Tête à tête avec Suzy Lake

Daniel Fiset

Suzy Lake, Interim: Sewing Alternative
Suzy Lake Interim: Sewing Alternative, 2025–2026.
Photo : Suzy Lake & Bob Yoshioka, permission de l'artiste & Bradley Ertaskiran, Montréal
Pour nombre d’historien·nes de l’art de ma génération, Suzy Lake est une figure phare. Elle a façonné notre manière d’envisager la photographie, la mise en scène, la performance, le genre, l’incarnation et la politique de la représentation. Remonter le fil des questions qui traversent son œuvre revient, à bien des égards, à retracer les grandes préoccupations de l’art contemporain des 60 dernières années. Tout au long de son parcours, elle a su allier, avec une égale mesure, rigueur et ironie, maitrise technique et précision conceptuelle. Le texte qui suit est le fruit de trois heures d’un entretien particulièrement riche au cours duquel Suzy et moi sommes revenu·es sur des moments clés de sa pratique, de ses années montréalaises (1968-1978) à des séries plus récentes où elle repousse les limites de la représentation.

Au cours de nos premiers échanges, j’ai mentionné à Suzy mon souhait de mettre l’accent sur son travail récent, que j’ai eu le plaisir de découvrir lors d’une exposition présentée à la galerie Bradley Ertaskiran l’an dernier. Cela a été pour elle une forme de soulagement – non que les œuvres produites dans les années 1970 aient perdu de leur finesse, mais elle estimait qu’elles avaient été amplement commentées par les critiques et les théoricien·nes. Son arrivée à Montréal s’est faite, selon ses mots, au « moment idéal, au cœur du minimalisme, des influences pop issues de la culture graphique et du mouvement étudiant au sens large », lorsque « les artistes se demandaient comment s’engager politiquement à travers leur travail et réagir à ce qui se passait dans la rue ». Elle poursuit : « Je voulais que [mon travail] s’adresse à un public plus large, parce que le changement social concerne tout le monde. Le Montréal des années 1970 avait quelque chose de magique. Nous étions véritablement convaincu·es de construire quelque chose de nouveau. » Je n’ai pas pu m’empêcher de lui poser quelques questions sur cette période.

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