Saguenay – Lac-Saint-Jean

Saguenay – Lac-Saint-Jean

 

Une région en pleine effervescence ! C’est le moins qu’on puisse dire du Saguenay-Lac-Saint-Jean qui compte, pour un bassin de population à peu près équivalent à celui de la Ville de Québec, une multitude d’artistes et d’événements culturels. Pour une région que l’on qualifie « d’éloignée », toujours aux prises avec les entraves des dirigeants politiques face au déficitaire milieu culturel, et malgré l’exode déploré de plusieurs jeunes artistes — donnant lieu à un trou générationnel —, la flamme reste vive. Depuis quelques années, on y célèbre la Fête de l’art, décrétée officiellement le 17 janvier par la Ville de Chicoutimi. Des arts dits « visuels », au cinéma, en passant par le théâtre, la littérature, la musique actuelle et les marionnettes, la création s’éclate et semble s’orienter de plus en plus vers la coopération et l’interdisciplinarité.

 

L’art en « région »

« Notre instinct commun pour la survie de l’art actuel en région nous provoque à trouver des solutions inventives, à être davantage branchés sur nos propres expériences et sur la réalité de notre environnement... plutôt qu’à être aux aguets, à l’affût du modèle à suivre. Mais quel modèle devons-nous suivre aujourd’hui ? »

Hélène Roy

 

Artiste et enseignante au Saguenay — Lac-Saint-Jean, Hélène Roy a accepté un poste de professeure en arts à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) en 1976, à une époque où, encore totalement étrangère à cette région, elle ne pouvait s’imaginer un instant quitter Montréal.

 

« Je dois avouer qu’après mes études aux Beaux-Arts de Montréal dans les années 1960 et 17 années de vie active dans cette ville, j’endossais complètement une vision “métropolitaine” de l’art. Étant native de Trois-Rivières, il était évident que ce qui se faisait d’important en art contemporain, soit : les manifestations audacieuses de l’art actuel, les nouveaux questionnements concernant un art engagé socialement et politiquement, l’émergence de lieux parallèles de diffusion montrant l’art expérimental, sans oublier les possibilités pour un artiste québécois d’espérer une certaine reconnaissance... ça se passait à Montréal. Il fallait donc y rester si on y était déjà, ou bien y venir. »

 

Comme l’explique Hélène Roy, jusqu’en 1969, il n’était pas possible d’espérer une formation en arts en région; il fallait choisir entre Montréal et Québec (cette dernière étant considérée alors comme beaucoup plus traditionaliste, provinciale, sinon « régionale »). Jusqu’à l’avènement des Universités du Québec dans les différentes régions de la province, il faut bien admettre, selon elle, que la présence de l’art contemporain était à peu près nulle dans les régions, et qu’il n’était donc pas exagéré d’attribuer autant d’ascendance à l’art qui se pratiquait dans la métropole. « Cet art servait d’indice et de référence aux divers modèles internationaux, dits « d’avant-garde »; se bousculant sans cesse par effets de ruptures et d’affirmations d’autres diktats. Nous avions les yeux rivés sur ce « phare de l’art contemporain » au Québec.

 

« En 1976, à mon arrivée ici, j’ai été surprise de découvrir une région fascinante, présentant un potentiel exceptionnel sur le plan de l’imaginaire et de l’ingéniosité, une région déjà singulière et fière, à l’image du pittoresque de ses paysages, permissive à l’innovation parce qu’habituée à se débrouiller seule (étant ce qu’on appelle toujours une région éloignée). L’UQAC, à l’image de sa région, m’offrait toutes les possibilités de rêver au développement de nouveaux programmes d’art, de participer avec mes collègues et les étudiants de l’époque à l’installation d’un véritable “laboratoire d’art”, d’un premier lieu de réflexion et d’action concernant l’art contemporain en région. »

 

Hélène Roy se souvient qu’à ce moment, l’art qui se faisait dans cette région était surtout un art de paysage. On rencontrait donc souvent des résistances du milieu culturel face à l’université et ses professeurs/artistes vus comme des « envahisseurs » (80 % venaient de l’extérieur), des « provocateurs », des « farfelus »... faisant un art dit « moderne », suspect et surtout incompréhensible. Au début, les professeurs se regroupent pour des expositions collectives dans les corridors de l’université. Par la suite, individuellement ou collectivement, ils présentent régulièrement leur création dans les différents centres de diffusion du Saguenay — Lac-Saint-Jean, tout en maintenant une présence active à Montréal, au Québec et ailleurs.

 

« Plusieurs d’entre eux s’impliquent et siègent sur différents conseils d’administration, participent à des jurys provinciaux et régionaux, se font instigateurs et collaborateurs d’événements d’envergure comme le Symposium international de sculpture environnementale [1980], la Biennale du dessin, de l’estampe et du papier [à partir de 1988], l’Atelier d’estampe Sagamie... Dès lors, un bouillonnement se fait sentir dans la communauté de l’art régional : enseignant au Cégep d’Alma, Alayn Ouellet s’affaire à la création du centre d’artistes Langage Plus, l’ancienne Société des arts se convertit en centre d’artistes et devient Espace Virtuel, la galerie Séquence déménage de Jonquière à Chicoutimi. D’autres lieux de diffusion comme le Centre national d’exposition de Jonquière, le Musée du Saguenay, devenu La Pulperie de même que Le Lobe et la galerie L’Œuvre de l’autre deviennent des instances indispensables à leur lieu d’appartenance. Plusieurs anciens étudiants du baccalauréat ou de la maîtrise créent des collectifs comme Interaction Qui, Estampe Sagamie, Insertion, l’Oreille coupée...

 

“Et voilà où je me retrouve aujourd’hui, 22 ans plus tard, totalement impliquée, intégrée, que dis-je, assimilée et militante pour une meilleure et complète reconnaissance de l’art actuel qui se fait dans les régions, participant à l’enrichissement culturel de l’ensemble du Québec. Je n’ai pas l’impression d’avoir raté un ‘devenir autre’ ailleurs. J’ai conscience d’appartenir à un milieu critique, exigeant, stimulant, me permettant en fin de compte un rythme d’évolution tout à fait comparable à celui des grands centres, tout en étant différent. (1)”

 

Multidisciplinarité = Multidiffusion

Dans les années 1970, alors que la région se trouvait exclue de toute circulation de l’art contemporain et actuel — dont les manifestations étaient surtout concentrées à Montréal — il lui fallut se doter de ses propres Infrastructures de diffusion et de production. On voit naître au fil des ans des organismes et des festivals destinés à diffuser tous les arts se pratiquant sur le territoire : des arts dits visuels au cinéma, en passant par le théâtre et la musique de création contemporaine.

 

Côté arts “visuels”, comme l’explique Alayn Ouellet, président du centre d’artistes Langage Plus, “afin de prendre en charge le développement professionnel de la vie artistique régionale, les artistes ne pouvaient utiliser les institutions en place (musées, centres d’expositions, galeries commerciales), trop conservatrices ou peu au fait de l’art contemporain. À l’exception de la Galerie de l’Arche à Jonquière, un des premiers organismes artistiques issus de l’esprit communautaire de cette époque, il n’existait pas d’autre lieu pour la production et la diffusion de l’art contemporain et actuel dans la région. Quelques manifestations avaient lieu sporadiquement dans des endroits publics ou au seul centre culturel de l’époque, à Jonquière où la plupart du temps on présentait un art plutôt traditionnel et souvent fait par des amateurs.”

 

Ce sont des artistes qui revenaient de Montréal ou de Québec et qui y avaient fréquenté les seuls lieux qui dispensaient à l’époque une formation supérieure en arts visuels, les Écoles des Beaux-Arts, qui ont formé, en 1978, le collectif à l’origine de Langage Plus : Jocelyn Maltais et Alain Laroche (artistes engagés individuellement et maintenant réunis dans le duo Interaction Qui), Alayn Ouellet (président), Alain Paradis et Madeleine Doré. Agnès Tremblay, qui s’est jointe à l’équipe en 1981 (production d’événements en télématique et technologies), est directrice de Langage Plus depuis 1985. Né en 1979 afin d’administrer la Salle Tremblé du Cégep d’Alma, Langage Plus emménage dans des locaux près du centre-ville en 1988, quand le cégep ferme cette salle, puis déménage à nouveau dans des lieux plus adéquats en 1996.

 

Outre les expositions et manifestations ponctuelles, plusieurs événements majeurs ont jalonné ces 17 années d’existence : notamment l’événement international Papier matière (1984); la tenue de deux expositions d’artistes régionaux et québécois dans un contexte international : la première en Australie, Paper Present (1987), et la seconde au Japon, The North American Difference. Young Canadian Artists (1988).

