Plays of / for a Respirateur, An Installation by Joseph Kosuth : Jeux d’appropriation, de création et de transmission dans la mise en exposition des collections muséales.

Photo : Joseph Hu, permission du Philadelphia Museum of Art
[In French]
Plays of / for a Respirateur, An Installation by Joseph Kosuth1 1 - L’installation est présentée au Musée d’art de Philadelphie du 21 octobre 2015 jusqu’à l’automne 2016., une carte blanche du Musée d’art de Philadelphie offerte à la figure emblématique de l’art conceptuel Joseph Kosuth, survient alors qu’historiens de l’art et muséologues tournent leur attention vers les stratégies de dynamisation des collections mises en œuvre par les musées, lesquelles s’intensifient depuis les dernières décennies. Deux récents colloques2 2 - Il s’agit des colloques Les collections sont de retour ! / Collections : They’re Back !, tenu le 19 mars 2016 au Musée d’art de Joliette et Les usages évènementiels des collections muséales, tenu le 9 mai 2016 à l’Université du Québec à Montréal dans le cadre du congrès annuel de l’ACFAS., organisés sous l’impulsion du groupe de recherche CIÉCO : Collections et impératif évènementiel / The Convulsive Collections3 3 - Dirigé par la professeure Johanne Lamoureux (Université de Montréal), le groupe de recherche CIÉCO rassemble des chercheurs de l’Université de Montréal, de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et de l’Université du Québec en Outaouais (UQO), ainsi que des professionnels du Musée national des beaux-arts du Québec, du Musée des beaux-arts de Montréal et du Musée d’art de Joliette. ont par ailleurs démontré l’intérêt des chercheurs et professionnels de musée d’ici pour le phénomène, qui fait aujourd’hui partie intégrante de la réflexion sur la présentation et l’actualisation des collections. La manœuvre employée par le Musée d’art de Philadelphie dans le cadre de Plays of / for a Respirateur, soit l’invitation d’un artiste investi des pouvoirs hybrides de création d’une nouvelle œuvre et de production d’un savoir historique par le redéploiement des collections, s’inscrit donc dans cette mouvance on ne peut plus actuelle.

Plays of / for a Respirateur, vue d’installation, Philadelphia Museum of Art, Philadelphia, 2015-2016.
Photo : Joseph Hu, permission du Philadelphia Museum of Art
Le titre de l’exposition aura laissé présager que Kosuth s’est particulièrement intéressé aux œuvres de Marcel Duchamp, dont le Musée d’art de Philadelphie est le principal dépositaire aux États-Unis. En effet, il rappelle l’assertion du grand maître se concevant non pas comme un artiste, mais comme un respirateur, une posture qui met l’emphase sur le caractère multiforme, conceptuel avant l’heure de sa pratique cherchant à éluder les limitations imposées par les médiums spécifiques et les critères esthétiques. En voulant mettre l’art « au service de l’esprit4 4 - Anne d’Harnoncourt, Marcel Duchamp, Philadelphie : Philadelphia Museum of Art, 1973. », Duchamp a construit son œuvre à l’aide de stratégies plus tard poursuivies par Kosuth depuis sa consécration au milieu des années 1960, notamment l’usage extensif et critique du langage, le geste de désignation et de contextualisation d’œuvres et d’objets en tant qu’art et la conviction que le spectateur complète l’œuvre en ayant un rôle actif au sein des expositions(5). Ainsi, aux œuvres choisies parmi la collection du musée, incluant des ready-mades, des collages, des photographies et des textes, Kosuth ajoute certaines de ses œuvres, provoquant une rencontre qui tient autant de l’éloge que de la démonstration de la filiation transhistorique entre leurs pratiques. Car dans l’espace créé pour l’occasion par Kosuth, dans une salle adjacente à celle montrant en permanence les œuvres de Duchamp de la collection du musée, les pièces sont présentées dans un accrochage dynamique, en proximité les unes avec les autres, mettant en évidence leurs liens stylistiques et conceptuels. Quelques clins d’œil font sourire l’observateur aguerri, par exemple la présence de One and Three Shovels (1965), une variation sur le thème de l’œuvre iconique de Kosuth One and Three Chairs (1965), qui trouve une résonance particulière auprès du ready-made Bottlerack (1914), rappelant lui-même un autre célèbre ready-made duchampien, En prévision d’un bras cassé (1915) présentant une pelle à neige. De même, alors que Kosuth interroge la notion de « parallélisme élémentaire » dans une œuvre récente faite de néons, on se souviendra que le terme a été employé par Duchamp pour décrire l’effet optique déployé dans le Nu descendant l’escalier (1912), reproduit en fac-similé dans l’exposition. Ainsi, même si la rencontre entre ces deux artistes n’est pas éminemment étonnante, puisque la littérature sur l’art conceptuel a plus d’une fois situé Marcel Duchamp comme le père spirituel du courant(5 5 - Alexander Alberro, Conceptual Art, A Critical Anthology, Cambridge : The MIT Press, 1999., l’installation réalisée par Kosuth a le mérite de court-circuiter l’accrochage linéaire et chronologique traditionnel des collections muséales. Plus souvent qu’autrement, muséologues et conservateurs auront privilégié de situer la pratique de Duchamp parmi celles de ses congénères dadaïstes, ou plus généralement des avant-gardes européennes.
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