86_DO05_Boyadjian_Alam_Beirut’s Green Line
Johnny Alam Beirut’s Green Line, 2015.
Photo : permission de l’artiste

Survivre par-delà la ligne verte

Mirna Boyadjian
Une image réalisée en 1982 par le photojournaliste franco-iranien Abbas montre, au milieu des édifices en ruine du centre-ville de Beyrouth, une rue entièrement recouverte d’une végétation dense qui s’étend au loin, indéfiniment. Durant la guerre civile libanaise de 1975 à 1990, la rue de Damas se transforma en un no man’s land désigné sous l’appellation de « ligne verte1 1 - Le toponyme « ligne verte » fut également employé en référence aux frontières établies par les accords d’armistice israélo-arabe de 1949, qui ont présidé à la fondation de l’État d’Israël. » en raison de la verdure des plantes sauvages qui avaient envahi ses espaces désertés. De la place des Martyrs vers le Mont-Liban, la rue de Damas constituait le lieu de démarcation entre deux secteurs de la capitale, chacun étant défini par une identité confessionnelle. Beyrouth-Est était majoritairement contrôlée par les phalangistes chrétiens et Beyrouth-Ouest, par les partis musulmans, l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et les gauchistes révolutionnaires.

La « ligne verte » fut le terrain de combats meurtriers entre les milices chrétiennes et musulmanes, sans oublier les affrontements entre les groupes de même confession ainsi que les milliers d’enlèvements – un espace redoutable donc, qu’il valait mieux éviter. C’est pourquoi la plupart des Beyrouthins nés pendant la guerre ne traverseront la ville qu’à partir de 1989, au moment où l’accalmie regagne le territoire. Dans Je me souviens, la bédéiste Zeina Abirached fait état de cette réalité en racontant comment, plus jeune, elle s’étonnait que les gens de Beyrouth-Ouest parlent la même langue qu’elle, alors qu’elle avait l’impression de visiter un pays étranger2 2 - Zeina Abirached, Je me souviens, Paris, Éditions Cambourakis, 2008.. Souvent comparée au mur de Berlin3 3 - Joseph L. Nasr, « Beirut/Berlin: Choices in Planning for the Suture of Two Divided Cities », Journal of Planning Education and Research September, n° 16 (1996), p. 27-40., la « ligne verte » représente une frontière qui n’a évidemment rien d’une simple ligne.

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