François Quévillon, En attendant Bárðarbunga

Cinémathèque québécoise
  • François Quévillon, En attendant Bárðarbunga, dispositif audiovisuel non-linéaire, vue d’installation, Cinémathèque québécoise, Montréal, 2015. Photo : François Quévillon
  • François Quévillon, En attendant Bárðarbunga, dispositif audiovisuel non-linéaire, vue d’installation, Cinémathèque québécoise, Montréal, 2015. Photo : François Quévillon
  • François Quévillon, En attendant Bárðarbunga, dispositif audiovisuel non-linéaire, vue d’installation, Cinémathèque québécoise, Montréal, 2015. Photo : François Quévillon
  • François Quévillon, En attendant Bárðarbunga, dispositif audiovisuel non-linéaire, vue d’installation, Cinémathèque québécoise, Montréal, 2015. Photo : François Quévillon
  • François Quévillon, En attendant Bárðarbunga, dispositif audiovisuel non-linéaire, vue d’installation, Cinémathèque québécoise, Montréal, 2015. Photo : François Quévillon
  • François Quévillon, En attendant Bárðarbunga, dispositif audiovisuel non-linéaire, vue d’installation, Cinémathèque québécoise, Montréal, 2015. Photo : François Quévillon
  • François Quévillon, En attendant Bárðarbunga, dispositif audiovisuel non-linéaire, 2015. Photo : François Quévillon

François Quévillon, En attendant Bárðarbunga

Rencontres internationales du documentaire de Montréal. Section UXdoc, salle Norman-McLaren de la Cinémathèque québécoise (Montréal, Québec, Canada)
Du 12 au 22 novembre 2015

En attendant Bárðarbunga, une installation vidéo de François Quévillon, nous donne à voir la vision d'un paysage paradoxal capté dans différents lieux de l'Islande où les sources d'eau chaude, la roche volcanique et l'activité géothermique canalisée par l'homme se rencontrent. Face à une éruption du volcan Bárðarbunga annoncée et relayée avec emphase par les médias en août 2014, l'artiste a répondu par des captations simples de différents points de vue de rivières, montagnes et centrales géothermiques. S'il s'inspire du système de vidéo-surveillance, déployé dans les lieux les plus isolés du territoire islandais, il ne rejoue pas pour autant ces captations. Observer le paysage n'est plus ici un enjeu de surveillance, mais davantage un enjeu de contemplation, dont les règles sont volontairement perturbées par Quévillon.

Une série de plans fixes se succèdent, et pourtant le récit qu'elle compose n'est ni linéaire ni une séquence récurrente. D'apparence contemplative et fixe, les images sont en fait soumises à un montage que l'artiste a laissé entre les mains d'un logiciel qui détermine la durée et l'ordre de chaque boucle vidéo en fonction de données statistiques. Ces données sont étrangères aux paysages qu'elles recomposent car elles proviennent de l'enregistrement de la température, de la vitesse du ventilateur et de la consommation d'électricité de l'ordinateur qui est utilisé pour l'œuvre. Celui-ci est placé aux abords de la projection, accompagné d'un écran secondaire, timide pendant aux images hypnotiques de la projection. À la manière d'une transcription jumelle et abstraite, l'écran manifeste ces données en trois tracés de lignes qui évoquent un sismographe esseulé, orphelin de tout lieu à surveiller. Quévillon a voulu représenter l'activité de la machine à travers ce qui a été documenté en Islande tandis que les images filmées sont soumises à leur tour par la machine en action qui détermine la partition d'images, les répétant parfois plusieurs fois et selon des durées différentes, certaines images « extrêmes » n'apparaissant alors que très rarement. L'artiste est un familier de logiciels qui permettent d'appréhender la réalité de lieux entre données météorologiques et captations spatiales : du paysage contemplatif, il ne garde que la forme qu'il insère dans un dispositif de données pour en affecter le récit possible.

Bien que manipulée par la machine, la contemplation reste le noyau fondamental et l'esthétique frontale de cette œuvre, contrastant avec la catastrophe annoncée du titre. Marqué par les qualités intrinsèques du paysage, Quévillon souligne la nature violente et contradictoire de ces paysages-machine, faits de « machine à glace » et de « machine à boucane » surréalistes que sont le lac proglaciaire de Jökulsárlón ou encore la centrale géothermique de Mývatn. En attendant Bárðarbunga compose ainsi une iconographie conçue comme un oxymore; à la fois naturelle et industrielle, l'image rassemble des éléments contraires, entre perspective désertique et installation industrielle, entre nature intemporelle et architecture évoquant des formes rétro-futuristes. L'oxymore ne s'arrête pas là. Il devient l'un des points majeurs de l'œuvre qui révèle non seulement les écarts visuels du paysage, mais aussi les écarts sensibles du territoire islandais tout entier déterminé dans sa nature et son histoire par une menace tranquille.

Si la menace d'une catastrophe naturelle est davantage l'impulsion première de ce projet, elle n'en dessine pas moins la tension sous-jacente, évoquée par le titre sous forme d'« attente ». En attendant Bárðarbunga rappelle que la contemplation du paysage ne peut être un acte anodin et détaché de toute considération sur notre rapport au monde et ses enjeux actuels, résolument placés selon la double posture de la menace et de l'attente.

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