie liée à des attentes normatives plus larges. Dans le milieu artistique, cela correspond souvent au moment où l’on termine sa formation et sort des catégories « artistes émergent·es » ou « jeunes artistes ». Or, dans un contexte de précarité économique chronique et d’instabilité institutionnelle, des jalons tels que l’accession à la propriété, la parentalité ou la « réussite » professionnelle apparaissent, pour certain·es d’entre nous, non seulement différées, mais hors de portée – voire tout simplement impensables. J’imagine que les artistes dont tu parlais n’appartiennent plus à cette tranche d’âge, mais je soupçonne que plusieurs ressentent encore les effets des dislocations temporelles du début de la pandémie, lorsque le temps s’était arrêté et accéléré tout à la fois. C’était comme vivre à l’intérieur de BW de Patrick Bernatchez, dont tu parles dans ton texte, où une seule révolution dure 1 000 ans. Pour certain·es, les confinements et les célébrations manquées ont figé leur développement ; pour d’autres, ces années ont paru interminables.
Ta lettre m’a fait découvrir le travail de l’historien François Hartog et son concept de « présentisme3 3 - Marie-Eve Beaupré, « Lettre sur le temps présent », Esse, no 81 (printemps 2014), p. 78, accessible en ligne. ». Cette idée d’un présent dominant à la fois le passé et le futur me parait particulièrement utile pour penser la condition culturelle en Occident dans les années 2010, décennie durant laquelle l’accélération des technologies de communication a transformé notre expérience temporelle en comprimant le temps historique dans un « maintenant » toujours plus intense. Aujourd’hui, ce phénomène est encore plus aigu, voire plus lourd, avec l’essor de l’intelligence artificielle et l’influence omniprésente des médias sociaux et des systèmes algorithmiques. Ce temps de l’hyperprésent privilégie la rapidité, l’immédiateté et la simultanéité. Il est implacable et écrasant.
C’est sans doute pour cette raison que nous sommes attiré·es par l’art : il offre un moyen de donner sens de la sursaturation du présent. Tes observations sur les artistes qui cultivent la lenteur, la monotonie et la contemplation nous aident à réfléchir à la façon dont l’art compose avec le présent. Il est intéressant de noter qu’un autre article du numéro « Avoir 30 ans » fait aussi référence à Hartog et au présentisme, en le contextualisant dans le champ de l’art contemporain. Dans « Le temps historique écologisé », Christine Ross reconnait que la modernité et le présentisme ont transformé notre rapport au temps. Elle soutient toutefois que l’art contemporain ne se contente pas d’en refléter les effets. « Privilégier le présent4 4 - Christine Ross, « Le temps historique écologisé », Esse, no 81 (printemps 2014), p. 67, », dans ce contexte, ne se fait pas nécessairement au détriment du passé ou du futur ; cela peut au contraire constituer un espace critique pour élaborer de nouveaux imaginaires temporels. Ross mentionne des œuvres de Marjetica Potrč, de Francis Alÿs, de Pierre Huyghe et de David Altmejd qui s’inscrivent dans des temporalités fondées sur l’écologie et la durée, afin de résister aux accélérations de la modernité.
La thèse de Ross se révèle d’une grande clairvoyance, et il semble que Hartog ait depuis révisé sa position. Dans une entrevue de 2022 où il abordait la pandémie de COVID-19 sous l’angle du présentisme, Hartog soulignait que cette crise mettait en lumière la conscience de plus en plus répandue du rapport de l’humanité à la nature. Il déclarait : « Nous avons drastiquement réduit la biodiversité de la Terre. Ce qui est entièrement nouveau aujourd’hui, c’est que l’humanité est devenue une force géologique à part entière. C’est ce que l’on appelle l’Anthropocène […]. Cela remet en cause notre vision entière du monde moderne – notre vision du progrès, notre domination de la nature5 5 - Bernhard Warner, « It’s Not Your Imagination—the Pandemic Has Thoroughly Upended Our Relationship to Time », entretien, Fortune, 12 juillet 2020, accessible en ligne.. » Il s’agit d’un changement notable, mais limité. Bien que Hartog évoque l’urgence écologique, le cadre de l’Anthropocène tend à universaliser la responsabilité et à occulter les forces coloniales, raciales et capitalistes inégales et persistantes qui nourrissent ce présentisme oppressant.
Je ne cherche pas à rejeter entièrement le présentisme, que je considère comme un cadre utile pour appréhender les dynamiques sociales et les perceptions du temps. Je n’entends pas non plus balayer les approches écologiques du temps, qui sont essentielles et omniprésentes. Mais pour saisir pleinement les affects contemporains, ce cadre doit entrer en dialogue avec la politique du maintenant. Le présentisme signale une perte d’historicité ; plutôt que de lui opposer un autre métarécit général comme celui de l’Anthropocène, une approche plus efficace consisterait à se tourner vers les microhistoires et les expériences localisées ancrées dans le présent.
