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This Duet That We’ve Already Done (so many times)
du 11 au 14 novembre 2015
Photo : Claudia Chan Tak
du 11 au 14 novembre 2015
[In French]
This Duet That We’ve Already Done (so many times) nous plonge dans l’univers familier du chorégraphe Frédérick Gravel qui réinvente ici son propre matériel et laisse tomber certaines béquilles de ses productions précédentes. Le contexte y était propice. Comme le titre l’indique, il se limite à deux interprètes en se mettant en scène aux côtés de l’infaillible Brianna Lombardo.
L’approche décontractée de Gravel demeure. Il opte pour une transition sonore stridente, appuyée par la posture de Lombardo, maintenant engagée dans la danse. Sur un blues rock sexy et performatif, la danseuse se campe sur le bout des orteils en cambrant le tronc, poussant son corps à la limite de l’équilibre, vacillant entre lenteur et rapidité d’exécution.
Un folk aux airs de spaghetti western accompagne ensuite un duo sur fond de duel. Les bras tendus vers le haut, Lombardo brandit les poings, comme si le macaque de Tout se pète la gueule, chérie (2010) s’aventurait enfin sur deux pattes, avant de poursuivre sa transition animale, genou à 90 degrés et jambe étirée vers l’avant, tel un cheval. Sa danse se déploie entre maladresse et élégance pendant qu’un Gravel botté rôde autour d’elle sans faire grand-chose, comiquement inutile. Face à la dextérité de Lombardo, Gravel met de l’avant son charme et son autodérision. Les westerns de Serge Leone n’étaient pas sans un certain humour non plus.
This Duet That We’ve Already Done (so many times), Agora de la danse, 2015.
Photos : Nans Bortuzzo (gauche) et Claudia Chan Tak (droite)
L’antagonisme du western fait place à celui du film noir. Les danseurs s’engagent dans un duo virevoltant, leur corps recroquevillés les entraînant dans des interactions sales et maladroites. Il y a toujours quelques portées, Gravel agrippant généralement Lombardo, mais lorsqu’il se lance et qu’elle l’attrape on se dit « Enfin ! » Le point culminant a lieu lorsque l’un se propulse dans les airs alors que l’autre le retient par les cheveux. Malgré la violence, un rire satisfait s’échappe des lèvres de Lombardo.
La bande sonore flirte souvent avec la nostalgie, évoquant simultanément le magique et le kitsch. La musique de film est habituellement trop grandiloquente pour l’intimité de la danse, mais Gravel joue habilement avec ce décalage. Lorsque finalement l’intensité d’une chanson de Chelsea Wolfe se marie à la lumière d’un seul projecteur, nous sommes indéniablement au théâtre. Le torse de Gravel est couvert de sueur et ses longues mèches mouillées lui fouettent le visage. Pour la première fois, il s’érotise ; fait notable car pour se faire le chorégraphe doit oser se prendre au sérieux en tant qu’interprète. Le pari est gagné. Il prouve enfin qu’il est un danseur.
Le spectacle pourrait se terminer sur cette note, mais s’achève plutôt sur un solo de Lombardo. Après nous avoir laissé percevoir de nouveaux horizons, Frédérick Gravel propose plus ou moins la même finale que pour GravelWorks (2008), en nous laissant sur le cliché qu’est devenu Love Will Tear Us Apart de Joy Division.
Limité à deux interprètes, le chorégraphe ne dépend plus de l’effet de groupe. Plus important encore, il ne s’adresse pas au public, comme s’il faisait enfin assez confiance à sa chorégraphie pour la laisser parler d’elle-même. Avec raison. This Duet est de loin son spectacle le plus fort depuis GravelWorks.