Serge Clément Archipel, vue d’installation, Occurrence, Montréal, 2018. © Serge Clément / SODRAC (2019)
Photo : permission de l’artiste
Serge Clément
Chassé-croisé, détail du livre, éditeur Mai 50, 2015. © Serge Clément / SODRAC (2019)
Photo : permission de l’artiste
Depuis plus de quarante ans, Serge Clément expérimente le livre photographique comme variations concomitantes de ses séries photographiques. L’exposition Archipel propose de naviguer autour des ouvrages réalisés par l’artiste depuis 1979 : autoédition, Hommage / John Max – Open Passport (2005), monographies, Dépaysé (2014), collaborations, Sutures (2003) et maquettes, jusqu’à sa plus récente recherche sous forme de journal, Zone cinéma (2018), résultat d’une résidence aux archives de la Cinémathèque québécoise. C’est par cette dimension livresque qu’Archipel revisite les différents corpus de Clément. Les tables-ilots où sont exposés les livres offrent un parcours en circulation libre. Tandis que certains ouvrages plus précieux dorment sous des cloches vitrées, un leporello appelle le visiteur à graviter autour de la table sur laquelle il est verticalement déplié. Dans une salle plus intime, les mains du photographe, filmées en plan rapproché contemplatif, feuillettent pour nous quelques-unes de ses réalisations.


Alors que certaines publications sont soumises au simple regard, d’autres invitent au toucher et à la consultation, comme en témoignent les traces d’usure sur les livres grands formats, courants ~ contre-courants et Chassé-croisé, ce dernier étant présenté pour la première fois au Québec. L’expérience tangible rend ici à l’objet sa fonction usuelle et autonome. Le dispositif scénographique décline ainsi l’autorité expographique qui empêche souvent une rencontre avec l’objet exposé, et amène à nous questionner tant sur la frontière entre œuvre et document que sur l’immatérialité de l’image photographique versus la matérialité de l’objet, le livre, dans laquelle elle est séquencée. Clément considère la forme du livre comme une piste de réflexion autour de la polysémie des images et lutte par ce biais contre une interprétation statique de ses séries photographiques. La relation binaire entre ce médium et la photographie permet à l’artiste de repenser sans cesse son travail et de réfléchir aux enjeux autour de la subjectivité des images. Dans la prise de vue comme dans l’élaboration de maquettes, les narrations de Clément s’accordent avec un rythme. C’est ainsi que l’artiste explore les multiples couches de lecture de ses photographies, intégrant par exemple une page blanche comme ellipse à la construction d’un récit, Dépaysé (2014), ou simplement pour introduire une pause chez le lecteur, ou encore en amenant ce dernier à tester ses limites d’acceptation visuelle face à une imposante quantité de photographies (courants ~ contre-courants, 2007) et repenser sa relation à l’image.

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This article also appears in the issue 96 - Conflict
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