 

Durant les années 1970, 21 groupes formaient le Regroupement des organismes communautaires et culturels d’Alma (ROCCA). Les activités, interactions et collaborations entre les différents organismes qu’ils ont suscitées ont certainement contribué, selon Alayn Ouellet, à créer un milieu favorable au développement d’une vie artistique contemporaine qui pouvait rejoindre les inquiétudes soulevées par les mouvements sociaux au sujet des problèmes de l’environnement, de l’entraide sociale et de la qualité de vie.

 

“De nombreux mouvements sociaux, issus entre autres des groupes féministes, communautaires, environnementaux et culturels, étaient très actifs à cette époque à Alma. Tous ces organismes étroitement liés et solidaires luttaient contre les différentes formes d’exclusion et préconisaient aussi des solutions alternatives. Ils orientaient leurs actions en vue d’une meilleure qualité de vie. Les membres de Langage Plus partageaient ces objectifs et organisaient des événements artistiques qui avaient un certain impact sur des milieux où ils recrutaient une bonne partie de leur public. Le centre mettait de l’avant des projets artistiques qui soulignaient des préoccupations sociales, environnementales ou liées aux problèmes économiques : Intervention 58, Une rue ARTfaire...”

 

Ce sont les problématiques universelles de l’écologie, de l’environnement, de la mondialisation et des rapports sociaux qui sont au cœur de la réflexion des artistes. Langage Plus organise plusieurs événements qui mettent en relief ces problématiques : dans Au Nom de la Terre, en 1997, 17 artistes et performeurs du Canada et de l’Asie ont exposé et “performé” sur la thématique du Congrès Nikan, portant sur le développement durable.

 

Dans l’optique de rassembler artistes de différentes régions, générations et cultures en réfléchissant sur la notion de paysage Langage Plus fait ressortir le thème de l’identité territoriale en retenant pour un projet d’art-nature le site de relais du poste de traite de la Métabetchouane — site de la rencontre de la culture amérindienne et des premiers arrivants. En 1996, Paysages Inter sites réunit cinq artistes qui réalisent des œuvres in situ sur le site du Centre d’histoire et d’archéologie de la Métabetchouane à Desbiens au Lac-Saint-Jean.

 

En juin et octobre 2000, lors de l’événement Transvernacularités, 10 artistes québécois et autant d’artistes français avaient à réaliser des manœuvres in situ en France et au Québec, afin de faire ressortir de quelles manières les champs originaires (langue, territoire, culture...) de chacun influencent leur production.

 

“Le questionnement, la réflexion et la pratique de plusieurs artistes qui se sont rencontrés à Langage Plus émergent de l’exploration de la singularité de leur territoire. Celui-ci est leur source d’inspiration, de connaissance, d’identité et d’innovation. On constate que le rapport au territoire est plus marqué dans la production diffusée par les grands centres d’artistes localisés en région. Pour Langage Plus, l’appropriation du territoire devient ainsi une alternative à l’éloignement des grands centres urbains, un sujet d’exploration et un médium de création”, explique Alayn Ouellet.

 

On peut affirmer que le phénomène de l’exclusion fut un élément déclencheur de la mobilisation des artistes de Langage Plus. Dans l’alternative, ils ont trouvé la solution qui leur donne accès à des moyens professionnels de gestion, de diffusion et de production en art actuel dans le milieu almatois. De plus, la création de Langage Plus semble avoir eu un effet d’entraînement sur la collectivité régionale. Par la suite, plusieurs autres centres et collectifs d’artistes se sont créés au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Avec cinq centres d’artistes membres du RCAAQ, la région est la troisième en importance dans ce réseau québécois de l’art actuel. Langage Plus a permis aux artistes locaux d’affirmer leur identité tout en intégrant la notion de territorialité dans leur production », poursuit Alayn Ouellet.

 

Toujours selon Ouellet, « la création de centres d’artistes en région a été une réponse alternative à une forme d’exclusion et grâce à eux, certains intervenants du domaine des arts visuels ont pu se mobiliser, se responsabiliser et réaliser ainsi un certain développement artistique local. Tous ces organismes constituaient ensemble un contrepoids au développement économique “à tout prix”. Ils ont joué un rôle d’opposition important face aux élus locaux et aux multinationales pour réduire les inégalités. L’artiste collaborait facilement avec son milieu puisqu’en région, l’interaction entre différents groupes sociaux s’effectue plus aisément, plus rapidement que dans un milieu urbain très populeux. En région, les groupes sont nécessairement plus restreints et donc plus près les uns des autres (2). »

 

C’est dans la foulée de la Galerie de l’Arche, l’un des premiers centres d’artistes du Québec, fondé à Jonquière en 1975, que Séquence a été créé. Ses objectifs d’alors étaient de promouvoir la photographie au Saguenay-Lac-Saint-Jean tout en supportant les artistes qui avaient choisi cette discipline.

 

Fondé en 1983, Séquence un centre de recherche et de diffusion en arts visuels et en technologies, dirigé par Gilles Sénéchal. Depuis ses débuts, Séquence a voulu agir au-delà du territoire local et promouvoir la diversité des approches et pratiques photographiques. Ainsi, si le centre privilégie le créneau de la photographie, il élargit son mandat aux diverses technologies — vidéo, infographie, multimédia.

 

En 1988, Séquence déménage de Jonquière à Chicoutimi, dans le but de se rapprocher de la communauté artistique et universitaire. Séquence s’oriente désormais vers le développement d’un centre régional multidisciplinaire en technologie de l’image et a repris le flambeau de la tournée régionale des Rendez-vous du film sur l’art (dont la première édition a eu lieu en 1995), tournée qu’il organisait précédemment de concert avec Daniel Jean, artiste et auteur.

 

L’histoire du centre d’artistes autogéré Espace virtuel, incorporée depuis 1984 situé dans les locaux d’un bâtiment patrimonial qui abrite, entre autres, le Cégep de Chicoutimi, remonte aussi à plusieurs années. C’est en 1958 qu’on établit la corporation du Cercle des Arts du Saguenay — premier nom de l’organisme d’arts visuels qui donna naissance à Espace Virtuel.

 

En 1965, Le Cercle des arts du Saguenay se donne pour objectif de faire la promotion et la diffusion d’artistes en arts visuels de la région et de l’extérieur. L’année suivante, Le Cercle des arts du Saguenay devient La Société des arts de Chicoutimi.

 

La Biennale de la francophonie canadienne a lieu en 1975 et on présente, en 1978, l’exposition De la figuration à la non-figuration dans l’art québécois. Enfin, en 1980, La Société des arts de Chicoutimi inc. devient Espace Virtuel.

 

Depuis 1986, Espace Virtuel a présenté plus de 125 expositions, réalisé et produit plusieurs publications et livres d’artistes (dont un en 1997 de l’artiste-peintre Hélène Roy), organisé des colloques, conférences, résidences, échanges et interventions artistiques. L’organisme a diffusé le travail de professionnels et d’artistes en arts contemporains tels que Pierre Granche, Serge Lemoyne, Jean-Jules Soucy, René Payant, Guy Blackburn, Jean Dumont, Jean-Pierre Vidal, Olivier Asselin, Lorraine Verner.

 

Sous la direction générale d’Annie Gauvin et de Martial Després, directeur adjoint, le conseil d’administration d’Espace virtuel est composé d’artistes professionnels et de la relève. Le centre dessert une communauté d’environ 145 000 habitants répartis dans les villes et villages avoisinants.

 

Espace Virtuel organise aussi, en compagnie d’autres associations régionales, La parade des arts à laquelle participent 3 000 enfants, dont presque deux tiers proviennent du premier cycle et des maternelles. On a pu assister cette année à L’événement ponpon, réalisé par l’artiste Marc Dulude, alors que plusieurs centaines d’enfants dévalaient le paysage munis d’une flopée de ponpons colorés, créant un vif et vaste nuage en mouvance dans les rues de Ville de La Baie.

 

Une autre initiative est issue du désir d’artistes de prendre leur carrière en main. Le collectif d’artistes L’Oreille coupée a pris naissance en 1988 dans un cours de fin de Baccalauréat (gestion en art), alors que six étudiants désiraient voir s’ils pouvaient vivre et travailler dans leur région.

 

En 1993, les six membres de l’atelier l’Oreille coupée (Carl Bouchard, Claudine Cotton, Madeleine Doré, Patrice Duchesne, Martin Dufrasne, Natasha Gagné) décident d’emménager, à l’intérieur de leur lieu de production au centre-ville, un espace destiné à recevoir des propositions artistiques variées. Ainsi naît Le Lobe, lieu de recherche et de diffusion en art actuel d’abord situé sur la rue Riverin et relocalisé, depuis 1997, à l’intérieur de TouTTouT — une ancienne école dont les salles de liasse ont été reconverties en une douzaine d’ateliers — propriétés d’autant d’artistes. L’Oreille coupée devait se dissoudre en 1998, alors que TouTTouT et Le Lobe, devenus autonomes, prenaient leur envol.