Pour parler du temps – de ses structures et de ses textures –, il faut partir de la dimension personnelle. Or, la dimension personnelle, comme nous le savons, est politique. Le temps est politique.
Le présent, maintenant
Au cours de la dernière année, j’ai constaté un nombre croissant d’expositions consacrées à des œuvres vidéos qui interrogent l’expérience du temps. Je dois admettre qu’il m’arrive souvent, dans les galeries, de passer devant les vidéos en me promettant d’y revenir lorsque j’aurai le temps – ce qui arrive rarement. Mais dernièrement, je me surprends à m’y attarder, attiré par leur façon de retenir le temps. Deux expositions récentes s’imposent comme d’éloquents exemples de la manière dont les artistes abordent les urgences du présent, tout en révélant la nature stratifiée et souvent complexe du temps. Elles rappellent que le présent est tout sauf uniforme, et que le temps n’est jamais neutre.
Dans l’exposition individuelle A Temporary Loss of Consciousness, présentée en 2024 à la Galerie Eli Kerr, Joyce Joumaa faisait appel à des supports temporels et à la métaphore de l’orbite de la Terre autour du Soleil pour illustrer les pannes d’électricité récurrentes au Liban. Le titre revêtait une double signification intéressante : il renvoyait à la fois aux pannes de courant et à l’expérience personnelle de la désorientation, du décalage et de la suspension du temps. Il instaurait une atmosphère d’incertitude et d’intimité. Dans la vidéo à six canaux Mutable Cycles II, diffusée sur des écrans évoquant un panneau solaire, Joumaa s’intéressait à l’usage de l’énergie solaire à Tripoli, dans le contexte des crises sociopolitique et économique sans fin. Des enregistrements intermittents et méditatifs de scènes domestiques sur les toits se superposaient aux images médiatiques des manifestations de 2021, déclenchées à la suite de la panne générale qui avait paralysé le pays. L’œuvre établissait ainsi un dialogue entre l’énergie électrique et le pouvoir collectif du peuple. Autour de cette installation, cinq boitiers de disjoncteurs convertis en caissons lumineux éclairaient des photographies pendant une durée correspondant aux horaires d’électrification des immeubles représentés. J’ai été frappé par la manière dont Joumaa soulignait la précarité et la fragilité du temps, en inscrivant des moments du quotidien dans des objets banals. L’infrastructure matérielle permettait de retracer des expériences de rupture personnelles et collectives, tandis que les images faisaient paraitre infiniment précieux ces instants de lumière à première vue anodins. Dans son compte rendu de l’exposition, Irem Karaasian insiste sur la façon dont le temps y était ressenti : « Nous avons inévitablement succombé à une frustration accablante, phase marquée par des manquements éthiques, au cours de laquelle nous avons acquiescé et nous sommes résigné·es aux circonstances dominantes dépeintes dans les œuvres6 6 - Irem Karaaslan, « Joyce Joumaa: A Temporary Loss of Consciousness », Esse, no 113 (hiver 2025), p. 83, accessible en ligne.. » Je soupçonne que ce sentiment est né de l’expérience déstabilisante de la rencontre entre le temps historique et le moment présent.
Mutable Cycles II, vue d’installation, Galerie Eli Kerr, Montréal, 2024.
Photo : Simon S. Belleau, permission de l’artiste
Pour en revenir à ta remarque sur le rôle de la technologie et des communications dans l’intensification de notre rapport au temps, je dirais que les médias sociaux transforment encore davantage notre perception du maintenant. Nous sommes hyperconscient·es de notre présent, tout en étant exposé·es à celui des autres, en temps réel et sous une forme condensée, et ce, peu importe la distance : les évènements mondiaux sont réduits à des clips vidéos, consommés d’un simple geste, en balayant l’écran ou en le faisant défiler. Nous assistons désormais à des atrocités à travers celui de nos téléphones, tout en étant censé·es faire comme si de rien n’était ensuite.
L’exposition P is for Palestine, présentée en 2024 à Plein sud art actuel sous le commissariat d’Ariane De Blois et de Muhammad Nour ElKhairy, offrait une réflexion soutenue sur le présent et un espace propice au ralentissement. Dans son compte rendu, Dominique Sirois-Rouleau souligne que l’exposition « [imposait] un temps d’immersion important pour se plonger adéquatement dans chaque proposition » et que « les œuvres poignantes [racontaient] ce que le discours médiatique néglige parce qu’elles [demandaient] qu’on y mette le temps : la vie7 7 - Dominique Sirois-Rouleau, « P pour Palestine », Esse, no 113 (hiver 2025), p. 86, accessible en ligne. ». Une des vidéos, I would like to visit d’ElKhairy, se présentait comme une lettre tapée en temps réel. Elle s’ouvrait sur la phrase « I would like to visit Israel » [J’aimerais visiter Israël], qui était progressivement remaniée à mesure que se dévoilaient les restrictions subies par l’artiste en tant que Palestinien. Le texte dérivait dans des futurs possibles fracturés ou interdits par des structures coloniales et politiques. Son désir personnel restait en suspens, tandis que le progrès linéaire ne menait nulle part. Le colonialisme avait ravagé le passé et abandonné les Palestinien·nes à un présent irrésolu et sans fin.
