Deux tubes rouges de prélèvement sanguin sortent de la bouche d'un mannequin de réanimation. Un autre tube rouge pend au niveau de la cage thoracique du mannequin. Il est possible de lire GOOD CRIPPLE sur sa poitrine.
Panteha Abareshi Good Cripple, vue d’installation, Kunsthall Trondheim, 2023.
Photo : permission de l’artiste

Chair exposée : les iconographies crip tech de l’érotisme posthumain

Chiara Rauli
Au sein de la culture contemporaine, les difficultés liées à la représentation des corps handicapés sont reprises par des artistes et traduites en des esthétiques et des langages conceptuels inédits. Dans les disciplines des arts visuels, de la performance et des nouveaux médias, le handicap est considéré dans son entièreté, et non comme quelque chose à surmonter. Cette tendance est au cœur de la technoscience crip (ou crip tech), un cadre militant et théorique qui repense la relation des personnes handicapées à la technologie en les positionnant comme des concepteurs actifs ou conceptrices actives plutôt que comme des utilisateurs passifs ou utilisatrices passives d’appareils.

La crip tech s’appuie sur les premiers travaux menés dans le champ des études sur le handicap, notamment le livre Crip Theory (2006), dans lequel l’auteur, Robert McRuer, établit un dialogue entre ce domaine et la théorie queer en soutenant que la norme de la validité va de pair avec l’hétérosexualité obligatoire1 1 - Robert McRuer, Crip Theory: Cultural Signs of Queerness and Disability, New York, New York University Press, 2006. Face aux structures médicales et sociales occidentales dominantes, qui traitent la différence physique comme un déficit, cette filiation recadre le handicap comme un mode de formation du sujet propre à dénoncer les normes qui le définissent comme un manque. Dans ce contexte, la représentation du corps handicapé devient un espace de résistance aux structures capacitistes. L’artiste multidisciplinaire canadien·ne Panteha Abareshi, qui ancre sa pratique dans son expérience de la drépanocytose associée à la bêta-thalassémie (maladie du sang génétique qui provoque des douleurs chroniques), offre un point de vue intéressant sur ces questions. Dans ses performances et installations, iel entremêle son corps et des technologies médicales – souvent de manière sexualisée – pour reconsidérer le corps souffrant et l’aborder plutôt comme une identité active et sensuelle.

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Cet article parait également dans le numéro 117 - Handi
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