Un individu aux habits noirs et bleus est penché sur des cailloux dispersés dans une pièce. La scène se déroule dans un espace au plancher gris et aux murs blancs.
Lou Chavepayre Cosmo, vue d’exposition, Centre Régional d’Art Contemporain, Sète, 2022.
Photo : Elise Ortiou Campion, permission de l'artiste

Déplacer la voix : une approche crip de la vocalité

Maël Forlini
Faire de la voix un matériau artistique soulève des questions fondamentales sur ce qui est perçu comme « naturel » dans l’expression vocale. La voix est bien souvent considérée comme la manifestation d’une intériorité ; aussi parle-t-on communément de « signature vocale ». Or, cette conception repose sur un présupposé validiste : elle fait du langage oral un critère central de notre humanité et de notre capacité à penser. Cette naturalisation tend à marginaliser les personnes dont la voix déroge à cette forme d’expression. Si elles ont renouvelé l’analyse de la voix, les études du son laissent souvent intacte l’idée implicite d’une norme vocale. En revanche, une perspective crip permet de dénaturaliser la voix en insistant notamment sur son rapport aux technologies.

Au lieu de penser la voix en fonction de sa provenance, les approches crips, examinées à la lumière de différentes pratiques artistiques, permettent de se concentrer sur ses déplacements, ses médiations, ses délégations, voire ses silences, afin d’interroger les conditions d’écoute qui la disqualifient parfois. Le présent article entend montrer comment les artistes No Anger, Lou Chavepayre et Anaïs Ghedini utilisent les technologies pour renverser ce validisme en s’attardant aux régimes d’écoute. Si, dès le 18e siècle, des innovations techniques ont servi un projet de restauration de la voix de personnes non oralisantes, les œuvres étudiées en proposent un usage antagoniste, ou du moins critique. Dans cette perspective crip, les dispositifs techniques rendent possibles divers modes vocaux. Comment le déplacement de la voix, d’abord hors de la bouche, puis à travers des médiations et délégations technologiques, permet-il de politiser la vocalité en mettant l’accent, non pas sur son émission, mais sur sa réception ?

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Cet article parait également dans le numéro 117 - Handi
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