Go Canny ! Poétique du sabotage

Vanessa Morisset
Villa Arson, Nice du 10 février au 30 avril 2017
GoCanny_DISNOVATION-ORG
DISNOVATION.ORG Go Canny !, vue d’installation, Villa Arson, Nice, 2017.
Photo : Loïc Thebaud, permission de Villa Arson, Nice
Villa Arson, Nice du 10 février au 30 avril 2017

Qu’invite à faire une exposition sur le sabotage opéré dans différents domaines par des artistes à travers leurs œuvres ? À contempler ou à passer à l’action ? Go Canny !, dont le titre est emprunté au milieu des dockers écossais et peut être traduit par « ne vous foulez pas » ou « faites le minimum », tente de concilier les deux options avec un ensemble d’œuvres qui perturbent le cours des choses tout en se maintenant dans des univers poétiques ou esthétiques. Pas ou peu de violence donc dans les choix des trois co-commissaires, Nathalie Desmet, Eric Mangion et Marion Zilio, mais la proposition d’un répertoire d’infimes dérèglements possibles, soit autant de modèles dont tout un chacun pourrait s’inspirer dans sa propre existence. L’un des meilleurs exemples de cette conception d’un sabotage en douceur est la pièce intitulée AC/DC (2012-2017) de Charles Stankievech qui confronte deux horloges identiques, si ce n’est que l’une est alimentée en courant continu et l’autre en courant alternatif, différence produisant un léger décalage de vitesse entre elles. Certes formellement très proche de Perfect Lovers réalisée par Felix Gonzalez-Torres plus de 20 ans auparavant, ce couple d’horloges suggère non plus l’unisson d’âmes sœurs mais un moyen de ralentir le temps, rébellion tout autant métaphysique que politique ou économique qui fait rêver. L’œuvre trouve un écho dans les IKHEA©SERVICES de Jean-Baptiste Farkas qui invente toutes sortes de perturbations du quotidien, notamment le ralentissement de tâches laborieuses. Autre pièce poétique et néanmoins troublante, la machine à bulles de savon au whisky de Jeanne Berbinau Aubry, Douze ans d’âge (2012-2017), qui évoque la légèreté et la magie de l’éphémère mais soule avec ses vapeurs de mauvais alcool ceux qui y jouent trop longtemps… y compris les enfants.

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Cet article parait également dans le numéro 90 - Féminismes
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