Marijke Vasey
Rococo Disco

Nathalie Desmet
Le 19, Centre régional d'art contemporain de Montbéliard, France
du 12 février au 24 avril 2022
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Marijke VaseyRococo Disco, vue d'exposition, 2022.
Photo : A. Pichon/Le 19, Crac
Le 19, Centre régional d'art contemporain de Montbéliard, France
du 12 février au 24 avril 2022
[In French]

Le titre de la première exposition personnelle de l’artiste Marijke Vasey en France, Rococo Disco, résonne comme un bonbon acidulé. Si sa peinture s’est d’abord affirmée en revisitant les courants majeurs de l’abstraction, de l’expressionnisme, du color field et de l’op art, comme si elle voulait en extraire l’essence ou les motifs essentiels, elle se charge aujourd’hui de formes plus décoratives jusqu’à en contaminer le cadre, devenu son sujet principal. Ses toiles témoignent de son intérêt pour les mécanismes de fabrication et d’uniformisation du gout. Mechanical Bride (2018) s’inspire plus particulièrement d’un ouvrage de Marshall McLuhan sur les effets de la publicité, ouvrage qui lui-même fait référence à La Mariée mise à nu par ses célibataires, même de Marcel Duchamp. La toile présente des motifs isolés, flottants, en proie à une répétition irrégulière, sur un fond dégradé produit par de grands gestes rapides. Ici, les célibataires, fabriqués avant d’être peints avec des résidus de peinture, prennent l’apparence d’organes et d’orifices couleur chair parés de noirs luisants comme du latex ou du caoutchouc, telles des prothèses issues d’un film de David Cronenberg. Le tableau Vegetable Lamb (2019), construit à partir du thème folklorique de l’agneau tartare – animal qui nait d’une plante avant de dépérir et de renaitre à l’infini –, constitue un tournant dans sa pratique. Le cadre du tableau devient un lieu de fourmillements exprimant le cycle du vivant.

Du vivant à l’ornement, il n’y a qu’un pas. La référence assumée au registre décoratif devient de plus en plus visible avec les Frame Paintings. S’inspirant des motifs rococo du 18e siècle et de ses teintes pastel, elle donne toute la place à ce que l’architecte et designer Adolf Loos qualifiait de « sensualité bestiale » dans sa critique de l’ornement. La peinture de Vasey agit sensiblement comme une revanche sur cette ornementation que Loos considérait aussi comme un crime. Les bordures-cadres deviennent des sujets foisonnants et grouillants. Leurs motifs floraux, leurs entrelacs, semblent rejouer les décors en pâte à sucre d’un gâteau anglais aux tonalités doucereuses. Les coups de pinceau directs, amples et sans retenue qui servent à construire les bords contrastent avec la facture plus lisse de l’intérieur des toiles. Parfois, à la lisière du cadre peint, des gestes d’effacement sont perceptibles, comme si la surface sensible avait été effacée avec un chiffon qui aurait entrainé avec lui les motifs du bord.

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This article also appears in the issue 106 - Pain
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