Un cube noir repose sur une surface blanche sur un de ses sommets. Des petits cubes noirs ont été disposés sur les faces du cube afin de créer un texte en braille.
Kyungmin Kate LeeTranscendence II (Self-Rewriting), vue d’installation, Clark Centre for the Arts, Scarborough, 2025.
Photo : permission de l’artiste

Ralentir la cadence de l’expérience muséale grâce au toucher

Matthew Ryan Smith
Les espaces d’exposition, qui s’adressent en grande majorité aux publics voyants, nous conditionnent à une expérience capacitiste de l’art. En effet, la conception architecturale et la programmation des musées et galeries n’existent pas en vase clos : elles s’inscrivent dans le prolongement d’une société qui, dans son ensemble, place la vue au sommet d’une hiérarchie rigide des sens. Non seulement cela restreint l’accès aux institutions pour les personnes aveugles et malvoyantes – ce qui en retour nuit à leur autonomie et à leur participation sociale active –, mais cela va à l’encontre des besoins en matière d’accessibilité de base, une valeur qui est pourtant primordiale pour la plupart des institutions culturelles1 1 - Si la théorie critique du handicap met ­l’accent sur la construction de celui-ci dans les dynamiques sociales, la théorie ­critique de l’accessibilité avance que l’accès est un enjeu d’éthique et se penche sur la façon dont les institutions conditionnent et structurent les obstacles à celui-ci..

Les artistes Kyungmin Kate Lee, de Toronto, et Olivia Brouwer, de Cambridge (Ontario), ont toutes deux créé des œuvres radicales qui perturbent l’oculocentrisme qui a cours dans les musées et les galeries. Elles s’expriment en connaissance de cause sur les mesures d’accessibilité revendiquées par les personnes aveugles et malvoyantes, et détaillent la façon dont l’esthétique, la programmation et le design peuvent intégrer des accommodements concrets. En interrogeant les formes de capacitisme inscrites au cœur des institutions culturelles, elles redéfinissent les paradigmes du commissariat d’exposition et suscitent des discussions importantes sur les droits des personnes handicapées, le handicap et la marginalisation. Les deux artistes décélèrent l’expérience muséale du temps et de la durée en mettant l’accent sur l’importance du toucher et en rappelant que la lenteur est un mode d’appréhension essentiel et négligé. En privilégiant l’intimité incarnée, elles suggèrent des cadres alternatifs pour la communication multisensorielle et, ce faisant, ouvrent de nouveaux espaces pour imaginer des futurs plus inclusifs.

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Cet article parait également dans le numéro 117 - Handi
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