 

La formule de TouTTouT peut paraître inconcevable pour une grande ville. Douze artistes représentant trois générations (Éric Bachand, Guy Blackburn, Jacques Blanchet, Carl Bouchard, Claudine Cotton, Madeleine Doré, Patrice Duchesne, Martin Dufrasne, Natasha Gagné, Michel Lemelin, Sonia Robertson, Yves Tremblay) deviennent conjointement propriétaires d’une ancienne école primaire, dans laquelle ils aménagent à leur gré leurs ateliers, bureau et menuiserie collective, selon un esprit de partage des outils et des ressources. Chacun a investi 5 000 $ pour acquérir une part et participer au fonds de roulement, au compte commun, à la convention, et ce, dans le respect des individualités — sans idéologie ou mouvement communs.

 

Cette « société à noms multiples à mission limitative » permet, selon l’un des artistes propriétaires, Guy Blackburn, de responsabiliser les individus aux choix administratifs, à l’entretien et au devenir de ce lieu, contrairement à l’OSBL, qui, selon lui, en prenant tout en charge, contribue à une certaine déresponsabilisation. « Les artistes doivent s’organiser et non pas se faire organiser », clame-t-il.

 

Place au théâtre ! La Rubrique et le CRI

Côté théâtre, on compte plusieurs événements et petites compagnies dont les visées diffèrent. De la Semaine mondiale de la marionnette, on passe aux Amis de chiffon, au Théâtre Mic Mac et à la troupe Les Têtes heureuses. Puis, on note d’autres initiatives comme le Théâtre de la Rubrique et une jeune compagnie de théâtre expérimental, le Théâtre CRI.

 

D’abord, la compagnie de théâtre La Rubrique a été fondée en 1979 par une auteure Marielle Brown, et deux jeunes comédiens professionnels finissants de l’école nationale de théâtre, Diane Maziade et Julien Fortin. Ceux-ci caressaient le projet de créer une compagnie théâtrale professionnelle et permanente au Saguenay-Lac-Saint-Jean, une compagnie pouvant produire et diffuser un théâtre contemporain axé sur des préoccupations sociales et offrir des ateliers d’initiation, un service d’interventions et prendre en charge un lieu de diffusion. Au fil des ans, près de 5 000 personnes se sont ainsi familiarisées avec l’expression théâtrale.

 

Dès les débuts, La Rubrique est un membre actif de l’Association québécoise du jeune théâtre. C’est l’époque où le théâtre est vu comme un outil d’intervention sociale. Depuis, La Rubrique a orienté sa démarche artistique vers le théâtre de création où l’auteur est au centre de tout projet et où chaque production permet d’explorer des univers formels à créer de toutes pièces.

 

Depuis 1979, La Rubrique a monté 21 œuvres québécoises dont les trois quarts étaient d’auteurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Elle a réalisé 28 productions majeures (23 pour le public adulte, 5 pour le jeune public — secteur qui fut abandonné en 1988). Elle a aussi développé des ateliers qui rejoignent entre 200 et 300 personnes par année.

 

En 1988, La Rubrique décide de se doter de son propre lieu de diffusion. C’est ainsi qu’elle s’installe dans l’ancien café-théâtre Chez l’Bedeau à Jonquière, qu’elle rebaptise Le Côté-Cour. Elle occupera les lieux jusqu’en 1992. La Rubrique ouvre ce lieu à d’autres groupes et événements culturels et en fait l’une des petites salles les plus dynamiques de la région. C’est à ce moment que la Rubrique devient, à l’invitation de la Ville de Jonquière, troupe résidente du Centre culturel du Mont-Jacob, lui permettant de regrouper sous un même toit la production, l’administration, les ateliers et l’entrepôt.

 

Au cours des dernières années, La Rubrique a eu l’occasion de recevoir deux jeunes auteurs en résidence, soit Daniel Danis qui a écrit, durant son stage, Cendres de cailloux et Pierre-Michel Tremblay, qui a écrit Le jeu du pendu.

 

Trois productions ont eu une diffusion extra-saguenéenne : La Déposition (jouée à Montréal, en Montérégie et dans les Basses-Laurentides), Cendres de cailloux (invitée à Montréal et à Sherbrooke par les 20 jours du théâtre à risque en 1994) et Laguna Beach (présentée en octobre 1999 à la Salle Fred-Barry). Cette dernière production a permis à d’obtenir le Masque de la Production « régions » en février 2000. Déjà en 1994, Cendres de cailloux avait été honorée alors que l’Académie remettait le Masque du Texte original à Daniel Danis.

 

En 1995, lors de la création du CALQ, LA Rubrique se voyait exclue du programme d’aide au fonctionnement de l’organisme. Au même moment, elle recevait ses premières subventions d’aide au projet du CAC. Depuis 1998, la réintégration au volet fonctionnement du CALQ ainsi que l’admission au programme de fonctionnement du CAC ont insufflé une nouvelle dynamique à la compagnie et lui ont permis d’élaborer un plan de développement.

 

Enfin, après quelques reports, on inaugurera à l’hiver 2001 un Centre de production et de diffusion des arts de la scène. La Rubrique y sera la compagnie en résidence et aura la responsabilité de la salle de répétitions, des locaux de fabrication et de confection de décors et de costumes ainsi que la priorité d’utilisation de la nouvelle salle de spectacle. Cet équipement lui permettra d’étendre son champ d’activité, puisqu’en plus d’être producteur, elle accueillera d’autres compagnies de création.

 

Du côté du théâtre expérimental, on voit naître, en 1997, le Centre de recherche et d’interprétation théâtrale, le Théâtre CRI. Ses deux fondateurs, Guylaine Rivard et Serge Potvin, prônent un théâtre où la recherche et l’expérimentation de techniques sont offertes conjointement avec un programme de perfectionnement aux professionnels de la région, sous forme d’ateliers dirigés par des maîtres invités.

 

Parmi les productions du CRI, on compte la création Du bec et des ongles (1997, mise en scène de Guylaine Rivard), La nuit de Madame Lucienne (texte de Copi, mise en scène de Dominick Bédard), Catatonie 1 (d’après une idée originale de Dominick Bédard, mise en scène de Guylaine Rivard), de même que plusieurs manifestations publiques dont La soirée des masques (1997, hommage aux créateurs régionaux) et Soudain, le voile du palais (texte de Michel Lemelin, performance-théâtre dirigée par Michel Lemelin en association avec Le CRI).

 

« Pour nous, le défi est de défendre l’art qui nous passionne en proposant un théâtre différent et sans artifice, sans avoir à nous exiler vers les grands centres », soutiennent Guylaine Rivard et Serge Potvin, membres fondateurs de la compagnie.

 

Le cinéma de la « relève »

Du 2 au 5 mars 2000 avait lieu la quatrième édition du festival Regard sur la relève du cinéma québécois au Saguenay. Le succès des éditions précédentes a déjà fait du festival, en quatre ans seulement, le plus important lieu de rencontre du jeune cinéma québécois. Les premières œuvres des nouveaux réalisateurs trouvent à Jonquière et à Chicoutimi une foule de cinéphiles qui accourt à la découverte des plus récents courts, moyens et longs métrages de la « relève professionnelle ».

 

Un des objectifs avoués du festival est de rapprocher les réalisateurs et le public, tout en favorisant l’émergence de nouveaux visages du cinéma sur la scène nationale. Ainsi, Regard... travaille d’une part à offrir une diffusion à cette « relève professionnelle » et, d’autre part, à développer des publies grâce à divers projets poursuivis par Caravane Films — un collectif de cinéastes réunis pour partager et réaliser différents projets de création, dont le festival. Regard... souhaite ainsi contribuer au développement du public cinéphile dans une région où l’accès au nouveau cinéma est rare; provoquer un engouement pour le cinéma d’auteur; contribuer à la reconnaissance de nouveaux réalisateurs professionnels; provoquer des rencontres entre les réalisateurs et le public; stimuler les échanges entre les professionnels du cinéma; créer un lieu de rassemblement pour les producteurs et diffuseurs susceptibles de s’intéresser à ces premières œuvres; créer une alliance avec la francophonie pour la diffusion des premières œuvres cinématographiques étrangères.

