La Monte Young & Marian Zazeela
La Monte Young & Marian ZazeelaDream House Sound and Light Environment, MELA Foundation, New York, 1993-present.
Photo : © Marian Zazeela, 1993
Dès qu’on franchit le seuil de la porte du 275, Church Street, une ­vibration à l’intérieur de l’immeuble marque une césure entre la ville, New York, et l’atelier de La Monte Young et de Marian Zazeela. Présentée pour la première fois en 1969, Dream House est exposée depuis 1993 à la MELA ­Foundation, au troisième étage d’un petit bâtiment. À mesure que l’on gravit les marches qui mènent à l’environnement, la vibration s’intensifie, et un drone (bourdonnement) s’installe, une musique minimaliste faite de tonalités et de pulsations rythmiques. À l’entrée de l’installation, le son est fort, il fatigue et s’installe à l’intérieur du corps, il empêche tout autre son d’être audible. L’espace, lui, est blanc et comprend un tapis, des coussins, des mobiles, un autel, des éclairages bleus et roses. Les fenêtres du loft sont recouvertes de pellicules roses. Le visiteur est rapidement saturé par l’intensité du son émis par les haut-parleurs. Méticuleusement construit de « symétries structurelles » dans l’espace sonore, le drone ­demande l’abandon. Les lieux incitent à s’allonger au sol.

Dream House fonctionne comme un filtre sonore et lumineux qui, en venant habiter le visiteur, l’empêche d’appréhender le reste du monde. Par son aspect monastique, minimaliste et musical, l’œuvre éveille à l’expérience du corps dans l’espace et dans le temps, le peu de temps qui est donné à rester fixe. Une fois installé au centre de l’environnement, le visiteur ne peut qu’absorber ce qui semble être une modulation continue, mais au moindre mouvement, le son se transforme. La simple ­circulation du sang dans l’oreille module le drone ambiant. Allongé au sol, il est ­plongé dans l’environnement de Zazeela par la vibration constante. Il suffit d’y porter attention pour que la pulsation de la luminosité se fasse sentir dans l’œil. Les deux cercles coupés qui flottent dans la lumière et l’autel dédié à Pandit Pran Nath ouvrent l’œuvre sur un monde immatériel.

Conçue grâce à un équipement électronique et composée à partir de formules mathématiques, la musique n’en est plus une ; elle est un ­effet, un filtre. Young explore le drone « comme une fréquence constante, un point de référence auquel l’on peut toujours revenir ». Ce ­système en boucle induit ce qu’il nomme un drone-state-of-mind, une sorte de perception neutralisée, propice à la méditation ou à l’hallucination. Les ­rapports temporels s’en trouvent bouleversés, et la perception du temps qui passe tend à disparaître. L’œuvre encapsule la temporalité et propulse le visiteur dans un monde extraterrestre et introspectif, scientifique et ­ésotérique. On ne peut que constater la permanence de l’œuvre, sa durée n’étant relative qu’à l’expérience du visiteur et vice versa. Elle n’existe que dans l’instant vécu. Déracinée du temps et ne s’y attardant plus, Dream House crée un vide saturé, une capsule ­spatiotemporelle présentée à la même adresse depuis dix-sept ans.

Cet article parait également dans le numéro 69 - bling-bling
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