Tête à tête avec Irene F. Whittome

Anne-Marie St-Jean Aubre

Photos : Alain Beauchesne
Ma première rencontre avec Irene F. Whittome s’est déroulée le 5 juin 2021, chez elle, en Estrie. J’ai alors fait la connaissance d’une artiste entière et ancrée, confiante et sereine, en pleine maitrise de ses moyens. Inspirée par les matériaux composant les œuvres que j’associais spontanément à sa démarche, je venais d’amorcer la lecture de l’ouvrage Care Manifesto, publié dans la foulée de la pandémie de COVID-19. La vision du monde promue par les auteurs repose sur l’éthique du soin qui, selon le Care Collective, devrait orienter les grandes décisions politiques et personnelles en remplacement de la recherche du profit, de la compétition et de l’avancement individuel1 1  - The Care Collective, The Care Manifesto: the Politics of Interdependence, Verso, New York, 2020.. J’y découvrais une définition du soin plus large englobant les gestes médicaux et de soutien, l’éducation, mais aussi toutes les actions et décisions qui favorisent le maintien et l’épanouissement de la vie, incluant, ultimement, la protection de l’environnement. Imprégnée de ces idées et de mon échange avec l’artiste, j’ai pris la pleine mesure d’un parcours artistique qui a exploré tour à tour et simultanément l’institution muséale et les enjeux de la collection et de la préservation, le sujet de la fertilité en relation avec la créativité, puis le thème de la spiritualité. Depuis une dizaine d’années, c’est vers la nature que Whittome se tourne pour honorer, m’a-t-il tout à coup semblé, la force transformatrice de la vie.


L’œuvre qui a piqué ma curiosité et m’a donné envie de me plonger davantage dans ce travail m’avait été présentée en 2019 par François Babineau lors d’un passage à la galerie Simon Blais. Elle comprend une série de photographies ordonnées sous forme de grilles documentant une action organisée sur le terrain de l’artiste le 30 mai 2009. Alors que sa production est répartie entre une grange à Stanstead et son loft studio à Montréal, Whittome décide de bruler les matrices et les composantes restantes de plusieurs de ses œuvres des années 1970 et 1980, notamment des éléments en bois et en carton recouverts d’encaustique réunis dans Vancouver (1975-1980), installation reconfigurée de nombreuses fois selon les lieux de présentation de l’exposition Irene Whittome 1975-1980 –, d’où la présence dans les flammes de caisses de transport protégeant encore différentes pièces. Nourrie de ce récit visuel, habitée par le site de l’atelier et les signes plastiques évoquant l’univers du soin que je décelais partout dans les œuvres que je connaissais déjà, j’ai remonté le fil d’une trajectoire artistique que j’ai pu apprécier à la lumière de cette performance clé.

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