Cynthia Girard-Renard
Petites baleines à dents

Chantal Saint-Jarre
Galerie d'art Stewart Hall, Pointe-Claire
12 mars au 1er mai 2022
Cynthia Girard-Renard_Sans toit ni loi:les petites baleines a dents
Cynthia Girard-RenardPetites baleines à dents, vue d'exposition, 2022.
Photo : Paul Litherland,
permission de la Galerie d'art Stewart Hall
Galerie d'art Stewart Hall, Pointe-Claire
12 mars au 1er mai 2022
Dès que nous franchissons le seuil d’entrée de cette exposition toute de papier, la magie opère. Nous voilà dans un espace de fiction où les mobiles géants, une variété de baleines à dents, nous convient à une odyssée artistique et cinétique. Et, au terme du parcours, nous serons étonné·e·s !

Présenté à la Galerie d’art Stewart Hall à Pointe-Claire sous l’invitation de la commissaire Manel Benchabane1 1 - Le troisième volet, Tryphon, sera présenté au Musée régional de Rimouski à l’automne 2022 – toujours sur la route du fleuve Saint-Laurent – à l’image de nos cétacés migrateurs., le deuxième volet de l’exposition Petites baleines à dents, de l’artiste Cynthia Girard-Renard, laisse place à une expérience immersive saisissante en nous plongeant dans les profondeurs marines. Deux immenses dauphins suspendus à des mobiles – un dauphin à nez blanc et un dauphin à flancs blancs – portent, inscrite à même leur épiderme, la trace cartographiée de leur circulation nomade dans les eaux du fleuve Saint-Laurent, qu’ils sillonnent depuis des temps immémoriaux. Près d’eux, sous le fleuve et sur plusieurs mètres, se déploie un long tube de papier blanc, un oléoduc, sur lequel se sont fixés de petits animaux marins colorés dont les noms rivalisent de beauté : pied-de-pélican, krill, anémone noduleuse, nudibranche à crinière et concombre de mer. Un oléoduc, hélas, d’où fuient de noires taches d’huile dans lesquelles se sont empêtrés une baleine étêtée, un canard esseulé.

Cynthia Girard-Renard
Petites baleines à dents, vue d’exposition, 2022.
Photo : Paul Litherland, permission de la Galerie d’art Stewart Hall
Cynthia Girard-Renard
Petites baleines à dents, vue d’exposition, 2022.
Photo : Alexis Bellavance, permission de la Galerie d’art Stewart Hall

Par magie associative, devant cette choquante atteinte à l’environnement marin, nos esprits se souviennent du fait que le gouvernement fédéral vante les oléoducs comme des moyens sûrs, fiables et écologiques de transporter du pétrole. Nos esprits se souviennent également que les anémones et les coraux blanchissent sous l’effet du réchauffement climatique et qu’ils dépérissent dû à la pollution et à la surpêche. Comme si elle avait entendu nos pensées intérieures, une meute de crabes fâchés réclame ici et là le boycottage du tabac, la protection des forêts, de Gaïa, du climat et des mammifères marins.

Choquée par l’énormité du dommage que nous faisons, notre conscience environnementale se reconfigure : ainsi plongés au sein du monde marin, nous entendons le vibrant appel de l’artiste pour la protection de la biodiversité. À travers sa monumentale personnification de la nature et « pour la suite du monde2 2 - »L’exposition fait référence au documentaire Pour la suite du monde (ONF, 1963) de Pierre Perrault et de Michel Brault qui filment la pêche traditionnelle aux marsouins à l’Ile-aux-Coudres à l’aide d’un réseau de harts, de longues perches enfoncées à marée basse servant à barrer la route aux marsouins. Une méthode qui permet aux pêcheur·euse·s de délimiter l’aire de la pêche., Girard-Renard joint sa voix poétique aux chants complexes et variés des baleines à bosse et des bélugas (aussi appelés canaris des mers), des épaulards, des marsouins, des crabes militants et des baleines à bec, et sa voix politique à celles de Greenpeace et de Greta Thunberg, porte-parole de la jeune génération d’écologistes.   

Cynthia Girard-Renard
Crabe des neiges activiste, vue d’installation, 2022.
Photo : Alexis Bellavance, permission de la Galerie d’art Stewart Hall

Mais pourquoi une chaise trône-t-elle au milieu de ce décor de mobiles délicats et de papiers peints géants ? On comprend qu’elle symbolise les déchets trouvés en abondance sur les fonds océaniques. Mais ici, elle porte la trace du travail de la mer tout comme celui de l’artiste-mère, qui l’ont métamorphosé en un objet de beauté, et que de rayonnantes étoiles de mer – dont certaines espèces sont en danger critique d’extinction – sont parvenues à s’accaparer ! Quel étonnant renversement de situation ! Comment ne pas apprécier tant d’imagination poétique et d’espoir dans le vivant ?

L’architecture de la Galerie d’art Stewart Hall est structurée pour faire rêver puisque tout au long du corridor qui ponctue cet espace muséal se trouvent des fenêtres rectangulaires qui laissent filtrer la lumière, donnant à voir le majestueux lac Saint-Louis, un élargissement du fleuve Saint-Laurent. Le regard se transporte ainsi de l’intérieur vers l’extérieur et vice versa, exacerbant notre sentiment d’être connecté·e·s au monde marin.

Cynthia Girard-Renard
Loup de mer et sac à dos, vue d’installation, 2022.
Photo : Paul Litherland, permission de la Galerie d’art Stewart Hall

Les enfants découvrent ainsi la tête rieuse d’un loup de mer sortant d’un sac à dos aux couleurs vives, perdu au fond de l’eau. Quant aux adultes – nous qui avons déjà « côtoyé » ces mammifères marins grâce aux images captées en eau profonde – nous retrouvons dans les mobiles tournoyants de l’artiste nos amis d’enfance Flipper et Willy. Mais surtout, Sans toit ni loi : les petites baleines à dents nous permet de renouer avec tous ces géants des mers, d’observer leurs flancs, leur nageoire caudale, leur bouche, leurs yeux émouvants et leur immense corps qui vient à notre rencontre et nous frôle un court instant.

Cynthia Girard-Renard
Disque ̶collage sonore en français, anglais kanien’kéha (langue Mohawk) avec sons de petites baleines à dents, vue d’installation, 2022.
Photo : Paul Litherland, permission de la Galerie d’art Stewart Hall
Cynthia Girard-Renard
Pipeline (détail), vue d’installation, 2022.
Photo : Paul Litherland, permission de la Galerie d’art Stewart Hall

 

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