Christine Major, Cuisine rouge, 2010.
Photo : Guy L’Heureux permission de | courtesy of Galerie Donald Browne, Montréal

Différents enjeux traversent la pratique picturale, certains plus controversés que d’autres lorsqu’il s’agit de représenter une position à la fois politique et affective. C’est le cas notamment lorsque des sentiments liés à des perspectives féministes ou postcolonialistes sont partie prenante de l’œuvre.

Dans les tableaux de Christine Major, de Marion Wagschal et de Lynette Yiadom-Boakye, on perçoit des problématiques sociales et sexuelles à l’égard desquelles plusieurs femmes se sont engagées. Des thèmes comme la marginalité, la violence ou le temps qui ravage la vie et les relations humaines sont explorés par ces artistes de manière à laisser se dégager un corps habité dans son entièreté par divers états étrangers à toute quiétude morale et esthétique.

Réalistes à certains égards, ces tableaux s’avèrent provocants en ce qu’ils présentent des figures inhabituelles. Plusieurs des portraits de femmes produits par ces artistes font preuve d’une brutalité, d’une détresse ou d’une austérité qui ravivent les liens éminemment sensibles que l’œuvre entretient avec le regard extérieur. Wagschal, par exemple, offre des représentations qui nous paraissent disgracieuses et, de fait, incongrues.

Artiste féministe de la deuxième vague, Marion Wagschal se montre insolente. Le réalisme qu’elle pratique dans son travail n’épargne pas le modèle et lui fait braver son devoir de répondre aux canons de beauté auxquels le corps réagit en se faisant dégénérescent. Le « réel peint » chez Wagschal s’ajuste aux aléas de la vie et à la déliquescence du médium.

Marion Wagschal, Pulcinella Bathing, 2007.
Photo : Éliane Excoffier
permission de | courtesy of the artist & Battat Contemporary, Montréal
Marion Wagschal, Blonde with a Broken Nose, 2007.
Photo : Éliane Excoffier
permission de | courtesy of the artist & Battat Contemporary, Montréal
Marion Wagschal, Woman with a Pink Divider, 2004.
Photo : Éliane Excoffier
permission de | courtesy of the artist & Battat Contemporary, Montréal
Marion Wagschal, Self Portrait as Martha Ray, 2009. 
Photo : Éliane Excoffier
 permission de | courtesy of the artist & Battat Contemporary, Montréal
Marion Wagschal, Tequila Sunrise, 2008.
Photo : Éliane Excoffier
permission de | courtesy of the artist & Battat Contemporary, Montréal

Chez ces artistes, l’art pictural et l’engagement se manifestent d’une seule voix et tout en profondeur : une cohabitation qui travaille la matière autant que le contenu.

La couleur est au cœur du travail de Lynette Yiadom-Boakye, dont la représentation de personnages imaginés – qu’elle perçoit comme des « portraits conceptuels » – met en évidence des tensions chromatiques qui agitent la réception du portrait. On peut y voir l’expression affirmée d’une appartenance à une culture. Elle pense la peinture pour ce qu’elle serait « par nature » et la travaille sans cesse par ces contrastes volontaires et prégnants.

Christine Major, La dépense, 2010.
Photo : Guy L’Heureux
permission de | courtesy of Galerie Donald Browne, Montréal
Christine Major, Meneuses de claque, 2012;
Survivants, 2010. 
Photos : Guy L’Heureux
permission de | courtesy of Galerie Donald Browne, Montréal

Dans des mises en scène domestiques hautes en couleur, Christine Major s’engage dans des zones de turbulences dont le sexuel semble être implicitement l’instigateur. Que la figure féminine soit isolée, alignée avec ses semblables ou objectivée, elle se trouve dans une situation où son corps évoque d’étranges positions et représentations tacitement ou ouvertement imposées, que l’intensité et la matérialité de la couleur paraissent vouloir contester ou parfois ironiser.

Chez Major et Yiadom-Boakye, la puissance de la palette chromatique et de ses contrastes donne le ton à un contenu iconographique apparemment sans conséquence.

Lynette Yiadom-Boakye, The Hours Behind You, 2011.
Photo : © Lynette Yiadom-Boakye
 permission de | courtesy of Jack Shainman Gallery, New York & Corvi-Mora, London
Lynette Yiadom-Boakye, Places to Live for, 2013.
Photo : © Lynette Yiadom-Boakye
 permission de | courtesy of Jack Shainman Gallery, New York & Corvi-Mora, London
Lynette Yiadom-Boakye, The Cream and the Taste, 2013.
Photo : © Lynette Yiadom-Boakye
 permission de | courtesy of Jack Shainman Gallery, New York & Corvi-Mora, London
 Lynette Yiadom-Boakye, Wrist Action, 2010.
Photo : © Lynette Yiadom-Boakye
 permission de | courtesy of Jack Shainman Gallery, New York & Corvi-Mora, London
Lynette Yiadom-Boakye, Switcher, 2013.
Photo : © Lynette Yiadom-Boakye
permission de | courtesy of Jack Shainman Gallery, New York & Corvi-Mora, London

Major, Yiadom-Boakye et Wagschal mettent à l’avant-scène des histoires affectives et intimes, imaginées ou trouvées. De leurs œuvres se dégagent quelques constats factuels quant à la combinaison sensible du privé et du politique, en même temps qu’un travail de la peinture exprimé par de magistrales leçons de couleur.

Cet article parait également dans le numéro 81 - Avoir 30 ans
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