Prendre position

85
2015

Peu de critiques osent encore contester le pouvoir intellectuel assumé par certaines institutions ainsi que par certaines tribunes qui influencent les orientations artistiques et conditionnent les discours. Ce numéro souhaite ouvrir un espace de réflexion sur les formes et les conditions de la prise de position critique dans le champ de l’art actuel. Qu’en est-il de la critique aujourd’hui ?

 

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  • Édito

    Prendre position
    SYLVETTE BABIN

    Dossier : Prendre position

    Kunstgriff : l'art est un évènement, pas une marchandise
    Nous posons qu'il est temps pour nous, les autres – le public de l'art, la masse des (non-) consommateurs et acquéreurs – d'admettre notre silence et le caractère convenu de nos arguments concernant l'importance de l'art. Quelles sont, à part le capital, les forces capables de motiver et de rendre incontournable notre relation avec les œuvres ? Nous avons le devoir de nous rappeler pourquoi l'art est nécessaire, ontologiquement, éthiquement et politiquement si l'on entend contrer le mouvement qui nous porte à délaisser les œuvres d'art pour aller vers les objets d'art. Pourquoi sommes-nous encouragés à oublier que l'art œuvre, qu'il travaille sur les plans esthétique et épistémique à défigurer et à abimer tout ce qui se présente comme étant « naturel » ou « donné » ? Pour nous, c'est là l'aspect essentiel de la vitalité de l'art : la création de mondes partagés, ouverts, immanents. C'est l'art entendu comme un évènement, et non comme une marchandise.
    Jae Emerling & Donald Preziosi

    Prestigieux décalage
    Comment décrire l'appareil promotionnel de la théorie radicale aujourd'hui ? Et pourquoi de nombreux théoriciens issus des mouvements étudiants de Mai 68 se sont-ils retrouvés dans la ronde mondiale des foires d'art, biennales et revues depuis dix ans ?Cet article se concentre sur deux rencontres entre Artforum et Semiotext(e), et cherche à savoir pourquoi Artforum, une revue connue surtout pour son format et le luxe de ses publicités de galeries d'art commerciales, a eu la piqure Semiotext(e), et ce qu'un tel véhicule promotionnel pour la théorie radicale nous enseigne quant aux conditions actuelles dans lesquelles travaillent les théoriciens.
    Steve Lyons

    Distances critiques
    Depuis peu, la figure héroïque du critique semble être remplacée par le profil plus séduisant du commissaire d'exposition, du producteur d'évènement, de l'animateur, du blogueur. Le rôle de critique en architecture a-t-il disparu pour de bon, ou bien s'est-il adapté aux pressions, urgences, et tendances de la vie contemporaine, incarnant ainsi toutes leurs contradictions ? Quelle est la fonction de la critique aujourd'hui ? Devrait-elle simplement décrire la situation actuelle, ou psychanalyser et disséquer l'objet visé, afin de le transfigurer ? L'article présente différentes façons d'aborder l'analyse critique, correspondant à différentes approches de l'architecture.
    Lina Malfona

    La ressemblance, le doute et la ruine
    Les recherches en sciences cognitives et en psychologie de la perception confirment depuis une cinquantaine d'années ce que l'expérience courante tendait à soutenir : la ressemblance existe et constitue l'un des mécanismes de perception de la réalité. Ces conclusions de la psychologie, de la biologie et des sciences cognitives, cette confirmation du sens commun, un large pan de l'histoire de l'art ne les entend pas, voire les récuse. Depuis une quarantaine d'années, on assiste, dans la discipline, à une multiplication de discours déniant la ressemblance et allant jusqu'au relativisme. Cet article vise à réfléchir sur la peur de la ressemblance en histoire de l'art et, plus spécifiquement, sur le traumatisme qu'aura causé le poststructuralisme en rendant taboue toute position affirmant la spécificité sémiotique de l'image.
    Maxime Coulombe

    Quand les images prennent position : l'intervention brechtienne de Didi-Huberman
    La question de la portée politique des images a resurgi ces dernières années dans la fouléedes attentats du World Trade Center, des images captées à la prison d'Abu Ghraib et, plus récemment, de l'attaque contre Charlie Hebdo à Paris. Selon le philosophe et historien d'art Georges Didi-Huberman, les images doivent prendre position. Nous analysons le contexte historique dans lequel cette affirmation se situe, ainsi que sa pertinence à notre époque. Nous évoquons également dans cette perspective le projet Queen and Country (2007–2009) conçu par l'artiste britannique Steve McQueen.
    Chari Larsson

    L'art critique, le sens critique et la disponibilité
    Ce texte traite du sens critique en relation à l'expérience de l'art. Mon argumentation aborde plus spécifiquement un problème qui survient lorsque le potentiel émancipateur du sens critique est assujetti à une exigence éthique générale qui traverse l'ensemble du champ de l'art, de l'expérience qu'on fait des œuvres au discours auquel on participe. L'expérience risque alors de se conformer à une attitude critique convenue. Je propose plutôt une disponibilité qui intègre un sens critique plus souple, adapté à la singularité de chaque situation.
    Alexandre David

