Résistances et ravissements 2

Julie-Michèle Morin
Mois Multi, Montréal du 4 au 14 février 2021
Josiane Bernier & Philippe Lessard Drolet Touche-Moi Encore (par la fenêtre), 2021.
Photo : Emilie Dumais, permission du Mois Multi, Montréal
Hugo Nadeau
Nous campions loin des endroits où la mort nous attendait, 2021.
Photo : Charline Clavier, permission du Mois Multi, Montréal
Réunissant chaque année des artistes locaux et internationaux, le Mois Multi se distingue par la diffusion de pratiques artistiques interdisciplinaires. Cette année, contraints de présenter une programmation en grande partie virtuelle, les co-commissaires Emile Beauchemin (volet performances), Jeanne Couture (installations), Laurence P. Lafaille (jeune public) et Michel Plamondon (musique électronique) ont su relever un défi d’importance, celui de réconcilier les réalités des arts vivants (immédiateté, intimité et coprésence) avec celles d’un public confiné. La force de cette édition, titrée Résistances et ravissements 2, repose sur la résilience et le souci de préserver l’instantanéité propre aux arts de la scène. Il sera ici question de trois performances, toutes présentées en direct. 

Touche-moi encore (par la fenêtre) est une œuvre de nature chorégraphique et installative réalisée et interprétée par la danseuse et chorégraphe Josiane Bernier et l’artiste interdisciplinaire Philippe Lessard Drolet. Ce chantier gestuel et matériel étudie le thème du couple, en mobilisant une grammaire corporelle fondée sur les gammes du quotidien : l’intimité, l’érotisme, l’amitié, la tendresse et le soutien, sans oublier la bienveillance, la complicité et la solidarité qui caractérisent l’être-à-deux. Fabriqué à la manière d’un cocon, le spectacle donne corps à une histoire évolutive, où les artistes dansent, s’adressent la parole et se récitent des correspondances sur une musique créée en direct dans un lieu ouvert, où sont campées les charpentes d’un espace domestique dotées d’une cuisine miniature et robotisée (armoires lumineuses qui s’ouvrent et se ferment aux rythmes de la musique effervescente, où le champagne coule à flot dans un minuscule lavabo !). La scénographie, tout comme le vocabulaire gestuel, nous invitent à revisiter les significations actuelles de la maison en la présentant non pas comme un lieu de captivité, mais plutôt comme celui de merveilleuses possibilités relationnelles. Le couple rend compte de ses imaginaires et le fait à travers une seconde dimension qui les unit tout autant : la création. Le spectacle présente des qualités itératives et prend la forme d’un jeu processuel, où le thème de l’amour quotidien est exploré, mis à l’épreuve et célébré, tout comme celui de la collaboration artistique. Des images préenregistrées des interprètes dans ce qui apparait comme étant leur véritable logis viennent ponctuer les moments chorégraphiques et ainsi, tripler la présence de l’intimité partagée dans le spectacle. La maison apparait dès lors comme un espace de création, puis comme un lieu de vie. Finalement, la relation qui unit les interprètes incarne aussi l’idée d’un environnement habitable.   

Cet article est réservé aux visiteur·euse·s connecté·e·s

Créez-vous un compte gratuit pour lire la rubrique complète !

Se créer un compte
Cet article parait également dans le numéro 102 - (Re)voir la peinture
Découvrir

Suggestions de lecture