Tête à tête avec Geneviève Cadieux

Photo : Alexandra Dumais
Une bouche monumentale, solitaire, les lèvres ridées légèrement entrouvertes et tremblantes, remplit de son rouge vif un panneau d’affichage publicitaire perché sur le toit du Musée d’art contemporain de Montréal. Une ecchymose violacée, dont la tache informe est agrandie à l’échelle d’un paysage, est juxtaposée à un ciel de fumée et d’orage. Un couple, sous l’œil inquisiteur et invisible de multiples appareils photo, est absorbé par une chorégraphie muette de gestes, de ceux qui disent tout quand tout a été dit, quand les regards ne se croisent plus. Mais encore, une fabuleuse anémone flotte dans un noir d’encre comme dans un songe. Un arbre esseulé, échevelé dans le vent. Puis un autre, à 15 ans d’intervalle, littéralement pétrifié. Le vertige d’une nuit étoilée qui scintille, hallucinante, au-dessus d’un désert aride.
L’œuvre de Geneviève Cadieux déborde bien sûr ces quelques visions qui frappent le regard et l’imagination. Mais elle possède cette qualité singulière de produire des métaphores, des emblèmes affectifs qui vous collent à la peau et vous hantent, longtemps, au hasard d’une association libre, parfois jusque dans les rêves. Pour ce tête à tête avec l’artiste, j’ai eu envie de nous mettre en dialogue autour de l’apparition – je dirais même le surgissement – des sujets et des motifs dans son travail. Nous nous rencontrons dans son exposition personnelle, Wild Is the Wind, présentée à l’automne 2024 à la galerie Blouin Division.
Ji-Yoon Han : Chère Geneviève, je commence notre échange aujourd’hui en rappelant la question que je t’avais posée en 2020 à la fin de l’entretien que nous avions réalisé dans le cadre de ton exposition personnelle au 1700 La Poste. En évoquant l’œuvre monumentale Firmament (2020), que tu avais créée pour l’occasion, je t’avais demandé si tu savais quelle image allait ou pourrait venir après l’immensité abstraite du ciel étoilé. Tu avais répondu : « Je ne sais pas. On verra. Je ne sais pas ce qui va naitre après ça. Vraiment… J’attends. Je n’en ai aucune idée – et je ne trouve pas cela très angoissant non plus. » Nous pouvons voir aujourd’hui que l’image à venir, c’était celle du cerveau humain. Quels chemins as-tu empruntés pour te rendre du ciel au cerveau ? Comment ce motif pour le moins étonnant s’est-il manifesté ou imposé à toi ?