 

La direction artistique du festival est assurée depuis 1996 par Éric Bachand, président-fondateur de Caravane Films et promoteur du Festival. Pour la sélection des films, ce dernier travaille en collaboration avec un comité de sélection formé des membres du festival (Isabelle Rioux, administratrice de Caravane Films; Sébastien Pilote, cinéaste et administrateur de Caravane Films; Jocelyn Robert, scénariste et chargé de la coordination du festival...)

 

La quatrième édition du festival, Regard... 2000, était soutenue par le porte-parole David LaHaye. Une cuvée qui comprenait cinquante courts, moyens et premiers longs métrages, répartis en huit séances de projections de films et de vidéos dans deux salles de visionnement — l’une à Jonquière et l’autre à Chicoutimi — rassemblant plusieurs centaines de personnes. Parmi les activités offertes∫ : une projection spéciale au Lac-Saint-Jean; une matinée de cinéma d’animation; un volet sur le cinéma de la relève francophone canadienne; une soirée spéciale de projections des jeunes créateurs; des lectures de scénarios de jeunes créateurs; une table ronde thématique et une soirée pour insomniaques avec projections de films expérimentaux et performances multimédia en collaboration avec la galerie Le Lobe de L’Atelier TouTTouT.

 

Festival des musiques de création du Sagunay-Lac-Saint-Jean

Le Festival des musiques de création (FMC) doit sa naissance à deux organismes culturels régionaux : le Centre d’expérimentation musicale de Jonquière et la Corporation culturelle, artistique et sociale d’Alma.

 

Corporation sans but lucratif, le Festival s’est investi, depuis dix ans, dans la diffusion de musiques nouvelles d’ici et d’ailleurs. Au départ, le défi de diffuser et de provoquer la création musicale actuelle, hors des grands centres urbains québécois ou canadiens, a pu paraître utopique. Le festival a su néanmoins faire sa place dans le paysage de la diffusion des musiques de création au Québec et au Canada.

 

Depuis 1989, plusieurs organisations culturelles se sont associées et ont collaboré à l’édification de cette entreprise de création, dont le Festival international de musique actuelle (Victoriaville), la Société Radio-Canada (Chicoutimi, Montréal), Ambiances magnétiques (Montréal, Innovations en concert (Montréal), Soirées de musique fraîche (Québec), Mouvement international de musique innovatrice (France), le café-théâtre Côté-Cour (Jonquière), le Centre culturel de Jonquière, les centres d’artistes et galeries Espace virtuel (Chicoutimi) et Langage Plus (Alma), les Productions du CEM (Chicoutimi), la Société de musique contemporaine du Québec et l’Orchestre symphonique du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

 

Le festival s’est engagé aussi bien dans la création que dans la diffusion des musiques novatrices et contemporaines. Il a soutenu la production d’événements musicaux uniques en région : Les chants de la paix (1993), le duo Lamothe Young (1993), Rappel à l’orgue (1994), Cem Band (1997), Chimères III (1998), Des musiques et des mots (1998).

 

Au cours de ses dix ans d’existence, le FMC a présenté au-delà de 55 concerts et spectacles, en plus d’une douzaine d’événements multidisciplinaires où la musique s’est mariée aux arts plastiques, au théâtre, à la littérature, à la danse et à la sculpture. Quelque 7 000 spectateurs ont pu voir, entendre et apprécier cette musique. Un publie varié (20 à 50 ans) a assisté aux différents concerts, spectacles ou événements. Près de 300 artistes d’Amérique, d’Europe et d’Asie ont présenté leurs créations à Jonquière. De plus, le Festival se préoccupe du développement culturel régional de par son implication auprès de plusieurs organismes : le Conseil régional de la culture du Saguenay-Lac-Saint-Jean, la Ville de Jonquière via sa politique des arts et de la culture et la Maison d’animation sociale et culturelle de Jonquière.

 

Au pas technologique!

Contrairement aux préjugés qui peuvent parfois circuler à l’égard des « régions », le milieu artistique du Saguenay-Lac-Saint-Jean est très à l’affût des nouveaux médiums. Déjà, au début des années 1980, Langage Plus s’est investi dans des projets d’art qui impliquaient des nouvelles technologies et des intervenants de différents continents : Lasart, communication artistique par photo-laser entre le centre et la Galerie Sans Nom, Moncton, Le monde en 24 heures (1982), conférence par télé-informatique impliquant une trentaine de centres à travers le monde (événement Ars electronica, Autriche), La plissure du texte (1984) — une première expérience de transmission d’images vidéo en direct, simultanées, par voie téléphonique entre Alma et Plattsburgh...

 

La galerie, Séquence prend aussi le virage technologique. Privilégiant le créneau de la photographie, le centre élargit son mandat aux diverses technologies — vidéo, infographie, multimédia. Séquence vise en effet — devenir un centre régional multidisciplinaire en technologie de l’image, dans lequel un parc d’équipement permettrait aux artistes de faire progresser leur recherche et leur création au contact des technologies actuelles, Lors de la 6e édition des Rendez-vous du film sur l’art, Séquence a produit des cartes postales sur lesquelles étaient imprimés des paysages virtuels de Carol Dallaire, qui exhortaient les amants de l’art à les envoyer aux autorités politiques : maires, députés, ministres...

 

La région a aussi son Centre de recherche et de production en estampe actuelle et nouvelles technologies à Alma : l’Atelier d’estampe Sagamie (dirigé par Nicholas Pitre). En raison de sa situation géographique particulière qui ne lui permettait pas d’accéder à un bassin d’artistes-estampiers de formation, l’Atelier a dû se doter, dès sa fondation en 1980, de mécanismes de fonctionnement différents des ateliers d’estampe situés près des grands centres urbains.

 

Progressivement, l’Atelier d’estampe Sagamie offre aux artistes de champs disciplinaires variés l’accès à des équipements spécialisés en sérigraphie (1980), en gravure (1985), en lithographie (1995), en infographie (1996) et en impression numérique de grand format (1998). Au fil des ans, l’Atelier d’estampe Sagamie a développé une expertise dans l’accompagnement de projets artistiques hybrides, dotant l’estampe de moyens que les artistes ne retrouvent nulle part ailleurs au Québec. Il est maintenant reconnu par le milieu québécois comme chef de file dans le domaine de la recherche et de la création en art contemporain, une référence en imagerie numérique et le seul centre à mettre à la disposition des artistes une imageuse numérique de grand format. C’est là que les artistes Carol Dallaire et Claude Lamarche-2/NPC expérimentent ce qu’ils s’appellent maintenant l’« estampe infographique » ou « numérique » (le terme ne faisant pas encore consensus) — donnant lieu à une nouvelle tendance dans le domaine de l’estampe.

 

Par ailleurs, le collectif Interaction Qui, fondé en 1982 à Alma par Alain Laroche et Jocelyn Maltais, a pour intérêts de recherche et de production les rapports qu’entretiennent l’art et la société, de même que l’influence des nouvelles technologies sur la pratique artistique et la notion d’« interactivité » dans la conception et la production d’une œuvre. Dès 1980, le photocopieur, le télex, la photo-laser et plus tard l’ordinateur, la télématique et le satellite ont été des outils présents dans leurs travaux.

 

De plus, Interaction Qui offre au milieu éducatif et culturel son expertise dans le développement de services interactifs liés aux technologies de l’information et des communications : cédérom interactif, implantation d’un réseau télématique, développement de contenus sur les inforoutes... Les sources de financement d’Interaction Qui proviennent principalement de la vente de services dans le domaine des nouvelles technologies et de subventions gouvernementales accordées à des projets spéciaux.

 

De la démesure !

La démesure se rait-elle une qualité spécifique aux habitants du Saguenay-Lac-Saint-Jean ? À voir aller certains de ses artistes, on pourrait le croire.

 

Un art social communautaire, faisant intervenir massivement la population semble en effet de mise au Saguenay-Lac-Saint-Jean. L’art est ici appelé à devenir géant à la mesure de la solidarité populaire.

 

En 1957, le barbier Arthur Villeneuve (1910-1990), à la lecture d’un évangile exhortant chacun à découvrir le talent qui l’habite et à le faire fructifier, se sent poussé à s’incrire dans le monde de l’art de manière volontaire et spontanée. En réponse à cet appel, se sentant investi d’une sorte de mission religieuse, il entreprend de recouvrir les murs in té rieurs et extérieurs de sa résidence de fresques colorées racontant l’histoire et la géographie régionales, qu’il appelle ses « chefs-d’oeuvrages ».

 

On y voit apparaître le quartier Limoilou à Québec, l’Oratoire Saint-Joseph, la Basilique Saint-Pierre de Rome, les Spoutniks, son quartier, le Bassin, et les magasins de la rue Racine, le Saguenay, l’Hôtel de ville et l’Hôpital de Chicoutimi. Arthur Villeneuve nomme « continuance » et « susconscient » la relation de continuité entre les éléments vivants et la matière inerte qu’il cherche à exprimer dans ses œuvres.

