Tête à tête avec Angela Grauerholz

Marie-Josée Jean

Angela GrauerholzSalle de lecture de l'artiste au travail, vue d'installation, Vox, centre de l'image contemporaine, Montréal, 2003-2004.
Photo : Michel Brunelle, permission de l'artiste et de Vox, centre de l'image contemporaine
Cette conversation a débuté il y a longtemps, en 2006, au moment où j’ai invité Angela Grauerholz à présenter Salle de lecture de ­l’artiste au travail à VOX, centre de l’image contemporaine, alors situé sur le boulevard Saint-Laurent, au cœur du Red Light. Aujourd’hui, avec le recul, je constate que cette installation a ­constitué un tournant dans la carrière de l’artiste parce qu’elle regroupait plusieurs éléments qui ont été, depuis, au fondement de ses recherches, comme des miennes, d’ailleurs. Cela explique aussi que notre rencontre autour de cet évènement ait été à l’origine de la complicité qui existe aujourd’hui entre nous. Ainsi, en portant un regard rétrospectif sur la pratique de cette artiste et en examinant les diverses fonctions qu’elle a exercées dans la communauté culturelle montréalaise – graphiste, cofondatrice d’Artexte et professeure –, il faut reconnaitre que Grauerholz est non seulement une artiste notoire, mais une femme accomplie, d’un caractère pour le moins polyvalent. Pourtant, une ligne directrice se dégage de toutes ces fonctions, une manière fondamentale de travailler et de concevoir des projets qui pourrait se résumer par un souci constant du « dispositif ». Car depuis maintenant 40 ans, Grauerholz cherche constamment à relever le mécanisme à l’œuvre, le dispositif spatial ou le système normatif qui opèrent dans le livre, l’objet de design, la photographie, l’archive ou la collection. L’exposition représente un autre dispositif essentiel ici, qu’il nous a semblé important d’observer afin de comprendre sa capacité, pour reprendre les mots de Giorgio Agamben, « de capturer, d’orienter, de déterminer, d’intercepter, de modeler, de contrôler » tant les gestes que les opinions et les discours1 1  - Giorgio Agamben, Qu’est-ce qu’un dispositif ?, traduit de l’italien par Martin Rueff, Paris, Payot et Rivages, 2007, p. 30-31.. D’où sans doute le fait que cette notion s’est peu à peu imposée dans le fil de la conversation que nous avons eue, l’artiste et moi, en partie de vive voix, en partie par courriel.

Le livre

Marie-Josée Jean Le livre. Sa conception, sa production, son graphisme, sa collection, sa mise en espace, son classement, sa reproduction, son archivage, ses contenus, ses citations, sa perte et maintenant ses multiples formes numériques, qui impliquent sa diffusion sur le Web. Tous ces aspects du livre ont occupé une place dans ta pratique artistique et ta carrière professionnelle dès le moment où tu as commencé tes études en conception graphique en 1972, à la Kunstschule Alsterdamm, à Hambourg. Le livre est aussi une préoccupation majeure dans ta pratique artistique. Tu le collectionnes par ailleurs sous la forme d’objets, de textes, d’images et de citations. Pourquoi avoir ainsi placé le livre au centre de ton travail ?

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