
Photo : Bruno Sinder
Enchevêtrements littoraux : la vie morcelée des œuvres d’art en plastique
Par leur étrange beauté matérielle et le trouble qu’elles suscitent en mettant en évidence les relations entre la nature, l’être humain et l’industrie, les boules de Neptune peuvent être considérées comme de proches parentes de l’art et nous fournir ainsi de quoi réfléchir à la matérialité et à la vie mouvante des œuvres d’art, y compris celles qui sont faites de plastique ou qui allient les matières naturelles et les matériaux anthropiques. À propos du travail de tous les instants consistant à empêcher les œuvres du Museum of Modern Art de New York de paraitre s’altérer et changer au fil du temps, le chercheur Fernando Domínguez Rubio affirme qu’« un musée n’est pas une collection d’objets, mais une succession de lentes catastrophes2 2 - Fernando Domínguez Rubio, Still Life: Ecologies of the Modern Imagination at the Art Museum, Chicago, University of Chicago Press, 2020, p. 6. [Trad. libre] ». Il semble de plus en plus évident que les œuvres d’art, même celles qui sont conservées dans les environnements les plus soigneusement contrôlés, sont en fait ce qu’il appelle « des réalités provisoires », chacune devant être vue comme « un évènement lent dont le déroulement est toujours en cours à travers des processus organiques et inorganiques3 3 - Ibid., p. 2-4. [Trad. libre] ». Sur les rives du lac Huron, l’effet des éléments sur les pelotes d’algues si proches de l’art accélère ces processus jusqu’à leur donner un rythme visible, ce qui soulève la question : quel est le temps de l’œuvre de plastique ?