Quand une œuvre d’art contemporaine est qualifiée de « spectaculaire », ce mot est employé le plus souvent de façon critique et péjorative. Dans ce contexte, le mot « spectacle » est suivi presque naturellement du nom de Guy Debord, qui semble avoir donné par son analyse de ce concept une définition quasi universelle de la « spectacularité », entendue comme une catégorie esthétique par l’histoire de l’art et la critique. Dans son ouvrage célèbre paru en 1967, La société du spectacle, Debord décrit le spectacle comme un mécanisme trompeur et illusoire, privé de toute signification, dont le seul objectif est d’engourdir et d’abrutir la foule jusqu’à la paralyser et la rendre incapable de toute forme active ou critique de pensée ou d’action. Selon lui, le spectacle empêche l’expérience directe et immédiate de la réalité ; il donne lieu, plutôt, à la représentation d’un simple « pseudomonde », qui ne peut être éprouvé que d’une manière médiatisée et distanciée, et qui remplace toute relation sociale authentique1 1 - Guy Debord, La société du spectacle, Paris, Gallimard (Folio), 1992 (3e éd.), p. 10 (par. 2).. En droite ligne avec les théories marxistes, le potentiel du spectacle comme instrument créateur de collectivité, d’engagement et de communauté est nié par Debord, qui ne voit dans son fonctionnement qu’illusion et fausse conscience. Il est par conséquent le contraire exact de la communication et de l’échange culturel. Enfin, le spectacle est condamné à conduire à la séparation et à l’aliénation des membres de la société qui, irréversiblement isolés les uns des autres, ne sont plus rien qu’un auditoire passivement consommateur, incapable de réagir à sa relation monolithique à la réalité, ni même de la changer.

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Cet article parait également dans le numéro 82 - Spectacle
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