Peut-on faire de l’art après avoir lu Guy Debord ? Le diagnostic de la culture noyée dans « la contemplation spectaculaire » et d’un art qui, s’il ne veut pas perdre son âme, doit organiser sa propre « dissolution » et son propre « dépassement » dans la politique ressemble en effet à une impasse. En 2000, les commissaires de l’exposition Au-delà du spectacleont proposé de la contourner en invoquant la conception plus hédoniste, partagée par des générations de penseurs, du monde comme théâtre. Ils limitaient ainsi la portée de la thèse debordienne en rappelant à quel point la culpabilité d’aimer le divertissement qu’elle communique est moralisatrice. Mais leurs propos laissaient en suspens le problème de la récupération de l’art par le spectacle. Puis récemment, Hou Hanru, commissaire de la Biennale de Lyon de 2009 intitulée Le spectacle du quotidien, abordait la question plus frontalement en posant comme préalable « qu’il n’existe plus de “dehors” pour cette société du spectacle à l’âge de la globalisation », ce qui n’empêche pas selon lui une position artistique critique, sous la forme d’une « négociation subversive avec cette condition de “non-dehors” ». Mais le bel oxymore de cette expression (comment imaginer un subversif qui négocie ou inversement un négociateur subversif ?) ne renvoie-t-il pas à la figure du serpent qui se mord la queue ? Si bien que l’on revient au cœur du problème : l’art peut-il échapper à la société du spectacle ?

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Cet article parait également dans le numéro 82 - Spectacle
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