    Reel-Unreel de Francis Alÿs
    Dans l'œuvre Reel-Unreel, Francis Alÿs filme des enfants qui jouent dans les rues de Kaboul. Les jeunes Afghans ont troqué leurs cerceaux habituels pour des bobines de film. En filigrane de cette fable se situe une autre histoire, politique, religieuse et économique : l'histoire d'un pays en guerre dont les enjeux sont la privation de liberté et la destruction d'une mémoire, celle du cinéma. Reel-Unreel est une prise de position, un acte de résistance qui ne communique pas de parti pris figé, mais qui, dans l'énergie d'une course enfantine, donne à penser.
    Séverine Cauchy

    Voix indigènes et pédagogie des Blancs
    Dans cet article, je remets en question la prédominance, dans la sphère de l'art contemporain, des commissaires de race blanche et de leurs voix à l'égard des œuvres des artistes issus des Premières nations. En tant que commissaire de race blanche, éduquée selon les préceptes de la pédagogie des Blancs, je désire me servir de ma propre parole pour ébranler ma position. Je tente de dénouer ce que je perçois comme une forme de colonialisme toujours vivant dans les établissements d'art au Canada, dans un essai orienté vers le débat, la critique et la réflexion plutôt que l'analyse théorique. Après avoir décrit une exposition à laquelle j'ai collaboré avec des artistes autochtones, je mentionne une série d'expositions d'importance consacrées à des artistes des Premières nations, que je perçois comme le reflet d'une tendance, et je présente quelques voix qui ont abordé ces questions.
    Maeve Hanna

    De l'autodétermination quand l'argent mène le monde
    Les centres d'artistes autogérés ont initialement été mis en place en tant que lieux de diffusion parallèles aux musées et aux galeries privées. Aujourd'hui, ces organisations communautaires dynamiques offrent un espace de production et d'exposition à certains des plus importants représentants de la création artistique au Canada, des artistes qui contribuent dans bien des cas au rayonnement international du pays. Les centres d'artistes autogérés ne peuvent pas se permettre de refuser le financement octroyé par les conseils, voire (de plus en plus) par des sociétés et fondations privées. Cependant, les artistes et les travailleurs culturels ne peuvent pas non plus se permettre d'aligner tous leurs efforts sur les priorités des donateurs et des organismes de subvention. Quelles stratégies, existantes ou à développer, pourraient favoriser l'épanouissement des centres malgré le contexte actuel, et comment pourraient-ils se modeler un avenir en accord avec leurs valeurs ?
    Amber Berson

    Portfolio

    Articles

    The Weeping Wall: The Mendieta Case
    In this article, Anaïs Castro looks at the interventions of a group of feminist artists and activists called the No Wave Performance Task Force that intervened at the retrospective exhibitions of Carl Andre at the Dia Foundation in Chelsea and in Beacon, New York. The group's innovative interventions have successfully turned attention to Ana Mendieta, Andre's wife, who met a tragic fate in September 1985.
    Anaïs Castro

    L'iconographie queer de Dorothée Smith : Löyly et Sub Limis
    Cet essai s'intéresse à la pratique artistique de Dorothée Smith et plus précisément aux séries photographiques Löyly et Sub Limis, dont certaines images sont actuellement présentées au Couvent des Jacobins, à Toulouse, dans le cadre de l'exposition Étonnantes affinités organisée pour les 40 ans de la Galerie du Château d'eau. À partir de l'esthétique éthérée et diaphane de Smith, où les états liminaux de la nature répondent à des corps androgynes et abstraits en des jeux d'analogies formelles et conceptuelles, le texte met en lumière le pouvoir dénaturalisant des représentations queers. Par le truchement des concepts d'imprésentabilité (Lyotard) et de mélancolie du genre (Butler), l'iconographie queer de Smith concourt à stimuler de nouveaux regards en histoire de l'art.
    Anne-Marie Dubois

    Drift par VSVSVS : l'art de l'utopie concrète
    L'article propose une réflexion critique sur l'exposition Drift de VSVSVS présentée comme projet de résidence au Centre Bang, à Chicoutimi. En mettant l'accent sur le mode de fonctionnement du groupe d'artistes torontois, je constate, au cœur de l'expérience des œuvres, une manière d'être ensemble : une utopie concrète créée par les artistes. Le rapport commandé par les œuvres est ludique, mais l'engagement qu'elles suscitent, lui, est sérieux. Par leur travail, qui s'érige en mode de vie, les VSVSVS mettent en valeur une liberté qui ne peut se réaliser autrement que par la reconnaissance de la dépendance aux autres : une liberté ancrée dans le « faire ensemble ».
    Paule Mackrous

    Flux, David Altmejd
    Ariane De Blois

    Jon Rafman
    Oli Sorenson

    Concours Jeunes critiques

    L'espace performatif de la recherche actuelle : entre bibliothèque et salle d'exposition
    Maude Johnson

    Schizes en compagnie d'un corps ou l'autre

    Manuel de contre-posturologie
    Michel F. Côté et Catherine Lavoie-Marcus

    Comptes rendus

    Raymonde April, Near You No Cold, Montréal par Julie Alary Lavallée

    Common Grounds, Munich par Dominique Sirois-Rouleau

    Manon Labrecque, L'origine d'un mouvement, Gatineau par Anna Brunette

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