Monde Bossale

Af-flux Biennale Transnationale Noire

Kessie Theliar-Charles
Af-flux Biennale Transnationale Noire, Montréal
du 11 septembre au 11 décembre 2021
Monde Bossale, Af-flux Biennale Transnationale Noire, vue d’exposition, Art Mûr, Montréal, 2021.
Photo : Mike Patten, permission de Af-flux Biennale Transnationale Noire
Af-flux Biennale Transnationale Noire, Montréal
du 11 septembre au 11 décembre 2021
Monde Bossale, première édition d’Af-flux Biennale Transnationale Noire, s’impose comme un voyage identitaire entre mémoire et imagination. Mêlant expositions, conférences et performances, cet effort inédit incite au dialogue sur les identités transnationales par le biais de créateur·rice·s issu·e·s de toute la diaspora africaine qui font l’expérience, dans leur quotidien et leur histoire, de ce que c’est que d’être Noir·e ailleurs qu’en Afrique. Eddy Firmin, artiste-chercheur originaire de la Guadeloupe, est le chef d’orchestre de cette première édition, initiative de Rhéal Lanthier de la galerie Art Mûr à l’occasion des 25 années d’existence de l’établissement. Consacrée aux artistes de descendance africaine, cette Biennale longuement attendue est la première de cette nature à Montréal. L’essence cosmopolite de la ville est en parfaite symbiose avec le nom de l’évènement, Af-flux, qui vient de cette volonté de s’intéresser à la richesse des flux de personnes, des flux migratoires, culturels et identitaires. Dans cette optique, Af-flux rassemble 25 artistes issus de 17 pays qui présentent l’héritage hybride des descendants du Kongo avec un K, berceau principal de la diaspora africaine. Par définition, le Bossale, le corps noir, désigne la figure du sans-sol qui n’est nulle part chez lui. Signalant une figure nomade, il participe à dessiner les contours des premières identités transnationales de notre monde globalisé.
Kama La Mackerel
Le Morne : sekinn ekrir pa efase, vue de la performance, Musée des beaux-arts de Montréal, 2021.
Photo : Mike Patten, permission de l’artiste et du Musée des beaux-arts de Montréal

Lors de la première conférence présentée en ligne dans le cadre de la Biennale, Françoise Vergès, politologue et militante féministe invitée, soulignait que le colonialisme demande l’assimilation – autrement dit l’effacement de soi. L’imaginaire s’impose alors comme un des seuls espaces de liberté et d’évasion, permettant aux artistes afrodescendants de se reconstituer et de se reconstruire. À travers trois expositions, six programmes de performance et 11 conférences gratuites, Monde Bossale réussit avec brio à investir les différents lieux de diffusion et à faire rayonner la pluralité des identités noires1 1 - La Maison de la culture Claude-Léveillée et les centres d’artistes autogérés articule et OBORO sont parmi les principaux diffuseurs.. Couvrant une variété de modes d’expres­sion, l’évènement présente entre autres les œuvres de Sharon Norwood, Shanna Strauss, Esther Calixte-Béa ainsi ­qu’Auriea Harvey et ses impressionnantes créations numériques afrofuturistes. To Hold a Smile, de l’artiste Michaëlle Sergile, incarne l’hybridité identitaire haïtiano-québécoise en mêlant sérigraphie sur tissu et projection numérique dans une utilisation simultanée du français, de l’anglais, du créole haïtien et du joual. Sergile crée ainsi un dialogue singulier avec trois différentes interprétations du poème « We Wear the Mask » de Paul Laurence Dunbar qui mettent l’accent sur le rire comme appareil de survivance. Les performances de la chorégraphe Zab Maboungou et de l’artiste multidisciplinaire Kama La Mackerel, présentées au Musée des beaux-arts de Montréal, incitent le public à réfléchir aux notions de corps, de mouvement et de frontières. La présence notoire de la danse au cours de la Biennale revêt une grande importance au sein de la transnationalité. En effet, lors de la conférence Corps et mémoire : La corpopolitique du savoir, Maboungou, fondatrice de la compagnie de danse Nyata Nyata, nous a rappelé qu’à l’origine, la danse était à la fois un outil de diffusion du savoir et un moyen d’élaboration de la résistance. Ici, les artistes résistent à l’effacement en évoquant ce que l’amnésie historique s’efforce de nous faire oublier. Le changement demandant un engagement à long terme, le choix de faire de cet évènement une Biennale récurrente plutôt qu’une présentation unique était essentiel. Ainsi, Af-flux contribue à la lutte contre l’effacement continuel et systémique des artistes afrodescendant·e·s, autant dans le milieu universitaire qu’au sein des institutions artistiques locales. Il n’est donc pas surprenant que les organisateurs de la première édition aient porté une attention particulière à la mise en valeur des œuvres de personnes s’identifiant comme femme et celles de créateurs et créatrices LGBTQ2IA+ qui, de par leurs identités plurielles, mettent de l’avant les enjeux intersectionnels que soulèvent les notions de race, de genre, d’orientation sexuelle ou d’appartenance de classe.

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Cet article parait également dans le numéro 104 - Collectifs
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