 

Situé au Bassin, un quartier ouvrier de Chicoutimi, le « Musée de l’artiste » ouvre ses portes au public en 1959. Jusqu’à sa mort, en 1990, Arthur Villeneuve accueille les visiteurs, en compagnie de son épouse, Hélène Morin. En 1994, c’est le grand déménagement. La maison est relocalisée au Bâtiment 1921, un édifice patrimonial de la Pulperie de Chicoutimi devenu un vaste espace d’exposition. La Maison Villeneuve constitue aujourd’hui l’un des éléments majeurs de la collection de la Pulperie.

 

En 1981, Insertion (un collectif ayant des problématiques engagées et multipliant les actions de rue, qui a cessé ses activités en 1992) réalise Neige Usée. L’expression « neige usée » est inscrite sur un immense monticule de neige sale, de sorte à faire réagir la ville qui, percevant l’intervention comme une insulte, le fera subitement disparaître.

 

La même année, l’artiste Jocelyn Maltais entre prend de réaliser une œuvre événementielle en s’appropriant avec la population un espace urbain réservé aux affaires. Ainsi, il fait des essais au photocopieur avec une personne comme sujet. Fragmentées en sept parties, les copies sont assemblées pour former une affiche grandeur nature de personnages appuyés frontalement sur la vitre. Spontanément, un collectif se forme autour de l’idée de couvrir les vitrines de la rue Sacré-Cœur, l’artère commerciale d’Alma, d’une fresque de corps photocopiés, donnant naissance à Une rue ARTfaire.

 

Au début, il était difficile de convaincre les commerçants, mais, au fur et à mesure, tous ont embarqué. Les vitrines d’une trentaine de commerces ont alors été recouvertes de 12 000 copies (300 personnes photocopiées pour un coût approximatif de 3 000 $). Pendant cinq jours, lors des Festivités de la Saint-Jean, « l’art était descendu dans la rue et les vitrines du centre-ville ont baissé les paupières pour dévoiler une scène tragique à la vue des passants. Un millier de cadavres (hommes, femmes, enfants) compressés en une frise ininterrompue, comme si la rue s’était mise à raconter l’envers du décor », se rappelle l’artiste Yves Tremblay. La rue Sacré-Cœur était ainsi passée d’une rue d’affaires à une rue ARTfaire.

 

Interaction Qui et l’Événement Ouananiche

Depuis bientôt 20 ans, le collectif d’artistes Interaction Qui, composé d’Alain Laroche et de Jocelyn Maltais, poursuit une démarche axée sur 1'art social. Leur pratique artistique envahit l’espace collectif par la création d’éléments symboliques significatifs pour la communauté. Ayant choisi de limiter ses actions au territoire du Saguenay-Lac-Sain-Jean, le collectif affirme une position régionaliste en exploitant des thèmes universels comme la problématique écologique.

 

Inauguré en 1995, Événement Ouananiche est une œuvre événementielle d’envergure régionale et internationale célébrant l’emblème animalier du Saguenay-Lac-Saint-Jean : la ouananiche (ayant fait consensus régional en 1988). Le but visé par ce projet est de mettre en place une infrastructure permanente (Sites des générations) valorisant la famille dans chacun des 57 villages et villes de la région du Saguenay-Lac-Sain-Jean ainsi que dans la communauté amérindienne de Mashteuiatsh.

 

Chaque municipalité contribue en réservant un espace à la mémoire de leurs familles respectives. Interaction Qui compte impliquer directement dans ce projet, au fil des ans, 5400 familles, soit près de 50 000 personnes. Ainsi reconnu, l’emblème animalier devient un élément mobilisateur et rassembleur pour les générations futures.

 

Interaction Qui a élaboré symboliquement son projet à partir du cycle naturel d’évolution de la ouananiche. Comme constituantes de l’Événement Ouananiche, on retrouve donc l’alevin, le Tacon-cailloux la Rivière mosaïque, le Tacon-site, le Tacon-forum, le Tacon-commémoratif...

 

Le cycle débute par l’alevin : c’est l’œuf, la naissance. Dans le cadre du projet, cette phase consiste à faire réaliser une pierre peinte par des participants. « Signe de force et de permanence, la pierre est ensuite lancée dans un espace social comme une pierre à l’eau et initie une onde de choc qui se propagera et atteindra son point culminant lors de la célébration de notre emblème animalier », mentionnent les artistes. En 1995, 4 000 cailloux ont été peints par la population régionale. Le jeune alevin s’associe par la suite à une cinquantaine d’autres pour devenir Tacon-cailloux, le premier lieu de rassemblement d’Événement Ouananiche, la phase sociale de l’œuvre événementielle.

 

Ensuite, une vingtaine de Tacons-cailloux provenant de différentes frayères se regroupent dans une murale de pierre, un espace dédié à la mémoire collective, la Rivière. Comme un reflet dans l’eau, une image s’inspirant du patrimoine régional est peinte sur le fond de chacune des Rivières. Toutes les rivières patrimoniales se déversent dans un même lieu, soit l’Aonanch. Aonanch est un terme montagnais du Lac-Saint-Jean signifiant « celui qui va partout, qui est partout, qu’on trouve partout », devenu en français « ouananiche ».

 

Aonanch, c’est la ouananiche à maturité, c’est aussi une affirmation de solidarité et d’appartenance à une collectivité et à un territoire, celui du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Dans une très vaste enceinte, toutes les pierres personnalisées formant les Tacons-cailloux sont assemblées en Rivières traçant un immense cours d’eau. Les photographies, vidéos, films, textes produits lors de l’Événement Ouananiche trouvent ici un espace de présentation. Toutefois, avant que ne prennent réellement forme les Rivières et le site Aonanch, des Rivières et des Tacons virtuels se construisent sur le réseau internet. Il est alors possible à chaque participant de trouver l’image de son caillou peint et identifié sur le site Aonanch virtuel.

 

Le Mémorial régional des générations vise à créer dans chacune des municipalités de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean un Site des générations. Sur chaque site se trouvera un monument commémoratif (Tacon-commémoratif) à l’effigie de l’emblème animalier régional, la ouananiche — symbole de solidarité et de rassemblement. Ces monuments sont incrustés de pierres de granit sur lesquelles sont inscrits les noms des familles saguenéennes et jeannoises d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Ce monument évolutif permet d’ajouter de nouvelles familles au fil des ans, créant un immense Mémorial, unique au monde.

 

Chaque municipalité a son Site des générations (Tacon-commémoratif) identique installé dans un parc public. Chaque année, dans toutes les municipalités, une cérémonie est prévue afin d’introduire sur les différents Sites des générations de nouvelles familles.

 

Les Tacons-commémoratifs comportent deux demi-sphères qui contiennent en relief le nom des 60 municipalités du Saguenay-Lac-Saint-Jean présentes au moment où la ouananiche fut décrétée emblème régional (1988). La dalle de béton qui les supporte est incrustée de 60 pierres de granit noir sur lesquelles sont inscrits les noms des familles.

 

Sur le monument, orienté selon un axe nord-sud, apparaît à un moment précis de l’année, par un subtil jeu d’ombres et de lumière, un cœur de lumière. Issu de la réflexion des rayons solaires sur l’une des deux surfaces sphériques du monument, ce cœur de lumière est visible à partir du 21 mars de chaque année à l’équinoxe du printemps et ce, pendant environ quinze jours. Le phénomène se déroule durant cinquante à soixante minutes à compter de 10 h, disparaissant vers 11 h. Le monument s’inscrit dans le cycle de la nature, comme un rite de passage.

 

Nous parlions de grandeur, nous y voilà! Tacon-site est la phase environnementale de l’œuvre événementielle. Il s’inspire de l’esprit autochtone et de son respect de la nature. Il prend la forme d’une ouananiche stylisée et est composé de roches empilées dans une cage métallique. Ce monument de pierres mesure 4 mètres de long par 2 mètres de large et 1 mètre de haut.

 

Un Tacon-site est d’abord une signalétique marquant un lieu où s’est réalisé un geste d’entente et d’entraide entre deux collectivités. Sa construction engendre une véritable corvée et implique directement deux entités municipales. Par sa présence sur le territoire, l’emblème animalier joue le rôle de signal-mémoire, un peu comme les inukshuks plantés dans la toundra marquent des endroits stratégiques et significatifs pour l’Inuit. Le monument prend son nom de l’histoire du site, de sa morphologie ou tout simplement d’une anecdote racontée par le propriétaire du terrain.

