Hazel Meyer Non-archival Archive (Muscle Panic), vues d'installation, Dunlop Art Gallery, Regina, 2020.
Photos : Don Hall, permission de Dunlop Art Gallery

Impro songée sur Hazel Meyer et le thème des archives qui s’ignorent

Robin Alex McDonald
Les « archives non archivistiques » de Hazel Meyer sont constituées d’une collection de photos qui, soigneusement accrochées à une structure métallique verte, illustrent « des moments frappants dans la culture du sport ». Souvent présentée comme une partie de l’installation évolutive Muscle Panic (en cours depuis 2014), à côté d’un échafaudage plus complexe auquel sont suspendus des fanions, des maillots, des pompons et des filets ­remplis d’oranges, Non-archival Archive (Muscle Panic) (2018-2021) joue le double rôle d’architecture d’exposition et d’« archives des sentiments ». Selon Ann Cvetkovich, une archive de sentiments est le produit d’une « exploration des textes ­culturels comme s’ils étaient dépositaires de sentiments et d’émotions »1 1 - Ann Cvetkovich, An Archive of Feelings: Trauma, Sexuality, and Lesbian Public Cultures, Durham, Duke University Press, 2003, p. 7. [Trad. libre] – description fort pertinente de la tendresse, de la joie et de la curiosité qui président au choix des athlètes, des équipes, des évènements et des moments que Meyer représente dans son travail. En effet, hors de tout mandat de collecte et de toute stratégie d’archivage, les images et les instants figés dans ces archives qui s’ignorent ont été sélectionnés grâce à une méthode fondée sur le désir, méthode qui révèle l’intérêt de l’artiste pour le fait queer, la contestation, l’esthétique, l’intimité et l’émotion.

À l’instar de cette méthode, la mienne, en écrivant cet article, est guidée par mes propres sensibilités queers, ma familiarité avec la pratique plus vaste de cette artiste et mon penchant pour l’érudition en matière de sport – domaine dans lequel je n’ai d’autre formation que celle que j’ai acquise par ma curiosité. Dans les remarques qui suivent, je m’efforce de communiquer le soin attentif apporté par Meyer à ses images en consacrant mon temps et mon attention à trois d’entre elles, tirées de Non-archival Archive. M’inspirant de la chronique que Wayne Koestenbaum signait dans la revue Cabinet2 2 - La chronique de Wayne Koestenbaum, intitulée Legend, a été publiée dans plusieurs numéros de la revue Cabinet de 2010 à 2015. Elle est accessible sur le site web de la revue., je les aborde par la voie d’une « improvisation réfléchie » (deep riffing), impromptu critique où chaque image devient le support d’une rêverie en partie théorique, en partie savante et en partie créative sur la culture visuelle du sport, la représentation du corps des athlètes dans les médias et les récits et affects qui peuplent le monde du sport et ses archives. L’impro réfléchie se sert des paramètres imposés par l’image comme de contraintes pour stimuler l’imagination : en laissant les idées bondir et rebondir comme une balle dans un court de squash, on permet à leur énergie frénétique de s’amplifier, par la concentration et les limites mêmes qu’on lui impose.

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Cet article parait également dans le numéro 103 - Sportification
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