Donner du temps : à propos de Shadow Piece de David Claerbout

Thierry Davila

Publié d’abord en Allemagne puis dans toute l’Europe en 1814, Peter Schlemihl, un court récit écrit par Adalbert von Chamisso1 1 - Adalbert von Chamisso, Peter Schlemihl, précédé de « L’ombre et la vitesse » de Pierre Péju, Paris, José Corti, 1994., connut dès sa parution un succès foudroyant : pas moins de quatre-vingts éditions allemandes de l’ouvrage furent proposées entre 1814 et 1919 et à la première édition française succédèrent trente-trois rééditions. Le livre conte l’étrange histoire de Peter Schlemihl, personnage qui a cédé son ombre à un homme gris, image même du diable, en échange d’une fortune sans limites. Mais ne plus avoir d’ombre ne va pas sans tourments : mis à l’écart des hommes du fait de cette absence exceptionnelle, de cette singulière solitude qui produit de la solitude, ne pouvant sortir que la nuit pour ne pas exposer aux yeux de tous ce qui est devenu une infirmité, voire une tare, une malédiction, Schlemihl incarne tragiquement le malheur de l’ombre perdue, une sorte de déshumanisation sans recours qui guette celui qui ne laisse rien derrière lui, qui ne retient rien dans son sillage, et qui a impressionné, si ce n’est fasciné pendant des décennies, nombre de lecteurs.

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Cet article parait également dans le numéro 81 - Avoir 30 ans
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