 

Les Tacons-sites sont pour la plupart installés sur des terrains privés. Le propriétaire du terrain accueillant un Tacon-site se voit donc confier, par protocole symbolique, la responsabilité d’entretenir la sculpture et d’informer les éventuels visiteurs de sa signification. Les propriétaires recevront toute la documentation pouvant les aider dans leur tâche d’ambassadeurs de l’emblème animalier.

 

Ces ouananiches de pierre ont la tête orientée vers l’ouest dans le même axe que le dessin de l’emblème sur le territoire. Le tracé de l’emblème animalier, formé par les 60 Tacons-sites séparés par une distance d’environ 6 km, marque d’une empreinte permanente le territoire du Saguenay-Lac-Saint-Jean, comme un gigantesque symbole unificateur.

 

Le tracé de l’emblème animalier couvre une distance linéaire d’environ 360 km. La tête se situe tout près de Notre·Dame-De-La-Doré et la queue touche Ville de La Baie. Sa largeur maximale va de Chambord à Sainte-Monique. Au total, 34 Tacons-sites sont localisés au Lac-Saint-Jean et 26 au Saguenay.

 

Il sera possible de visualiser le dessin de la ouananiche sur l’ensemble du territoire. Dans un avenir rapproché, les satellites pourront détecter de petits dispositifs au sol. Ces technologies auront la capacité de retransmettre une image du tracé des 60 Tacons-sites. L’emploi de fusées éclairantes ou de feux d’artifice seront aussi des moyens intéressants pour manifester la présence de l’emblème animalier sur le territoire.

 

Une pyramide à La Baie !

S’il est un artiste de la démesure, c’est bien le Baieriverain Jean-Jules Soucy. Il a remué vents et marées afin de réaliser son célèbre Tapis stressé (L’Œuvre-pinte), pour lequel il avait mobilisé la province en entier dans sa collecte de centaines de milliers de pintes de lait. On l’a aussi remarqué pour sa signalétique au Symposium de Chicoutimi en 1980 et, plus récemment, pour sa signalétique en ti-cristaux au Symposium d’Amos en 1997, alors qu’il avait fait tempêter sur toute la ville en plein juillet. Teintée d’humour et d’une poésie engagée, sa démarche tire souvent son essence du milieu qui l’accueille et des gens qui l’habitent.

 

C’est à Ville de La Baie, d’où il est originaire, qu’a été érigé le Monument-art 2000, la Pyramide des Ha! Ha!, dont l’inauguration eut lieu le 11 juin dernier. Projet monumental, la Pyramide a été érigée au coût de 2 700 000 $, dont 250 000 $ sont parvenus des Projets du millénaire du fédéral, 250 000 $ du Gouvernement du Québec et de la municipalité, 150 000 $ des grandes entreprises Alcan et 210 000 $ d’une campagne de financement populaire au coût de 10 $ par participant.

 

L’ancien lit de la Rivière Ha! Ha! (détournée par l’État suite au déluge) a d’abord été restauré par l’installation de 30 000 triangles multicolores. Cette opération visait à atténuer les marques laissées par les événements désastreux de juillet 1996 en réintégrant dans l’ancien lit des cascades de fous rires (littéralement des Ha! Ha!).

 

Pour financer le tout, une campagne populaire visant à vendre 30 000 pointes d’humour à 10 $ a été lancée en juin 1998. En achetant ces pointes d’humour, les individus, familles, entreprises et organisations ont pu inscrire leur nom dans la Pyramide. Composés de 64 triangles, les deltas modulaires de 2,5 m x 2,5 m (il lustrant le motif des AA) ont été posés horizontalement à 0,5 m au-dessus du sol et éclairés par-dessous, de sorte à recréer une véritable rivière de couleur et de lumière — une œuvre s’étendant sur 100 m de longueur et pesant plus de 90 tonnes!

 

Symbolisant le lien entre le passé et le futur et évoquant le pont aujourd’hui détruit, la Place des Ha! Ha! constitue un espace publie hexagonal illustrant le motif des AA. L’artiste Jean-Jules Soucy a voulu ainsi créer un « lieu de rassemblement populaire où la fantaisie se mêle au souvenir ».

 

La Pyramide des Ha! Ha! a été instaurée sur cette Place. D’une hauteur d’environ 21 m, avec une base de 24 m de largeur, cette pyramide à trois faces, entièrement faite d’aluminium, intègre une scène de spectacle et un escalier central permettant d’accéder à un observatoire dominant le delta de la Rivière Ha! Ha!.

 

La Pyramide est recouverte de 3 000 panneaux de signalisation de type « cédez le passage » (les triangles rouge et blanc que l’on peut apercevoir aux intersections des voies routières). Ces « CD » agissent comme réflecteurs de la lumière provenant des phares des automobiles.

 

L’œuvre Monument-art de l’an 2000 est fondée sur le triangle car, à la base du concept de l’artiste, on retrouve le SYSTÈME D, c’est-à-dire notre capacité à se débrouiller avec les moyens du bord (comme lorsque l’on est frappé par un déluge, le verglas, une famine...). Le SYSTÈME D est pour Jean-Jules Soucy « le goût des D ». Ce « goût d’aider » est à l’origine de tout projet communautaire et s’exprime dans la solidarité. Le Monument-art se situant au cœur du DELTA de la Rivière Ha! Ha! (où les inondations de 1996 ont particulièrement frappé), le clin d’œil aux grandes civilisations devenait incontournable, le D français se métamorphosant en DELTA grec. De là, l’équation : D français = delta grec = triangle, selon la logique particulière et colorée de l’artiste,

 

Pour Jean-Jules Soucy, la « Pyramide de la Baie est le point de jonction entre le Pentagone et les arêtes de la Grande Arche ».

 

Le Roi de l’Anse-Saint-Jean

Ainsi que l’écrit Michel Belley, Denys Tremblay se définit avant tout comme un sculpteur social dans le sens que lui donnait l’artiste allemand Joseph Beuys, c’est-à-dire un artiste créant une sculpture polyforme qui s’enracine réellement dans le tissu social local. Son œuvre cherche à établir un rapport théorie-pratique qui se valide sur le terrain. On parle ici d’un art dit « transdisciplinaire », parce qu’il implique des données artistiques, sociales, politiques et économiques de façon à modifier à la fois l’art et le réel.

 

Les références philosophiques de Denys Tremblay sont Mario Perniola, Paulo Freire, Henri Lefebvre et Antonin Artaud. Les artistes dont il s’inspire sont ceux qui interviennent dans le présent afin de détourner ou recycler des processus industriels (Robert Smithson), les processus bureaucratiques ou politiques (Christo) et les processus artistiques (Beuys).

Son œuvre réagit continuellement à celui de Marcel Duchamp : son concept de really-made serait l’antipode du ready-made duchampien et sa transformation en « Illustre Inconnu » pourrait être considérée comme le penchant du personnage Rrose Selavy. Denys Tremblay travaille actuellement à vérifier dans l’Art et dans la Vie les paramètres du really-made — concept qu’il a développé dans sa thèse de doctorat défini comme « un acte d’art intégré dans le champ de la Vie et assumé à la fois comme art et comme vie ». Sa recherche actuelle, N’étant reçu, s’oppose conceptuellement au Étant donné de Duchamp.

 

Au début de sa carrière, Denys Tremblay a réalisé plusieurs environnements qui interrogeaient la vie quotidienne individuelle et collective. Ensuite, il s’est fait instigateur et organisateur du Symposium international de sculpture environnementale de Chicoutimi, qui eut lieu à l’été 1980 — le plus gros symposium réalisé au Québec avec un budget de 1 million de dollars.

 

Puis, Denys Tremblay est nommé à titre de « Suprême chef d’état d’esprit périphérique » : revêtant la personnalité de l’Illustre Inconnu, Denys Tremblay est amené à participer à des visites protocolaires aussi bien à Paris qu’à Chicoutimi. Les actions de l’Illustre Inconnu ont mené à certaines solutions concrètes à des problèmes artistiques et sociaux : par exemple, le Conseil de ville de Chicoutimi a déclaré Patrimoine culturel contemporain sculptures permanentes issues du Symposium et s’est engagé à les conserver. Par ailleurs, la maison Arthur-Villeneuve a été sauvée et déménagée grâce aux interventions dites « impolitiques » de l’Illustre Inconnu.

 

Le 21 janvier 1997, le Royaume de l’Anse-Saint-Jean est né lorsque le roi municipal Dany 1er de l’Anse a été proclamé par voie référendaire. Une forte majorité (73,9 %) de la population a approuvé l’instauration de la première monarchie municipale en Amérique. Sa Majesté le Roi a été couronnée par le curé Raymond Larouche à l’église Saint-Jean-Baptiste le 24 juin 1997. Alors sont créés le drapeau royal de L’Anse-Saint-Jean, les armoiries royales, l’hymne royal, les sept joyaux de la couronne et même un site internet sur lequel on peut acheter des parts de terrains servant à réaliser la fresque végétale Saint-Jean du Millénaire.

