Jannick Deslauriers,
Chantier, Art mûr, Montréal, 2013.
Photo : © Mike Patten, permission de l'artiste | courtesy of the artist

À travers une série d’outils de construction faits de textiles transparents, Jannick Deslauriers attire notre attention sur la présence (trop souvent tenue pour acquise) des objets et des événements avec lesquels on interagit.

Si l’œuvre évoque à première vue l’idée de construction, de bâti, le spectateur remarque rapidement que les objets qui la composent sont vides et ne font que simuler les formes réelles. Celles-ci, évidées de leurs matières et amputées de leur fonction initiale, sont désormais inutiles. À cette spatialité des réalités et des absences de Chantier s’ajoute un élément temporel. D’un côté, l’apparence de « processus en cours » des objets qui constituent Chantier – soulignée entre autres par la présence notoire des coutures – rend presque matérielle la durée de production de l’œuvre. À l’inverse, le caractère évolutif du chantier se retrouve complètement figé dans l’espace de la galerie, ne produisant lui-même aucune nouveauté matérielle.

Chantier illustre l’état de changement qui caractérise sans doute notre ontologie et celle de notre environnement etattire l’attention sur le caractère transitoire des objets qui composent l’histoire, sur la « disparition de notre époque ». Car, ironiquement, Chantier rend matérielle notre incapacité à construire ou, à tout le moins, la fragilité de toute entreprise humaine.

Extrait du texte « L’incapacité de construire » : les tempor(é)alités de Chantier, de Vincent Marquis

Jannick Deslauriers,
Chantier, Art mûr, Montréal, 2013.
Photo : © Mike Patten, permission de l’artiste | courtesy of the artist
Cet article parait également dans le numéro 80 - Rénovation
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