I would like to visit, 2017, vue d’installation, Plein Sud, centre d’exposition en art actuel, Longueuil, 2024.
Photo : Guy L’Heureux
Un dialogue intéressant s’engageait entre la vidéo d’ElKhairy et la première œuvre présentée dans l’exposition, Measures of Distance (1988) de Mona Hatoum. On y voyait l’artiste lire les lettres que sa mère lui écrivait en temps de guerre et d’exil. Des photographies fragmentées de sa mère nue, prises par Hatoum, étaient lentement dévoilées et superposées à la correspondance manuscrite en arabe. Ici, la distance à la fois physique et temporelle se mesurait par les absences, les décalages et les frontières qui les séparaient. Les lettres naviguaient entre souvenirs passés et émotions du présent ; la vie domestique et la guerre civile n’étaient pas séparées, mais entremêlées, comme quoi la mémoire personnelle et l’histoire politique s’influencent et se déforment mutuellement. Measures of Distance traversait le temps et entrait en résonance avec le présent, où perdurent la dépossession et les tensions géopolitiques.
En conclusion
Dans ta lettre, tu posais la question : « À quand l’instauration de ce ministère du Temps et du Tempo envisagé par Paul Virilio8 8 - Marie-Eve Beaupré, loc. cit., p. 78. C’est Beaupré qui souligne. ? » Une idée certes spéculative, mais qui semble de plus en plus nécessaire à une époque définie par l’accélération et l’épuisement. J’imagine qu’un tel ministère, ainsi que le suggère Virilio, s’opposerait à la logique d’accélération de la vie moderne, encouragerait la littératie temporelle et préserverait des formes de lenteur, de soin et de latence. Je dirais que les artistes remplissent déjà en partie ce rôle à travers leur réflexion critique sur le temps, non seulement comme matière, mais aussi comme condition politique façonnée par le pouvoir, l’histoire et la perception. Par leurs pratiques, ils et elles élaborent des stratégies qui ralentissent le rythme, cultivent l’attention et ouvrent des espaces de soin et d’écoute à d’autres temporalités.
En 2022, Hartog commentait la politique du présent en ces termes : « Dans ce type de politique, tout repose d’abord sur la réaction, puis sur l’émotion. Et, bien sûr, il n’y a plus de place pour la réflexion ou l’analyse9 9 - Bernhard Warner, loc. cit. [Trad. libre]. » Ce qu’il néglige, c’est la capacité de l’art à intervenir. Comme nous l’avons vu, l’art contemporain rend visible la fragilité du temps. Il peut rétablir le lien entre présent et passé, tout en résistant aux promesses linéaires du progrès. Il peut aussi ouvrir un espace propice à des expériences plus lentes et plus contemplatives du temps. Pour citer Nina Simone : « Le devoir de l’artiste […] est de refléter les temps10 10 - Nina Simone, « Nina Simone: An Artist’s Duty », vidéo, YouTube, 21 février 2013, 51 s, accessible en ligne.. » Je réfléchis souvent à son emploi du pluriel, « les temps », qui me semble délibéré, pour insister sur une réalité stratifiée à contempler, renvoyant certes au présent, mais aussi à ses multiples registres. En tant qu’auteurs et autrices, nous avons un rôle à jouer en proposant des analyses qui fissurent la domination de ce présent sursaturé, tandis que le temps continue de passer.
Prends soin de toi,
Dans le pli du temps,
Hanss
Traduit par Nathalie de Blois
Liens vers les articles cités : Marie-Eve Beaupré Mabel Gergan, Pallavi Gupta, Lara Lookabaugh, Caitilin McMillan, Sara Smith et Pavithra Vasudevan Christine Ross
Hanss Lujan Torres est un commissaire, un chercheur, un écrivain et un travailleur culturel originaire de Cusco, au Pérou, vivant actuellement à Tiohtiá:ke/Mooniyang/Montréal. Dans ses recherches et ses écrits, il se penche sur les archives subjuguées et les temporalités queers afin d’imaginer des avenirs alternatifs dans l’art contemporain. Il est titulaire d’une maitrise en histoire de l’art de l’Université Concordia et d’un baccalauréat en arts visuels, avec une mineure en histoire de l’art et en culture visuelle de l’Université de la Colombie-Britannique Okanagan. Lujan Torres a déjà contribué à Esse arts + opinions par le passé. Il est coordinateur de recherche pour l’Indigenous Futures Research Centre.