 

L’impersonnalité étant élue Roi municipal, une série d’interventions eut lieu, dont un tirage national permettant de gagner l’immortalité. Les gens étaient invités à acheter des De l’art de l’Anse permettant à, 2 compagnons du Millénaire de nommer officiellement des lieux innommés du Royaume de l’Anse-Saint-Jean, de concert avec la Commission de toponymie du Québec.

 

C’est dans le cadre d’une étude de développement économique et touristique de la firme Samson Bélair Delaitte & Touche et associés que Tremblay obtint le mandat de concevoir un projet de sculpture environnementale sur le Mont-Édouard à l’Anse-Saint-Jean. La Corporation du Mont-Édouard et la municipalité de L’Anse-Saint-Jean ont approuvé la réalisation d’une œuvre faite de coupes et de transplantations sélectives d’espèces végétales sur l’un des flancs de la montagne anse jean noise. L’œuvre, qui nécessite des investissements de 1 million de dollars, couvrirait une vingtaine d’acres et serait au centre du développement touristique, culturel et économique du Bas-Saguenay. Aux dernières nouvelles, le roi avait été détrôné, mettant en péril cette aventure grandiose... N’ayant toutefois pas encore été abandonné, le projet est mis en suspens dans l’attente de la réaction du nouveau conseil municipal relativement au devenir du Mont-Édouard.

 

Exister. Pouvoir théorique bleu et Lubie

À quoi bon faire de l’art, si géant soit-il, si personne n’est là pour en parler ? Particulièrement dans les régions dites « éloignées », on sent une grave carence sur le plan de la couverture médiatique. Les grands médias étant situés dans les métropoles, il est quasi impossible que l’un deux aille couvrir un événement d’art à Chicoutimi. Quant aux médias locaux, ils offrent, semble-t-il, une mince couverture, anecdotique, quand elle n’est pas carrément absente.

 

Selon l’adage, que ce soit en bien ou en mal, il faut qu’on parle de nous pour exister. C’est dans cette optique que Daniel Jean, Madeleine Doré et Diane Jocelyne Côté ont démarré, en 1994, Pouvoir théorique bleu, un collectif autonome d’analyse, d’écriture et d’intervention en arts visuels, auquel se sont joints plus tard Isabelle Rioux et Alayn Ouellet. Par l’entremise de son organisme parrain Langage Plus, le groupe obtenait, dès sa première année d’existence, une subvention du CALQ.

 

Pouvoir théorique bleu se donnait pour mission de permettre aux artistes en région d’obtenir une lecture théorique de leur travail et de leur donner une plus grande visibilité sur le plan national. Le collectif a donc centré son action sur la rédaction d’articles concernant la production d’artistes régionaux en vue de les proposer aux revues spécialisées de l’ensemble du Québec.

 

Pouvoir théorique bleu a également organisé la venue en région de conférenciers actifs dans le domaine des arts visuels au Québec : journalistes, critiques, commissaires d’expositions... Ceux-ci étaient invités, lors de leur passage, à visiter des ateliers d’artistes et des lieux de diffusion locaux. Le collectif s’est enfin impliqué, avec la galerie Séquence et le Module des arts de l’UQAC, dans la préparation des premiers Rendez-vous du film et de la vidéo sur l’art de Chicoutimi. Après un an et demi d’activités, le collectif se voyait toutefois refuser une deuxième subvention par le CALQ et dut se dissoudre.

 

Une deuxième initiative est née en 1994 afin de donner une tribune aux arts de la région, soit le périodique culturel Lubie. Propriété de deux artistes et intervenants culturels, Manon Guéri~ et Jean-Pierre Harvey, le journal, distribué en région et ailleurs au Québec, s’est donné un mandat multidisciplinaire. Pour des raisons obscures, il aurait toutefois cessé, depuis un an, de couvrir les arts visuels. Malgré deux riches initiatives, les artistes de la région se retrouvent donc une fois de plus bredouilles !

 

Un trou générationnel

Avec un bassin de créateurs pourtant très riche, plus de la moitié des artistes diffusés à Chicoutimi viennent de l’extérieur. L’arrivée de programmes de premier et deuxième cycles offerts par l’Université de Chicoutimi et des trois collèges de la région a permis à ceux qui le désiraient de créer dans leur région. Toutefois, malgré le dynamisme assez singulier du Saguenay-Lac-Saint-Jean, on remarque une absence de relève : les jeunes artistes résidant dans la région n’exposent pas et ne fréquentent pas les événements artistiques. Plusieurs d’entre eux choisissent l’exode vers les grandes villes.

 

C’est pour freiner le départ des jeunes et assurer une relève que le collectif d’artistes Médium Marge de Jonquière (composé de Pierre Dumont, Claude Lamarche, Gérald Savard, Sébastien Dion, Roger Marchand, Daniel Outil et Carol Dallaire) est né. La raison d’être du collectif est de parrainer de jeunes artistes en établissant des jumelages avec des artistes professionnels, cela en vue de réaliser des expositions et des performances. TouTTouT a, depuis trois ans, créé un ancrage qui vise aussi à ralentir cet exode. « Montréal est saturé d’artistes et de diversions. Ici, on a l’impression que tout est possible, qu’on a la liberté de se concentrer sur notre art », affirme l’artiste Carl Bouchard.

 

Un autre son de cloche nous parvient d’Alayn Ouellet. Selon lui, « contrairement à ce qui s’est passé au point de vue économique, la mondialisation n’a pas amené de délocalisation dans le domaine des arts visuels : les artistes, en grande majorité, n’ont pas quitté leurs lieux régionaux de création. La grande accessibilité au transport aérien, les nouvelles technologies, les nouvelles formes d’art ont contribué à la mondialisation des idées, des concepts et des actions artistiques. (3) »

 

Mais d’autres entraves gênent le milieu artistique régional. Notamment, à Chicoutimi, le maire Jean Tremblay constitue, selon tous les artistes et intervenants culturels rencontrés, un frein majeur. Non seulement ne se présente-t-il jamais aux événements culturels de sa propre ville, mais il clame haut et fort à la télévision communautaire des propos anti-culturels haineux et sensationnalistes. Il y a deux ans, Jean Tremblay lançait sa campagne politique avec la promesse de la fermeture de la Pulperie : le plus grand site architectural industriel au Canada et joyau touristique régional !

 

Néanmoins, d’après Daniel Jean, il est plus facile d’être artiste au Saguenay-Lac-Saint-Jean qu’à Montréal. On y a, selon lui, plus facilement accès à l’outillage de l’université, plus de contacts avec les professeurs, on a la chance d’exposer en solo plus vite et d’avoir des bourses plus tôt, les ateliers sont moins chers, et on a plus de possibilités de réaliser des projets1 %. De plus, la coopération entre les différents organismes culturels et les artistes est un atout particulièrement enrichissant et prometteur.

 

« Aujourd’hui, nous pouvons dire qu’un art de recherche se pratique couramment au Saguenay-Lac-Saint-Jean, et cela par un grand nombre d’artistes appartenant au moins à trois générations », remarque Hélène Roy.

 

« Les artistes professionnels travaillant en région tout en se rendant visibles ailleurs (Québec, Canada, Europe...) montrent aux jeunes que l’exode n’est pas la meilleure solution. Ils sont la preuve qu’il est possible ici comme ailleurs de faire un art de recherche, de se donner les infrastructures et outils nécessaires pour le soutien et le développement de ses optionsesthétiques, quel que soit le choix des disciplines.

 

“II faut bien dire que les distances sont beaucoup moins importantes qu’avant et que ce la deviendra encore plus évident dans les années qui viennent vu l’impact prévisible et l’apport de nouvelles possibilités de communication offertes par les outils technologiques et médiatiques”, poursuit Hélène Roy. “Personnellement, je ne trouve plus ce la pertinent de se retrouver tous à la même place, pour y faire souvent du ‘surplace’ (dans un grand centre par exemple), en espérant se faire reconnaitre. Si l’art qui se fait ici est fort, si nous nous donnons les moyens de créer dans de meilleures conditions, y compris une qualité de vie et une infrastructure nécessaires à la création, on s’intéressera à nous de plus en plus.

