Manif d’art 3
Cynismes ? – La biennale de Québec

Yann Pocreau
Québec, Manifestation internationale d’art de Québec, 2007, 248 p.

Plus de deux longues années après sa troisième édition, La Manif d’art (la Biennale de Québec) lançait Cynismes ?, le catalogue de l’exposition que signaient en mai 2005 Patrice Loubier et le co-­commissaire André‑Louis Paré. Complet, le catalogue contient de nombreux textes très ­intéressants sur le cynisme, son histoire, ses filiations ­indubitablement ­philosophiques, ses rapports à l’art contemporain et à ses pratiques dites subversives sinon pseudo-contestataires. Le texte de Loubier, entre autres, introduit et définit les notions clés de cynisme vulgaire et de « kunisme », un terme emprunté à Peter Sloterdijk pour ­différencier ­l’appréhension ­philosophique du terme et son sens contemporain. Loubier, sous divers chapitres, trace un habile portrait des projets ­artistiques exposés et de leur étroit rapport aux cynismes. Comptant les expositions des ­collaborateurs, plus de 50 artistes participaient à cette édition de la Manif. Il va de soi, par ailleurs, que les ­reproductions des œuvres occupent une grande partie (plus de la moitié) de ce ­catalogue. Chaque projet d’artiste occupe deux pages couleur de très bonne ­qualité, comprenant des textes explicatifs justes et ­synthétiques. Ainsi, le ­lecteur est appelé à ­traverser l’exposition centrale, celle de la relève, ­celles des collaborateurs, les activités satellites puis les actes du ­colloque Art, cynisme et démocratie tenu pour l’occasion. Paré, chargé de projet du colloque, Paul Ardenne, Aline Caillet, Jocelyn Maclure, Michel F. Côté, Jean‑Philippe Uzel et Patrice Loubier livrent ici une savante ­récapitulation des usages pratiques, théoriques, politiques ou déficients du cynisme. Malgré les quelques redites sur l’artiste Thomas Hirschhorn, sur Diogène et les nombreux recoupements d’idées et d’exemples cités dans les ­textes livrés, les actes témoignent de la grande qualité de cette ­rencontre pensant l’art et le cynisme en concordance avec la démocratie. Ainsi, du très éclairant essai sur l’histoire philosophique du cynisme de Paré au plus réactionnaire et indispensable texte du musicien Michel F. Côté, qui vient faire contrepoids au grand nombre de philosophes invités à ce colloque, les textes rassemblés sont dans l’ensemble pertinents. Extrait de La puissance d’exister, publié chez Grasset en 2006, le texte Une esthétique cynique de Michel Onfray, grosse pointure invitée à donner deux conférences dans le cadre de l’événement, clôt l’ouvrage. De haut niveau, le texte d’Onfray propose de nombreuses pistes de réflexion sur les états de l’art et de l’esthétique depuis le putsch duchampien, et notamment autour d’un nihilisme omniprésent et volontaire qui semble être devenu une stratégie indissociable du marché de l’art contemporain et de ses réévaluations historiques. Bien que le grand format du livre soit très intéressant, la ligne graphique simple et fonctionnelle aurait pu être plus audacieuse. Mais, somme toute, cet ouvrage bilingue est à la ­hauteur de la troisième édition très réussie de La Manif d’art de Québec.

Cet article parait également dans le numéro 64 - Déchets
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