Dans une salle peinturée en rose, une télévision est fixée à un poteau de métal. La télévision projette des formes ondulées roses, rouges, blanches et orange. Deux casques d’écoute noirs sont branchés à la télévision.
Anouk Verviers Cybernetic hands playing in the mud (a community of bodies hosting migrating cells), vue d’installation, Galerie des arts visuels pour Manif d’art, Québec, 2026.
Photo : permission de l’artiste

L’Oxymore de la chair

Jessica Ragazzini
Particulièrement insidieuse, l’endométriose échappe à bien des diagnostics médicaux, la médecine étant orientée par ses propres biais. Maladie inflammatoire chronique touchant environ 5 % à 10 % des personnes nées avec un utérus, elle se caractérise par la présence de tissu endométrial en dehors de la cavité utérine et peut toucher divers organes, provoquer l’infertilité et parfois atteindre le ­cerveau. Cette définition clinique est insuffisante, car elle ne prête aucune attention au vécu réel des personnes qui en souffrent. L’endométriose relève d’une « fabrique genrée de l’ignorance1 1 - Marion Coville, « L’endométriose, une fabrique genrée de l’ignorance : expérience corporelle, technologies médicales et savoirs expérientiels sur l’endométriose », Communication et langages, no 214 (décembre 2022), p. 73-89, accessible en ligne. » qui la rend socialement invisible, constat découlant des limites de l’imagerie médicale, des stéréotypes sur la douleur menstruelle et le genre et de la disqualification des savoirs expérientiels.

Dans ce contexte, l’art contemporain ouvre un espace où se reconfigurent les régimes de visibilité du corps touché. À partir des pratiques de Georgie Wileman, d’Anouk Verviers et d’Adelaide Damoah, toutes trois atteintes d’endométriose, le présent article cherche à mettre en lumière les manières dont certain·es artistes contemporain·es emploient l’oxymore caractéristique de cette maladie, c’est-à-dire la douleur vivement ressentie dans la chair, mais difficile à détecter avec l’imagerie médicale, comme levier esthétique et politique pour contester les cadres dominants de la reconnaissance de la souffrance. Leurs œuvres sont productrices d’un savoir incarné et constituent une approche crip de l’art sans jamais tomber dans l’écueil d’une esthétisation ou d’une fétichisation de l’endométriose.

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Cet article parait également dans le numéro 117 - Handi
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