 

‘À mon avis, la vitalité de l’art passe par les échanges entre les artistes et l’interrégionalisation surtout... par un certain nomadisme des artistes et de leurs pratiques. (4)’

 


Saguenay-Lac-Saint-Jean

Situé à 500 km au nord-ouest de Montréal et à 250 km de la Ville de Québec, le Saguenay-Lac-Saint-Jean est une région forestière, agricole et industrielle dans laquelle se trouvent d’importantes usines de fabrication de papier et de production d’aluminium. On y retrouve la troisième agglomération urbaine du Québec, celle-ci étant constituée des villes de Chicoutimi, Jonquière et Ville de La Baie. Presque entièrement francophone, la population totale s’élève à environ 300 000 habitants. La région a été occupée par des Amérindiens depuis environ 2000 ans, mais ne compte pas plus de 150 ans d’histoire pour les nouveaux Québécois qui s’y sont établis.

 

La Biennale du dessin et de l’estampe et du papier-matière du Québec

L’estampe est devenue une spécialité la Ville d’Alma. Depuis 12 ans, la Biennale du dessin, de l’estampe et du papier-matière du Québec est fidèle au rendez-vous. Pour chaque édition, des artistes sélectionnés participent à une expo-concours qui réunit plusieurs générations, lesquelles exploitent une grande variété de procédés et de techniques. Un volet éducationnel, de même que des visites commentées, sont offerts durant la Biennale. Pour la 6e édition, qui s’est tenue du 19 juin au 22 août 1999, 27 artistes étaient présents. Parallèlement à la Biennale de 1999 se tenait une exposition à la galerie de l’Atelier d’estampe Sagamie.

 

L’œuvre de l’autre

La galerie L’Œuvre de l’autre est un lieu d’exposition, de recherche et de diffusion rattaché au Département des arts et des lettres de l’Université du Québec à Chicoutimi. Depuis sa fondation à l’automne 1987, L’Œuvre de l’autre a présenté plus de 140 expositions et une quarantaine d’événements — colloques, concerts, performance, théâtre... Lors de l’inauguration des nouvelles salles d’expositions de l’UQAC, aménagées au Pavillon des arts du campus universitaire, en septembre 1999, L’Œuvre de l’autre présentait une exposition intitulée L’ailleurs est ici (performance, théâtre, cinéma, gravure, peinture, dessin, sculpture, photographie et installation). Cette exposition se voulait à l’image du programme interdisciplinaire en arts mis de l’avant par l’Université.

 

La galerie se définit aussi comme carrefour de diffusion des résultats de projets artistiques développés au sein de l’UQAC (la galerie n’ayant pourtant jamais reçu le moindre sou de celle-ci). Elle se veut un laboratoire permettant l’expérimentation de plusieurs disciplines artistiques, et un échange constant entre la théorie et la pratique. La galerie sert également de lieu d’accueil pour des expositions d’artistes invités de renom, des colloques interuniversitaires et des exercices de conception et de réalisation d’expositions pour les étudiants de l’UQAC. De plus, à travers des activités de vulgarisation des connaissances, la galerie bénéficie de la participation d’étudiants pour la transmission de l’information — visant à faire partager avec un public élargi les résultats d’une flèche universitaire adaptée à un public spécialisé.

 

La galerie présente en moyenne 15 expositions et 6 concerts annuellement. Elle s’associe fréquemment à des événements commémoratifs, historiques ou culturels, par exemple : La Fête de l’art, célébrée annuellement en collaboration avec les musées, les centres d’artistes et d’expositions de la région. Depuis 1996, L’Œuvre de l’autre collabore avec la galerie Séquence et la direction de Montréal des Rendez-vous de films sur l’art pour sa programmation régionale. Elle participe à l’élaboration et à la présentation des prestations du groupe de musique de création Les Radicaux libres, ainsi qu’aux événements-théâtre de la Troupe Les Têtes heureuses.

 

Centre national d’exposition de Jonquière

Situé sur le Mont-Jacob à Jonquière, le Centre national d’exposition a ouvert ses portes en 1979 et a profité d’un agrandissement majeur en 1993, lui permettant de répondre aux normes muséales.

 

Le CNE est administré par un organisme sans but lucratif, l’Institut des arts au Saguenay, fondé en 1960. Il s’est donné pour mandat de mettre en valeur les créations artistiques contemporaines locales, régionales, nationales et internationales — principalement dans le secteur des arts dits visuels. Le CNE présente également des expositions portant sur l’an traditionnel, l’histoire et les sciences. Un programme de diffusion et d’éducation offre des visites commentées, ateliers et démonstrations, tout comme divers projets spéciaux, réalisés en collaboration avec d’autres organismes régionaux. Depuis 1979, le CNE a présenté plus de 370 expositions et reçu plus de 305 000 visiteurs.

 

La Pulperie de Chicoutimi

Dirigée par Yolande Racine, la Pulperie de Chicoutimi retrace l’histoire de la Compagnie de pulpe de Chicoutimi, une entreprise qui a joué un rôle déterminant au début du siècle dans le développement de la Ville de Chicoutimi et de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

 

Un vaste projet de restauration de 15 millions de dollars des secteurs inondés par la crue des eaux de 1996 et un réaménagement occasionné par l’intégration de l’ancien musée régional sont en cours. Certains bâtiments longeant la rivière nécessitent d’importantes réparations et se verront attribuer de nouvelles vocations. De même, le Bâtiment 1921 accueillera sous peu de nouvelles salles d’exposition ainsi que des réserves qui logeront les 23 000 objets de la collection, dont la Maison Arthur Villeneuve est un élément majeur. Ces nouvelles installations permettront, dès l’été 2001, d’offrir d’autres expositions d’art et d’ethnologie. On peut d’ailleurs maintenant visiter, au Bâtiment 1921, une exposition qui retrace le spectaculaire déménagement de la Maison Arthur-Villeneuve.

 

Le Musée du Fjord de La Baie

Le Fjord du Saguenay est long de 104 km, d’une largeur moyenne de 1,5 km et d’une profondeur pouvant atteindre 275 m. L’amplitude de ses marées varie de 4 à 6 mètres et certains de ses caps culminent à plus de 450 m! Voilà qui explique en bonne partie la fascination qu’il exerce sur la population régionale et ses artistes.

 

D’ailleurs, comme porte-drapeau régional, un musée porte fièrement son nom. Le Musée du Fjord de La Baie met en valeur l’histoire régionale et les richesses locales. En 1983, la corporation du Musée du Fjord est créée et le Musée prend de l’expansion, sous la direction de Guylaine Simard.

 

Entre 1985 et 1994, de nombreuses expositions y sont présentées, dont La majestueuse baie des Ha! Ha! (1994); La vie dans le Fjord du Saguenay et l’estuaire du Saint-Laurent (1993); La navigation sur le Saguenay (1991). Le Musée du Fjord a été l’hôte d’expositions en provenance de musées nationaux et internationaux.

 

En parallèle aux productions présentées dans ses salles d’exposition, le Musée a réalisé sept trousses éducatives portant sur les sciences naturelles auxquelles 3 000 élèves locaux ont eu accès. En 1994, la communauté scientifique régionale décernait au Musée du Fjord le méritas Damase-Potvin pour s’être illustré au chapitre de la diffusion scientifique.

 

Le déluge

Les événements tragiques du déluge de 1996 ont certes laissé de nombreuses cicatrices au paysage et aux infrastructures. On évalue à 700 millions de dollars les coûts d’indemnisation et de reconstruction des réseaux routiers, des acqueducs, des ponts et des barrages. 16 000 personnes ont été évacuées, 500 logements détruits et 1 230 résidences endommagées.

 

Pour la Baie seulement, la ville la plus touchée par le déluge, 550 bâtiments sont frappés, dont 191 maisons détruites ou emportées par l’eau. Sur une population d’environ 22 000 âmes, 2 000 individus sont touchés — parmi ceux-ci, 600 perdent tout. À Ville de La Baie, les travaux de reconstruction sont estimés à 400 millions de dollars.

 

Lors du déluge, les eaux et la boue infiltrent les murs du Musée du Fjord. On évalue à plus de 700 000 $ les dégâts subis. Un projet majeur de reconstruction est alors lancé par le Musée, qui entreprend aussi une campagne de financement de 2 millions de dollars pour laquelle il atteint actuellement environ 75 % de son objectif.

 

NOTES

(1) Les citations d’Hélène Roy sont extraites d’une communication, Être bien où on se trouve/prendre sa place... Rendre incontournable l’art qui se fait maintenant au Saguenay-Lac-Saint-Jean, présentée lors du dixième anniversaire de L’Oreille coupée, 1998.

(2) Les citations d’Alayn Ouellet sont extraites de la communication Langage Plus, acteur du développement artistique local présentée à l’École des arts plastiques de Chatellerault, France, en octobre 1999·

(3) Voir note 2.

(4) Voir note 1.

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