Hélène Bertin

Cahin-caha

Nathalie Desmet
Le Creux de l’enfer (centre d’art contemporain), Thiers, France du 1er novembre 2020 au 30 avril 2021
Hélène Bertin Le chant de la Piboule, vue d’installation, Le Creux de l’enfer, Thiers, 2020.
Photo : Vincent Blesblois
Le titre de l’exposition d’Hélène Bertin suggère une ouverture aux contingences extérieures et aux aléas : Cahin-Caha, comme le chemin imprévisible que ses rencontres et ses collaborations trace dans ses projets. Dans l’épaisseur d’un temps long, l’artiste conçoit son travail artistique comme le fruit de ramifications et d’échos. D’un corps de métier, d’une tradition, d’une exposition à l’autre, Bertin sème, puis laisse le temps à la récolte, au gré des possibles. Il n’est pas surprenant qu’elle ait choisi, pour cette exposition, de suivre la métaphore du jardin pour évoquer les trois âges de la vie : l’enfance, la vie adulte et la vieillesse. Du berceau à la tombe, vitrine réalisée par le muséographe Georges Henri Rivière en 1975 est l’une des sources du projet. La magie exercée par cette vitrine, présentant les objets de la France rurale traditionnelle, se transpose ici dans une mise en scène vouée à servir d’accompagnement presque rituel aux sculptures de l’artiste.  
Hélène Bertin
Le jardin juvénile, vue d’installation, Le Creux de l’enfer, Thiers, 2020.
Photo : Vincent Blesblois

Le jardin juvénile est constitué d’esquifs remplis d’une variété de sables colorés dans lesquels les enfants sont incités à manipuler des céramiques aux formes rondes et joyeuses, sortes d’ilots pour un dialogue local des cultures où cohabitent les ocres de Roussillon du Lubéron natal de l’artiste et les sables noirs du terroir qui l’accueille. Des outils de ratissage, lisses ou dentés, invitent à y entrer en profondeur et à dessiner des vagues comme dans un jardin zen. En écho à ces dernières, des voiles de bateau, devenues cerfs-volants, se détachent au plafond. Bertin a le gout de la transmission, comme le laisse entendre l’espace qu’elle réserve au regard de l’enfance. Ses sculptures sont comme des objets transitionnels qui, au gré des personnes qui s’en emparent, peuvent se transformer en objets transactionnels. Dès sa première intervention au Creux de l’enfer, en 2018, elle avait revisité l’espace d’accueil du centre d’art. Marchelire & Corbeilleboire, en référence à Claude Ponti, auteur de littérature jeunesse, créée un abord réjouissant sous une toile faisant penser aux charriots ambulants des plagistes. Loin des espaces austères ou froids qui sont la spécificité de certains lieux artistiques, ici des pieds en céramique en guise de piètements semblent donner la direction à prendre. Plus loin des tables et des bancs permettent de s’assoir en face à face pour échanger, lire les livres que l’artiste a sélectionnés ou jouer avec des puzzles en céramique, comme on le ferait dans un wagon pendant un voyage.  

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Cet article parait également dans le numéro 102 - (Re)voir la peinture
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