Marie-France Brière
La pression austéritaire

Joëlle Dubé
Centre des arts actuels Skol, Montréal
du 10 mars au 16 avril 2022
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Marie-France BrièreLa pression austéritaire, vue d'exposition, 2022.
Photo : Denis Farley, permission de l'artiste
Centre des arts actuels Skol, Montréal
du 10 mars au 16 avril 2022
Nous accueillant au Centre des arts actuels Skol, des mots présentés sur le mur se succèdent : bloc de présent, fabrication, permanence, effritement, fantôme, inimaginable, condensation, réification, refonte. Tels des blocs de marbre extraits d’une carrière avec une précision calculée, ces mots qui constituent l’œuvre Dazibao (2022) sont puisés dans les ouvrages qui les ont vus naitre : Philippe Garrel en substance (Philippe Azoury), Art et multitude : Neuf lettres sur l’art (Antonio Negri), Journal (Marie Uguay) et L’humaine condition (Hannah Arendt). De concert avec Milan Bernard, commissaire de l’exposition, l’artiste Marie-France Brière dévoile d’entrée de jeu le lexique de son langage artistique. Les mots s’articulent en une constellation qui permet de lire les œuvres sculpturales abstraites peuplant l’espace. C’est non seulement le sens des mots qui est mis de l’avant, mais également leur matérialité. Chaque terme est macrophotographié à même les livres de manière à faire apparaitre les imperfections et veinures du papier, qui s’apparentent étrangement à celles du marbre.

Les sculptures de Brière jouent sur l’équilibre entre un minimalisme évoquant l’arte povera et un processus artistique d’enrobage de la matière présentée. Inserts (2019-2022) témoigne de la matérialité non travaillée ni altérée du marbre de Carrare (Italie), extrait artisanalement. Blocs erratiques (2022), œuvre transitionnelle et procédurale, pointe vers une action interrompue, sculptures en fabrication ou encore en déplacement opérant dans l’entredeux, ni « ici », ni « là ». Soutenues par du laiton, du schiste ardoisier, du bois et des courroies de levage, les deux œuvres arborent un marbre de Carrare qui semble flotter, comme s’il était suspendu entre le moment de son extraction en 1980 et de sa présentation en 2022, et l’élèvent par le fait même au rang d’œuvre d’art. Cet écart temporel entre l’acquisition du marbre et le devenir-art de cette matière est également marqué par le passage d’une extraction traditionnelle, minutieuse et artisanale à une extraction à excès qui s’inscrit dans un néolibéralisme sans limites allant main dans la main avec un capitalisme débridé (voir l’œuvre photographique Henraux [2022]).

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Cet article parait également dans le numéro 106 - Douleur
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