
Photo : © Barthélémy Toguo, permission de la galerie Samuel Lallouz, Montréal
Après un passage remarqué en 2014 à la Biennale nationale de sculpture contemporaine de Trois Rivières, Barthélémy Toguo, figure établie de l'art contemporain africain, vient jeter l'ancre à la Galerie Samuel Lallouz à Montréal dans une exposition intitulée Africa1 1 - L'exposition est présentée du 31 mars au 30 juin 2015.. Les œuvres de Toguo, installé aujourd'hui à Paris, reflètent son parcours culturel marqué par l'exil et le voyage de son Cameroun natal jusqu'à Abidjan, Grenoble et Düsseldorf. Sa première exposition solo au Québec illustre le fil migratoire de sa démarche artistique à travers des œuvres engagées portant tant sur l'Afrique que sur la condition humaine. Africa, propose ainsi des œuvres où violence et humour s'entrechoquent pour offrir de nouvelles pistes de réflexion sur une humanité à la dérive.
En 2005, Bernard Muller, dans le catalogue de l’incontournable exposition Africa Remix, qualifiait déjà Barthélémy Toguo comme faisant partie de cette nouvelle génération d’artistes africains, nés depuis les années 1960, dont les œuvres sont des gestes politiques promouvant l’indépendance d’esprit. Ces artistes, vivant entre l’Occident et leur continent natal, abordent de manière critique la situation africaine grâce à l’usage de la caricature et l’ironie dans des œuvres qui misent, entre autres, sur l’autoreprésentation2 2 - Bernard Muller, « Quand tombent les masques : la performance comme manifeste d’une nouvelle génération d’artistes africains contemporains », catalogue de l’exposition Africa Remix : l’art d’un continent, Paris, Édition Centre Georges Pompidou, 2005, p. 301-308.. Lors du vernissage, Toguo a réalisé justement une performance où son propre corps a été mis à l’épreuve pour symboliser la souffrance actuelle dont est accablée l’Afrique. Influencé dans sa démarche artistique par l’actionnisme viennois3 3 - Jérome Sans, « Toguo digère le monde. Entretien avec Barthélémy Toguo », catalogue Barthélémy Toguo : The Sick Opera, Paris, Paris-Musées : Palais de Tokyo, 2004., il cassa des bouteilles au sol, au risque de se blesser, pour créer la forme du continent africain avec les tessons de verre. Cette carte géographique constituée d’écueils coupants était entourée de 54 bancs de bois représentant tous les États africains. Ces bancs se référaient à une tradition bien spécifique à l’Afrique : celle des réunions de village où les chefs amènent leur propre siège pour discuter en cercle. Toguo condamne ainsi les dirigeants africains qui ne sont pas en mesure de freiner la dévastation du continent par l’exploitation pétrolière, les épidémies ou encore les guerres civiles et religieuses. Faisant écho à ces problèmes, la série Stupid African Presidents (2005-2008)est composée de cinq photographies où Toguo se met encore une fois en scène. À travers ces cinq autoportraits, il tourne au ridicule le monde politique africain. Par exemple, il porte une tronçonneuse sur la tête pour dénoncer les politiciens qui permettent la déforestation ou encore il pose une chandelle sur sa tête pour réprouver ces hommes de pouvoir qui ont l’esprit enflammé par la haine en engendrant des génocides.
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