Karine Savard Afficher le travail, 2021.
Photo : © Mike Patten
Diagonale, Montréal du 15 avril au 5 juin 2021
Julien Prévieux
What Shall We Do Next?, Sequence #1, 2006-2011 et Sequence #2, 2014.
Photo : © Mike Patten
[In French]

Évoquant autant le passé industriel de l'immeuble qui l’accueille que la gentrification récente du quartier qui l’encadre, l’exposition Le capital humain présentée chez Diagonale examine le travail comme appareil structurant du champ social. Les propositions de Julien Prévieux et de Karine Savard, rassemblées sous le commissariat conjoint de Chloé Grondeau et Anne-Marie St-Jean Aubre, explorent ainsi la mobilisation quotidienne des corps par l’activité professionnelle et l’exercice de ce labeur sur la conscience communautaire.


Vitalisé par le placardage ordonné et multicolore des affiches de Savard, l’espace blanc de la galerie se fait le théâtre d’une guérilla prudente et ludique contre l’absurdité du travail. La disposition sage des affiches amorce la réflexion sur une note ironique douce-amère amplifiée par l’actualisation de l’esthétique agitprop soviétique du début du 20e siècle. La présentation du documentaire De fil en aiguille (1979) se sert aussi de la mise en abime historique pour démontrer la triste pérennité des abus liés à l’emploi. La vidéo donne la parole aux ouvrières des usines de textile de la rue Chabanel et témoigne des efforts et écueils des processus de syndicalisation. Espiègles et brulantes de vérité, les travailleuses mettent à l’épreuve le patronat, les unions et leur collectivité en révélant la complicité des idéologies normatives à l’injustice. Mettant dès lors en exergue les rares gains d’un siècle de mobilisation, Afficher le travail (2021) invite à examiner les conditions réelles et figurées de la conciliation des fonctions professionnelles avec les autres sphères de vie tels la famille et les loisirs. La pile d’affiches à donner rend à ce titre ostensiblement visible l’ouvrage invisible qui anime la création artistique. Détaillant l’ampleur de la recherche effectuée préalablement à la production des affiches, le don de ces dernières incarne avec acuité celui des artistes dont l’émancipation passe nécessairement par l’appréciation du travail imperceptible.

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This article also appears in the issue 103 - Sportification
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