Amanda-Amour-Lynx_Skitekmujuawti
Amanda Amour-Lynx Skite'kmujuawti, capture d'image, 2021.
Photo : permission de l'artiste

Invocations créatives, rituel et lieu : conversation entre Skite’kmujuawti d’Amanda Amour-Lynx et les oeuvres de James Gardner, d’Alana Bartol et de Jamie Ross

Chris Gismondi
La créativité des artistes tient au fait de donner le jour à de nouvelles vies et à de nouveaux objets dans le monde. Pour les communautés marginalisées, les processus d’invocation créative et de fabrication rituelle du sens jouent un rôle important, plus encore quand l’époque est troublée ou incertaine. Les observances et les pratiques cultivent le sens et la relation au lieu, mais fournissent aussi, en tant que forme alternative de spiritualité, un but supérieur. Ce processus génératif de mise au monde s’inspire parfois ouvertement d’éléments occultes, métaphysiques, magiques, populaires ou sorciers qui viennent étoffer l’acte créatif. Enrichis de tels éléments, les aspects rituels [de sa pratique] enracinent l’artiste dans un lieu, lui assurant ainsi un ancrage. En art contemporain, certaines pratiques cérémonielles porteuses d’une intention particulière, comme la répétition ou le ritualisme déclaré, élèvent le sens. Cette intentionnalité rapproche l’art de la manifestation visuelle d’une divination, de relations ou d’un respect profond, ancrée dans un lieu dont elle est responsable.

La plupart des croyances occultes ou néopaïennes, auxquelles je me réfère dans cet article par les mots « magie » ou « sorcellerie », relèvent d’une façon ou d’une autre de la fabrication créative, du rituel cérémoniel propre au site, d’une intention à l’égard de la terre ou de gestes de respect envers les éléments. Ces pratiques, idéologies et relations, de même que d’autres discours nouvel âge, influencent les arts et deviennent de plus en plus visibles dans les médias sociaux. Cependant, dans la mesure où ils recoupent des aspects communs à la plupart des visions du monde autochtones (reconnaissance ancestrale, relations avec les éléments, liens soigneusement entretenus avec le monde naturel), les discours majoritairement blancs et eurocentriques de la magie et de la sorcellerie (néo)nouvel âge sont susceptibles d’usurper les cérémonials et la présence autochtones. C’est là une forme de colonialisme spirituel qui revendique la propriété de la terre par des formes alternatives de spiritualité ; cela contribue, dans le pire des cas, à la continuation du déplacement des premiers peuples, et dans le meilleur, à l’appropriation ou à d’autres formes de pillage déguisées en spiritualisme individuel. Devant cette situation et les actes d’appropriation qui ont cours au sein du mouvement (néo)nouvel âge et de l’industrie du bienêtre centrée sur la consommation individuelle, j’aimerais instaurer une conversation entre une œuvre d’art autochtone d’une grande richesse, d’une part, et les œuvres de trois adeptes de l’art sorcier, d’autre part. Les adeptes de sorcellerie ont une dette immense envers la préservation des spiritualités centrées sur la terre et la place qu’on continue de leur faire, spécialement dans le contexte du colonialisme de peuplement où se sont installé·e·s les eurodescendant·e·s, dont les pratiques dites « de gens rusés » (sorcières, guérisseurs…) ont contribué au déplacement colonial.

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