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Trevor Paglen They Watch the Moon, 2010, de la série The Limit Telephotography.
Photo : permission de l'artiste, Metro Pictures, New York & Altman Siegel, San Francisco

Explorant les limites du visible à partir du paysage militaire états-unien, Trevor Paglen poursuit le double objectif de découvrir des infrastructures secrètes et de réaliser des images de ces sites géographiques « non existants ». Les plus récents projets de l’artiste, dont fait partie la série The Limit Telephotography, proposent une cartographie des « sites noirs » créés à des fins occultes par la communauté du renseignement des États-Unis (zones d’expérimentation technologique, centres d’essais d’artillerie et secteurs de surveillance radio, par exemple). Puisque ces espaces militaires sont édifiés dans des endroits reculés, délimités par un large périmètre de sécurité, ils sont à la fois inaccessibles et impossibles à observer directement. Les photographies de Paglen jouent sur ce seuil de la visibilité : captées du sommet des montagnes environnantes au moyen d’instruments optiques employés en astrophysique, les images sont floues, les paysages, abstraits et leurs témoignages, ambigus. Dans la série The Other Night Sky, l’artiste déplace son intérêt pour la présence terrestre du pouvoir militaire vers son occupation de l’espace interstellaire : au moyen du procédé photographique de la pose longue, il capte la trace lumineuse que dessine la trajectoire orbitale des satellites secrets. Entre l’enquête de terrain et la démarche artistique, sa méthode de travail hybride, qu’il qualifie lui-même de géographie expérimentale, permet de révéler une topographie du pouvoir qui tire notamment sa force de l’imaginaire collectif et, ce faisant, retourne l’appareil de surveillance contre lui-même.

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