Jean-Pierre Aubé, Electrosmogs

Nathalie Desmet
RAM radioartemobile, Rome
Du 14 mai au 27 juin 2015
Commissaire : Louise Déry
Jean-Pierre Aubé, détail de l’exposition « Electrosmogs », RAM radioartemobile, Rome, 2015.
Photo : Yamina Tavani, permission de RAM radioartemobile
Après la performance Electrosmog Venezia présentée à l’occasion de la Biennale de Venise les 8 et 9 mai, l’exposition Electrosmogs rassemble une sélection d’œuvres de Jean-Pierre Aubé permettant de saisir l’évolution de son travail depuis une quinzaine d’années. Le titre de l’exposition témoigne d’une attention particulière portée à la pollution électromagnétique émise par les appareils techniques construits par les humains, mais l’intérêt de l’artiste pour ces ondes radio ou ces champs magnétiques s’est d’abord fait en relation avec les environnements naturels : les grands espaces qui, justement, ne sont pas pollués par l’activité humaine. Le fondement de la réflexion est lié à l’association de deux éléments qui semblent difficilement se concilier : la nature et les ondes radio. La vidéo V.L.F Natural Radio (2000-2005) présente un déroulé de paysages filmés aussi bien en Finlande, qu’en Écosse ou au Québec dont la bande sonore est réalisée à partir de la captation d’ondes de très basses fréquences. En tentant de trouver les paysages vierges des fréquences produites par les humains, Aubé s’est confronté à leur rareté. La Terre est devenue un immense champ électrique, les endroits non contaminés se méritent et impliquent une exploration minutieuse, comme en témoigne une photographie de l’artiste le montrant en pleine quête sur la Baltique (Capture de sons V.L.F sur la Baltique, 2002).

Mais Jean-Pierre Aubé est faiseur d’images avant tout. Son objet premier est de donner une forme visible à ces ondes imperceptibles à l’oreille. Les images de spectres électromagnétiques qu’il produit sont toujours le fruit d’une invention graphique ou d’une transcription visuelle personnelle. Celles qu’il a réalisées à partir des électrosmogs d’Istanbul, Mumbai, Venise ou encore Berlin sont ainsi le savant mélange de la couleur du ciel au moment de la captation multipliée par la puissance du signal radio. Le résultat donne lieu à des cercles concentriques (Graphiques de l’Electrosmog de 0.1 à 144 MHz, 2012-2015) allant de bleus clairs à des noirs profonds, en passant par une gamme de camaïeux gris ; la profondeur correspondant à la capacité des ondes à voyager plus ou moins loin. On ne peut s’empêcher d’y voir des images actualisées des représentations de sphères célestes médiévales. Et lorsqu’on connaît le danger que peuvent représenter ces ondes, en terme sanitaire, l’ordonnancement de l’univers y est même proche des cercles de Dante.

Cet article est réservé aux visiteur·euses connecté·es.

Créez-vous un compte gratuit ou connectez-vous pour lire la rubrique complète !

Mon Compte

Suggestions de lecture