Agir en son lieu

Vanessa Morisset
Les Ateliers des Arques, Arques résidence d’artistes, 28e session du 3 juillet au 31 aout 2018
Nicolas Tubéry  Landscape control, 2018. Photo : Nelly Blaya, © Les Ateliers des Arques
Les Ateliers des Arques, Arques résidence d’artistes, 28e session du 3 juillet au 31 aout 2018
Morgane Denzler
vue d’installation, 2018.
Photo : Nelly Blaya, © Les Ateliers des Arques
[In French]
Il est des expositions à priori très spécialisées qui, en réalité, se révèlent être à la croisée de questionnements et de thématiques s’adressant profondément à tout le monde. À l’issue de la 28e résidence d’artistes des Arques, sous le commissariat de Julie Crenn, Agir en son lieu est de celles-ci, ayant pour point de départ l’idée d’une exploration des liens possibles entre l’art contemporain et le monde rural. Pendant longtemps, le lieu de l’art a été la ville, et même la ville moderne, tandis que la campagne, du point de vue esthétique, était réduite au paysage, presque à l’exotisme. Mais aujourd’hui, la modernité étant en crise, qu’en est-il ? Les œuvres réalisées durant les quelques mois de la résidence et exposées tout l’été dans différents lieux du village se situent dans cette zone de questionnement et, dans leur diversité, peuvent être perçues comme des figures, de la plus critique à la plus affectueuse, du rapport actuel à la campagne.

Dans une démarche à la fois conceptuelle et ancrée dans les recoins les plus concrets du territoire, la terre, la pierre, les œuvres de Nicolas Boulard réparties dans le village des Arques procèdent, comme souvent dans son travail, d’extrac­tion, de conditionnement, mimant pour les pervertir des processus de fabrication agro-industriels. Simplement intitulées Les Arques, 2018, ce sont par exemple deux-cents boites de conserve fermées comme il se doit, contenant comme leur étiquette l’indique des morceaux de calcaire ramassés aux alentours et peints par l’artiste. Absurdes, drôles et poétiques, ces œuvres pointent aussi vers une réalité, celle d’une campagne mise en boites et éloignée de la nature, après des millénaires de domestication. Un tout autre angle, inspiré de fêtes ou de rituels rustiques, est adopté par Aurélie Ferruel et Florentine Guédon. Au cours de leur séjour aux Arques, elles ont produit des objets de plusieurs types, sculpture, vase, table, peinture sur tissu, mais surtout se sont liées avec des agriculteurs des environs. Honorant leur amitié, elles leur ont offert un festin (utilisant certains de leurs objets en décoration) : il en résulte une photographie grand format qui immortalise le moment tout en transformant cette relation en œuvre. S’étant aussi lié avec des agriculteurs voisins des Arques, Nicolas Tubéry a notamment réalisé une installation avec la carcasse d’un vieux tracteur récupérée chez eux et suspendue à un cadre métallique, composant un vaste dessin dans l’espace, avec vue panoramique sur les champs et les collines. Hommage affectueux et paysage somptueux, cette œuvre concilie les deux dimensions de l’engagement humain et de la contemplation. Enfin, nourries aussi de rencontres, les réalisations (photos, vidéos et objets) de Morgane Denzler attirent l’attention sur des détails, gestes ou pratiques peu connus de la vie rurale, tels que les concours de tonte de moutons et de jetée de toisons ou encore les vêtements de travail portés par les agriculteurs qu’elle revisite en les revalorisant.

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This article also appears in the issue 95 - Empathy
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