Helena Martin Franco

Dominique Allard
  • Helena Martin Franco, La planète des seins; Entre le cœur et la trompe, série Étude pour habiller une femme éléphant, 2011.
  • Helena Martin Franco, Ça trompe, 2012.
  • Helena Martin Franco, Algues, de la série Frontières, 2015.
  • Helena Martin Franco, Un autre paysage sous marin, de la série Frontières, 2015.
  • Helena Martin Franco, Étoile de mer, de la série Frontières, 2015.
  • Helena Martin Franco, Frontières I, 2014.

La femme éléphant

Le travail de l’artiste montréalaise d’origine colombienne Helena Martin Franco a pour fil rouge l’identité et l’altérité, étudiées par l’entremise du corps et la création d’autofictions. À partir de protagonistes fictifs (Coeur Déphasé, Fritta Caro, la femme éléphant) décrits comme « des collages identitaires », ses recherches se déclinent dans divers projets sur supports variés rendant visible la porosité des frontières entre les identités culturelles, nationales et de genre. En sont exemplaires les aquarelles de l’Étude pour habiller une femme éléphant (entre le cœur et la trompe), déployées autour d’un personnage inspiré de l’expression « tener el moco en el suelo » (« avoir la trompe par terre »). Personnifiant des sujets intimistes, la femme éléphant permet de fouiller les archétypes de genre hérités de la tradition judéo-chrétienne et consolidés par des modèles narratifs sclérosés (cinéma, feuilletons, chansons d’amour, publicité) qui valorisent la culpabilité et le conformisme des femmes. L’artiste s’approprie ces modèles répandus dans son pays d’origine et fait de la chambre à coucher son atelier pour élaborer des identités autres, souvent recomposées. Rappelant le slogan féministe « le personnel est politique », cette série attire l’attention sur la vie de couple comprise comme une microstructure où se jouent des dynamiques de pouvoir, et illustre la perméabilité des domaines public et privé.

Motivée par la même quête, la série Frontières brouille les limites qui définissent l’identité de genre. Refusant tout extrême, les aquarelles de Martin Franco, qui montrent ici des contours amenuisés, présentent le corps comme un territoire constamment redéfini, notamment, par les normes religieuses et institutionnelles. Certaines de ses œuvres (dont La planète des seins, 2011) ont d’ailleurs été retirées d’une maison de la culture de Montréal sous prétexte de ménager la sensibilité du public écolier et des communautés culturelles du quartier. Si cette censure invite à réfléchir à « la politique des institutions culturelles de Montréal face à la nudité dans l’art », elle reste surtout, pour l’artiste, symptomatique d’une « crainte de la nudité, de la souveraineté des femmes sur leurs corps et des gestes d’autonomie des femmes artistes ».

Légendes des photos
Images 1 et 2 : Helena Martin Franco, La planète des seins; Entre le cœur et la trompe, de la série Étude pour habiller une femme éléphant, 2011. Photos : permission de l’artiste
Image 3 : Helena Martin Franco, Ça trompe, 2012. Photo : permission de l’artiste
Image 4 : Helena Martin Franco, Algues, de la série Frontières, 2015. Photo : permission de l’artiste
Image 5 : Helena Martin Franco, Un autre paysage sous marin, de la série Frontières, 2015. Photo : permission de l’artiste
Image 6 : Helena Martin Franco, Étoile de mer, de la série Frontières, 2015. Photo : permission de l’artiste
Image 7 : Helena Martin Franco, Frontières I, 2014. Photo : permission de l’artiste

S'abonner à l'infolettre

 Retrouvez nous sur Twitter !Retrouvez nous sur Facebook !Retrouvez nous sur Instagram !

Publications



Archives


Rubriques



Boutique

Encan


Informations



Contact

esse arts + opinions

Adresse postale
C.P. 47549,
Comptoir Plateau Mont-Royal
Montréal (Québec) Canada
H2H 2S8

Adresse de nos bureaux
2025 rue Parthenais, bureau 321
Montréal (Québec)
Canada H2K 3T2

E. : revue@esse.ca
T. : 1 514-521-8597
F. : 1 514-521-8598