Patrick Beaulieu, , 2010.
photo : paul litherland, permission de | courtesy of the artist & art mûr, montréal

Un art du mouvement préside à la démarche de Patrick Beaulieu. Il semble avoir constitué son vocabulaire plastique en promenade, en recueillant ce que la nature abandonne sur le lit des forêts : branchages et brindilles, cônes de pin, plumes d’oie ou ailes de papillon. De retour dans l’atelier, il entreprend d’animerces fragments végétaux ou volatiles en les combinant avec un discret attirail électrique. Au travail de récupération naturelle succède donc un travail de récupération technologique. Ses dispositifs détournent l’usage d’un moteur de tourne-disque ou du microventilateur d’un disque dur pour susciter l’apparence de la vie. Ces bricolages, où la technologie qualifie presque invisiblement les objets naturels en substituant son pouvoir moteur à celui des éléments, mettent au défi l’inertie trompeuse de la matière.

Le façonnage des éclairages, parfois aussi des sonorités, vient parachever ces fabrications de l’âme. Les images fugitives qui prennent forme devant nos regards sont les messagères d’une frange obscure de l’être, où s’entremêlent l’ordre de la vie et celui des apparences. Des racines tournoyant à toute vitesse prêtent forme aux panaches d’animaux lumineux. Elles s’effritent dans un murmure mystérieux, qui laisse présager un règne parallèle du vivant, placé sous l’inéluctable tutelle du silence. Sous un faisceau de lumière concentrée, un dernier souffle, toujours repris, soulève encore et encore des ailes de monarque. Au fond d’une pièce sombre, une feuille solitaire, soudainement remuée par un spasme infinitésimal, brille de la lueur des révélations. Des ombres mouvantes balaient une surface jonchée de cônes de pin ou de plumes d’oie. Leurs tressaillements esquissent un hésitant ballet des départs. Mais ni une chose ni son ombre ne peuvent s’émanciper de leur attache.

Le jeu des lumières et des ombres, les mouvements retenus des objets, leur rumeur discrète s’amalgament dans nos regards pour nous rappeler la fragilité vivante de la matière. Nous oublions trop facilement cette vérité simple sur laquelle se fondent la science ou la religion : que tout ce qui pulse au cœur caché des choses partage un patron commun, et que nous, et les objets qui nous entourent, sommes façonnés par les mêmes forces qui prêtent forme au monde où nous vivons.

Je soupçonne que c’est ce constat de science naïve qui pousse aujourd’hui Patrick Beaulieu à s’aventurer au-delà des confins de la galerie pour se lancer dans des odyssées transfrontières, où il recueille les traces physiques et métaphoriques du mouvement migratoire des papillons monarques ou des courants du vent à travers l’Amérique. En s’abandonnant, encore et encore, à des forces qui le dépassent, il poursuit cette lente leçon de choses qui lui a révélé son art.

Patrick Beaulieu, Battements, 2008;
Battements, 2012.
photos : Guy L’Heureux et Jocelyn Riendeau,
permission de | courtesy of the artist
& Art Mûr, Montréal
Patrick Beaulieu, Effritements (Amorfia), 2006.
photos : Pascal Grandmaison,
permission de | courtesy of the artist
& Art Mûr, Montréal
Patrick Beaulieu, Souffle, 2007.
photo : Paul Litherland, permission de |
courtesy of the artist & Art Mûr, Montréal
Cet article parait également dans le numéro 75 - Objets animés
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